Le rebelle

Le rebelle de Régis Trobriand

Soirées Canadiennes

Tiré des colonnes du Courrier des États-Unis, l’histoire du Rebelle n’est pas celle d’un individu en particulier. C’est celle de mille jeunes hommes, les Patriotes, au cœur haut placé, qui virent leur carrière interrompue, leur avenir à jamais brisé par un de ces accidents populaires dans lesquels ils jouèrent leur existence pour des persuasions chères et intimes.
Les descriptions, quoique fortement colorées, sont encore au-dessous de la vérité, comme pourraient l’attester au besoin les récits mêmes des vainqueurs.

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En voici un extrait :

Une effigie au gouverneur

En ce moment une rumeur sourde d’abord, puis une immense acclamation éclata dans la foule. Des vociférations ardentes, des huées, des applaudissements sans fin tourbillonnaient bruyamment sans qu’on distinguât d’abord le sujet de ce grand tumulte.

Mais bientôt tous les regards, tous les gestes se dirigèrent vers la partie la plus élevée d’une maison située à l’extrémité du village, et le nom du lord Gosford passa aussitôt de bouche en bouche.

La maison qui fixait à un si haut degré l’attention universelle, était surmontée d’un toit de fer-blanc, dont l’inclinaison bilatérale terminait la façade en forme de pignon. Au-dessous du point culminant de cette toiture blanche dont l’éclat fatigant donne une physionomie si particulière aux villes du pays, s’ouvrait une fenêtre surmontée d’une barre de fer saillante.

C’était à ce gibet, qu’au bout d’une corde à nœud coulant, se balançait d’une façon à la fois burlesque et sinistre, l’effigie du gouverneur général des Canadas pour sa majesté la reine d’Angleterre.

Cette lugubre parodie d’une exécution publique eut un effet direct sur les masses, comme tous les actes qui ouvrent brusquement les digues aux passions populaires. Le peuple, en effet, toujours impatient du joug, obéit en rongeant son frein à l’empire des lois établies, mais aussitôt qu’une commotion quelconque vient en ébranler la puissance, sa haine du pouvoir éclate en actes violents et en réactions terribles.

Comme toutes les forces matérielles qui demeurent inertes alors que leur manque un principe moteur ou un concours de circonstances favorables à leur développement, la force brutale des masses ne se fait sentir que mue par un principe intellectuel.

Toutes les sociétés humaines ont tourné sur ce pivot, et les révolutions même les plus sanglantes ont toujours été le résultat d’un grand mouvement moral. Que l’esprit humain marche dans une perfectibilité désirable ou qu’il tourne sans fin dans un cercle vicieux, toujours est-il qu’il subit continuellement de nouvelles transformations et se reproduit sous diverses formes.

Aussi, lorsque l’état politique ou social n’est plus en rapport avec ce mouvement continu, devient-il nécessaire de le changer. Voilà l’ordre providentiel que ne peuvent arrêter ni la tyrannie des armées, ni les digues croulantes des traditions d’un autre âge.

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Forestiers et Voyageurs

Forestiers et Voyageurs

Soirées Canadiennes

Peu de populations présentent, dans leurs caractères typiques, plus d’intérêt que la population française des bords du Saint-Laurent.

Parmi les types qui se sont ainsi développés, celui du Forestier, à cause même du caractère de nos grands bois canadiens, est nécessairement un des plus curieux à étudier. Mais il en est un autre plus curieux encore, parce qu’il semble résumer tous les autres, c’est celui du Voyageur.

Voyageur, dans le sens canadien du mot, ne veut pas dire simplement un homme qui a voyagé. Il ne veut même pas dire toujours un homme qui a vu beaucoup de pays. Ce nom, dans notre vocabulaire, comporte une idée complexe.

Le voyageur canadien est un homme au tempérament aventureux, propre à tout, capable d’être, tantôt, successivement ou tout à la fois, découvreur, interprète, bûcheron, colon, chasseur, pêcheur, marin, guerrier. Il possède toutes ces qualités, en puissance, alors même qu’il n’a pas encore eu l’occasion de les exercer toutes.

Selon les besoins et les exigences des temps et des lieux, il peut confectionner une barque et la conduire au milieu des orages du Golfe, faire un canot d’écorce et le diriger à travers les rapides des rivières, lacer une paire de raquettes et parcourir dix lieues dans sa journée, porté par elles sur les neiges profondes.

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Voici un extrait :

La montée aux chantiers

Il y a de cela déjà longtemps, les fêtes étaient passées. L’Église avait redit ses Noëls si beaux et si touchants. Les jeunes gens de la paroisse avaient, au jour de l’an, fait la quête des pauvres par les maisons, en chantant La Guignolée que j’entendis alors probablement pour la dernière fois.

Les souhaits de bonne année étaient terminés. La besogne ne m’accablait pas, je résolus d’aller visiter les chantiers à bois d’une de nos grandes rivières du bas du fleuve.

Je me joignis donc à des conducteurs de voitures, chargés d’aller porter des approvisionnements à l’un de ces établissements.

Notre petite caravane se composait d’une vingtaine de traîneaux, portant des balles de foin pressé, des barils de lard, de farine, de mélasse, de poissons, de sacs d’avoine, du sucre, du thé et d’autres articles de consommation qu’on expédie, pendant tout l’hiver, pour les hommes et les chevaux employés dans cette industrie.

Le départ avait lieu dans l’après-midi. Nous allions coucher dans les dernières concessions de la paroisse, sur les confins de la forêt, afin de pouvoir arriver, dans la journée du lendemain, au but de notre destination.

Plusieurs jeunes gens des chantiers, qui n’avaient pas voulu passer les fêtes dans les bois, devaient nous rejoindre de grand matin, pour faire route avec nous et charmer ainsi les heures et les fatigues du voyage.

Nous nous distribuâmes dans les maisons voisines de l’entrée du chemin des bois, nous arrangeant de notre mieux pour passer la nuit sans trop gêner nos hôtes, dont l’hospitalité était telle qu’on se fût volontiers privé de tout pour ajouter à notre bien-être.

À l’heure convenue du lendemain, nous vîmes arriver nos jeunes compagnons de route. Ils venaient piquant au plus court, à travers la neige des champs, montés sur leurs raquettes. Ils chantaient, sur un air aussi dégagé que leur allure de voltige, le gai refrain des bûcherons canadiens :

« Voici l’hiver arrivé,
Les rivières sont gelées,
C’est le temps d’aller au bois
Manger du lard et des pois !
Dans les chantiers nous hivernerons !
Dans les chantiers nous hivernerons ! »

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L’Ile d’Orléans

L’Ile d’Orléans

 

Les Soirées Canadiennes sont des histoires captivantes qu’on ne rencontre pas ailleurs.

Vous aimerez revivre de ces époques parfois bien lointaines, mais vécues par nos compatriotes.

Vous apprendrez, entre autres, comment se protéger des feux-follets.

L’Ile d’Orléans a joué un rôle important dans notre histoire, à vous de le découvrir !

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Un extrait :

L’arrivée

Pendant que je me livrais à toutes ces réflexions, le bateau touchait au quai.

Il était alors, une heure et demie. De sorte que ce fut après une demi-heure environ de la plus heureuse des navigations possibles que le débarquement eut lieu. Quel débarquement prosaïque !

Pas de vigie pour nous annoncer d’avance que nous allions toucher au terme de notre course. Pas une seule bouche, chargée de faire entendre à nos oreilles ce mot magique : « Terre ! Terre ! » mot trois fois béni qui caresse si délicieusement l’oreille de tout navigateur.

Parmi cette foule de voyageurs qui encombraient le bateau, pas un seul individu n’eut l’air de se rappeler qu’il allait fouler le sol privilégié de l’Ile de Bacchus, de vénérable mémoire.

Pas un, non plus, qui fit mine seulement de craindre l’apparition soudaine d’un de ces redoutables loups-garous ou feux-follets traditionnels, dont la patrie de ces fiers insulaires a été de temps immémorial, la terre de prédilection.

Au sortir du bateau, ma première visite fut pour les ruines de l’ancien fort des Hurons. Ces ruines furent découvertes en 1856, par M. N. H. Bowen, à une petite distance seulement du quai.

C’est un mur de cinq pieds d’épaisseur, recouvert, lorsqu’on fit les excavations, d’un pied de terre, où poussaient à l’envi les unes des autres, les ronces et les jeunes érables.

Ainsi que je l’ai déjà mentionné en passant, ce fut en l’an 1651 qu’un assez fort parti de Hurons vint se réfugier à l’Anse-du-Fort. Ce parti était composé de cinq à six cents personnes environ.

Aidés de leurs missionnaires, ils se mirent à défricher la terre et à cultiver. Pendant la première année néanmoins, ils vécurent de la charité et des aumônes des Français, auxquels ils témoignèrent toujours la plus vive reconnaissance et l’attachement le plus sincère.

L’année 1652 fut encore pour ces infortunés une année de tristesse et de deuil. Six hommes de leur bourgade avec trois enfants se rendaient dans un grand canot a Tadoussac, où ils allaient vendre leur farine de blé-d’Inde aux Montagnais. Une tempête les surprit dans le fleuve, et engloutit la frêle embarcation avec ses neuf passagers.

En 1653, il y eut une grande assemblée de Sauvages au bout de l’Ile. Une des cinq nations iroquoises, celle des Onnontagués, — se sentant d’humeur à faire la paix, envoya à cet effet une députation aux Hurons de l’Anse-du-Fort.

Le Gouverneur, M. de Lauzon assista officiellement à cette réunion. Il y eut de part et d’autre des discours et des promesses. Le traité fut scellé par l’échange de présents, et le tout se termina par des fêtes et des réjouissances.

Outre le fort dont je viens de parler, et outre les wigwams hurons, le voyageur, à cette époque, aurait pu voir encore s’élançant du milieu des sapins et des érables qui recouvraient la plage, le clocher d’une petite chapelle construite avec les économies des Français, et avec des peines infinies, pour le service de ces pauvres sauvages.

Rien ne saurait égaler la piété toute primitive de ces fidèles chrétiens ainsi que la vivacité de leur foi. À diverses reprises durant le jour, la cloche faisait entendre ses joyeuses volées au milieu des airs, et conviait les fidèles à l’église.

On y récitait des prières publiques. Puis, un choeur de jeunes huronnes chantaient en leur langue, des cantiques composés par leurs dévoués missionnaires.

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Le dernier chevalier

Le dernier chevalier

 

Une Nouvelle-France en Inde ? Toujours la France contre l’Angleterre. En Inde aussi, des guerres entre l’Inde alliée à l’Angleterre et celle amie de la France. Que font les gens en peine d’affaires avec les bureaux officiels ? Et ceux en peine d’amour ? Des personnages attachants…

 

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L’ŒIL DE POLICE

La chose appelée œil de police par les gens du métier et aussi regard, n’est pas du tout une invention moderne. On en trouve des traces assez nombreuses dans l’antiquité, où l’espionnage se pratiquait honorablement aussi bien dans les monarchies que dans les républiques. En fait d’ombrageuses défiances, pourtant, les républiques ont généralement remporté les premiers prix.

À Sparte, c’étaient de simples trous, à cause de l’austérité qui régnait dans cette patrie du vice rogue et tout hérissé de vanité stoïque. Ils y servaient surtout à surveiller les études des jeunes voleurs exercés aux frais de l’État.

Quelle que fût sa forme ou sa dimension, tout œil de police était construit d’après ce principe, qu’étant donné deux pièces contiguës, l’une sombre et l’autre éclairée, l’intérieur de la première échappe à la vue de la seconde, tandis que tout regard partant de la première est maître des moindres détails de sa voisine.

La contiguïté des deux pièces n’est même pas indispensable, quand on se sert de miroirs obliques. Mais à l’ordinaire, dans les auberges, on n’y mettait point tant de façons, et l’œil de la rue Pierre-Lescot, que j’ai vu et touché, consistait tout uniment en un trou carré, masqué, du côté de la chambre obscure, par une planchette, peinte ou plutôt souillée dans le ton exact de la muraille.

Immédiatement au-dessus de la planchette du côté de la chambre éclairée, se trouvait un rayon de sapin, soutenu par deux consoles du même bois. Le tout, vieux et vermoulu, encadrait et dissimulait très suffisamment le regard à travers lequel, malgré la poussière accumulée, on voyait comme s’il n’y eût pas eu de cloison.

Il en était ainsi dans la chambre noire de la veuve Homayras. Son écumoire, placée là peut-être en d’autres temps, dans un but d’espionnage politique, ne servait plus qu’à la cueillette des nouvelles à la main. Et encore fallait-il que ce bon M. Marais fût bien au dépourvu pour venir chercher ses prétentaines dans un quartier si démodé.

Son flair de limier ne l’avait pas trompé tout à fait. Il y avait bien là une aventure. Mais, au lieu d’une comédie à l’eau de rose, il tombait au plein d’un gros drame où il y avait des larmes et du sang.

Voici, en effet ce qu’il vit, et ce que vit Madeleine, inquiète à juste titre pour la bonne renommée de son garni :

Au milieu de la chambre voisine, éclairée par deux bougies et où brillait en outre un feu ardent qui remplissait la cheminée, se trouvait une table, couverte de papiers en désordre.

Par-dessus les papiers, une carte géographique de très grandes dimensions, dessinée et coloriée à la main, était étendue. Elle couvrait presque tout le carré de la table et se déroulait jusqu’à terre, de sorte que l’un de ses angles disparaissait sous le corps d’un homme de 60 ans à peu près, tout sanglant et gisant sur le carreau entre le foyer et la table.

Elle était enluminée si violemment, cette carte, et tracée en traits si distincts, que le regard de Marais et aussi celui de la veuve allaient à elle, bon gré, mal gré, en dépit du cadavre taché de rouge qui en froissait un des coins.

Et, tout en restant fascinés par le tragique spectacle inopinément offert à leurs yeux, ils étaient contraints de lire ces mots, tranchants comme si on les eût écrits avec du feu liquide : Carte des conquêtes de la France… et ce nom, qui flamboyait autour d’une tache pourpre, en forme d’étoile : Madras.

L’homme ne bougeait plus. Il était couché sur le dos, les jambes écartées, la tête renversée dans la forêt de ses cheveux touffus et grisonnants. Mais, loin d’avoir la pâleur de la mort, sa figure, frappée à revers par les chauds reflets du foyer, semblait écarlate.

L’immobilité suprême avait évidemment saisi ses traits dans les contractions d’une puissante colère. Ils étaient beaux, énergiques surtout, malgré les sillons convulsifs, creusés autour de la bouche par un courroux terrible ou une poignante douleur.

Auprès de lui, un couteau, tout mouillé de rouge, jouait avec la flamme de l’âtre comme un long rubis affilé que la langue du feu aurait léché. Au-delà du couteau, une main, si crûment blanche qu’on l’eût dite taillée dans l’albâtre, se tendait immobile, mais crispée et souillée d’une large maculature de sang, vers l’arme qu’elle touchait presque.

Cette main, merveilleusement belle, tenait, par un bras demi-nu et de proportions exquises, au buste gracieux d’une jeune fille, vêtue de noir et bien plus pâle que le prétendu mort.

L’inspecteur et la veuve n’avaient pas de peine à la reconnaître pour celle qui était venue, tout à l’heure, demander M. Joseph. À la vérité, ils n’avaient point vu alors son visage, mais le costume et la tournure suffisaient à lever tous les doutes.

Vous vous souvenez que M. Marais, comme un poète qu’il était (tous les policiers le sont un peu), avait dit que la beauté de cette jeune fille perçait son voile. Le fait est que cette beauté éblouissait.

 

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Mer et Terre

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Romans Populaires Illustrés

 

L’histoire de ces jeunes qui doivent choisir une carrière. Devenir navigateur ou avocat, voilà ce qui s’offre à eux.
Des aventures à couper le souffle, comme seul M. Cooper sait les raconter. À vous d’en juger !

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Une nouvelle île

La Crise vira de bord aussitôt que le cadavre du Grand-Sec eut disparu, et l’équipage sortit du petit havre dans un sombre silence. À voir la tristesse des matelots, on eût dit des hommes en deuil qui s’éloignaient d’un tombeau sur lequel on entendait encore retomber la terre.

Marbre me dit ensuite qu’il avait eu l’intention d’attendre que le corps du pauvre Williams vînt à flotter. Mais la crainte d’être obligé d’engager une lutte avec les naturels l’engagea à quitter ces lieux sans rendre les derniers devoirs à notre digne commandant. Je pense toutefois que nous aurions pu rester encore un mois dans la baie sans recevoir la visite d’un seul Indien.

Il était midi quand le navire se trouva sur le vaste sein de la mer Pacifique. Le vent venait du sud-est et soufflait avec constance. Lorsque nous fûmes à douze milles au large, nous déployâmes les bonnettes de bâbord, et nous gouvernâmes au sud-ouest toutes voiles dehors. L’intention de Marbre était donc de quitter la côte. Il me manda dans la cabine, où je le trouvai occupé à consulter divers papiers et le portefeuille du capitaine Williams.

— Prenez un siège, monsieur Wallingford, dit le nouveau capitaine avec une dignité analogue à la circonstance. Je viens de parcourir les instructions que le défunt avait reçues des armateurs, et je vois que je m’y suis conformé sans le savoir. En tout cas, notre voyage a été productif. Il y a dans la cale 67 370 dollars espagnols, et nos marchandises peuvent être estimées 26 240 dollars.

Or, n’ayant à payer ni droit ni commission, et possédant la somme nette, nous pouvons nous flatter d’avoir fait une excellente opération. Ensuite, notre passage dans le détroit de Magellan nous a fait gagner un mois, et si je croyais rencontrer les Français à l’ouest du cap Horn, je profiterais de mon avance pour tenter une croisière dé cinq ou six semaines.

Toute réflexion faite, nous avons une longue route devant nous. Il vaut mieux gouverner vers la première relâche indiquée par les armateurs.

Après ce discours, le capitaine Marbre me montra une note marginale où l’on donnait au capitaine Williams des instructions supplémentaires, dans le cas où il ne pourrait atteindre complètement le but de son voyage. Je savais que le défunt les aurait négligées, et qu’il comptait aller chercher du bois de sandal aux îles Sandwich, suivant l’usage de tous les navires qui fréquentent cette côte.

Conformément au projet placé en marge, on devait toucher à la dernière des îles Sandwich, et se mettre à la recherche de certaines îles où l’on pensait pouvoir établir des pêcheries de perles. Je dis à Marbre que notre navire était trop grand, et qu’il avait trop de valeur pour être exposé dans une expédition aussi hasardeuse.

Mais le capitaine avait une prédilection particulière pour la pêche des perles. C’était son idée fixe. Quoique cette entreprise ne fut qu’accessoire dans les instructions, il était disposé à la regarder comme le but principal de son voyage.

Marbre avait d’excellentes qualités, mais il n’était pas propre à commander un vaisseau. Personne n’était plus capable de l’arrimer, de le gréer, de le conduire dans les temps les plus contraires, mais il manquait du jugement nécessaire à l’administration d’une propriété importante.

Il ne s’entendait pas plus à l’économie commerciale que s’il n’eût jamais navigué sur des navires marchands. Aussi avait-il végété dans un grade subalterne. L’instinct mercantile, l’un des plus vifs que signalent les études physiologiques, avertissait les armateurs qu’il occupait le poste auquel il était destiné par ses facultés naturelles et ses connaissances acquises.

Les hommes les plus obtus acquièrent un merveilleux degré de perspicacité lorsqu’il s’agit d’intérêt pécuniaire. Bien que je n’eusse que dix neuf ans, je me permis de contre-carrer le capitaine. Les circonstances prévues par la note marginale n’avaient pas eu lieu, et nous devions nous conformer au voeu des armateurs, en prenant du bois de sandal aux îles Sandwich, et nous rendant de là en Chine pour y embarquer des thés.

Marbre fut ébranlé par mes arguments, mais il persista. J’ignore quel eût été le résultat de sa détermination, si le hasard n’avait favorisé nos vues respectives.

Avant d’arriver aux îles Sandwich, Talcott fut promu au grade de troisième lieutenant, à ma vive satisfaction, car notre commun voyage à bord de la Dame de Nantes avait consolidé une liaison basée sur la conformité d’âge et d’éducation.

Les îles Sandwich, où nous jetâmes l’ancre, avaient fait quelques progrès depuis le capitaine Cook. Mais on n’y trouvait pas comme aujourd’hui des églises, des tavernes, des billards, des maisons de pierre. Les habitants ne se convertissaient pas encore à la religion chrétienne, et ne possédaient pas ce mélange d’aisance, de sécurité, de lois et de vices qui constituent la civilisation.

Les sauvages qui vinrent nous rendre visite étaient peu supérieurs à ceux de la côte nord-occidentale. Parmi eux était le patron d’un brick de Boston, dont le navire s’était brisé sur un écueil. Il se proposait de tenter des moyens de sauvetage. Mais il voulait se débarrasser d’une quantité considérable de bois de sandal qui était encore à bord, et que la première tempête pouvait enlever.

Il désirait obtenir en échange des marchandises susceptibles d’être vendues sur place avec avantage, et comptait attendre, pour s’embarquer, un autre navire appartenant aux mêmes armateurs. Le capitaine Marbre se frotta les mains de contentement après avoir visité le navire naufragé.

— La chance est pour nous, maître Miles, me dit-il, et nous partirons la semaine prochaine pour les pêcheries de perles. J’ai acheté pour rien le bois de sandal du navire échoué. Ce soir même nous en enlèverons la cargaison. Le fond est excellent en dedans de l’écueil, et nous pouvons procéder sans risque à notre opération.

Le résultat répondit à l’attente de Marbre, et au bout d’une semaine, nous appareillâmes pour l’Eldorado de perles de Marbre. Nous passâmes la ligne par le 170° de longitude ouest. Un mois après notre départ d’Owyhee ou Hawaï, par une belle nuit étoilée, le capitaine vint nous trouver sur le pont en se frottant les mains, comme il avait l’habitude de le faire quand il était de bonne humeur.

— En vérité, me dit-il, la Providence nous tient en réserve pour de grands événements. Voyez ce qui nous arrive depuis trois ans. D’abord nous faisons naufrage sur la côte de Madagascar, puis nous traversons les mers dans un canot. Nous rencontrons un corsaire de la Guadeloupe, nous finissons par nous en emparer. Ce n’est pas tout.

Après avoir passé hardiment le détroit de Magellan, nous perdons le capitaine Williams, mais en arrivant aux îles Sandwich, nous avons le bonheur de trouver une magnifique cargaison de bois de sandal. Pour mettre le comble à nos aventures, il ne nous faut plus que la découverte d’une île.

— À quoi bon ? répondis-je. Il y a tant d’armateurs qui ont des prétentions sur des îles inconnues, que nous ne gagnerions guère à en trouver une.

— Peu m’importe. Nous aurons du moins l’avantage de baptiser notre découverte. Voyez-vous déjà figurer sur les cartes l’île de Marbre, la baie de Wallingford, les montagnes de Talcott, le cap de la Crise ? Quel honneur pour nous !

— Terre ! s’écria la vigie sur le gaillard d’avant.

 

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MAUD la Fleur des bois

MAUD la Fleur des bois

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Il a fallu se battre avant d’en arriver à ce que les contrées d’Amérique deviennent indépendantes de l’Angleterre.
Voyez comment certaines familles étaient partagées par le camp à choisir.
Pour les Anglais ou pour les Américains ? Être neutre ne semblait pas une option.
Découvrez comment ceux qui ont pu s’en sortir l’ont fait ?

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Voici un extrait :

Anglais ou Américain ?

L’approche de la nuit en mer, ou dans un désert, a toujours quelque chose de plus solennel qu’au milieu des régions civilisées. L’isolement du marin augmente à mesure que l’ombre s’épaissit, et son infatigable vigilance semble déjouée par des ténèbres qui lui ôtent tout moyen de reconnaître l’heure.

Ainsi, dans les forêts ou dans les clairières isolées, l’obscurité accroît les mystères des bois, et rend moins efficaces les précautions prises contre le danger.

Le soir de ce jour, le major Robert Willoughby se tenait à la fenêtre un bras passé autour de la taille élancée de Beulah. Maud restait à l’écart. À mesure que le crépuscule se retirait, laissant d’épaisses masses d’ombres envelopper les bois, et augmentant la tristesse de la solitude, le major en ressentait les pénibles impressions avec une violence dont il n’avait jamais fait l’épreuve.

— Votre résidence est bien isolée, mes soeurs, dit-il d’un air pensif, mon père et ma mère ne parlent-ils jamais de vous ramener dans le monde ?

— Ils nous conduisent tous les hivers à New-York, à présent que mon père est membre de l’assemblée, répondit tranquillement Beulah, nous comptions vous y trouver la saison dernière, et nous avons été bien désappointés en ne vous voyant pas arriver.

— Mon régiment a été envoyé à l’est, vous le savez. Et venant de recevoir mon grade de major, je ne pouvais m’absenter. Voyez-vous quelqu’un ici, outre ceux qui appartiennent à la maison ?

—Oh ! oui, s’écria Maud avec vivacité.

Puis elle s’arrêta, comme si elle eût regretté d’avoir parlé, et poursuivit après un moment de silence et d’un ton plus calme :

— Ce lieu est très retiré, sans aucun doute, mais nous recevons de temps des visites.

— De qui ? de chasseurs, de trappeurs, de colons, de sauvages ou de voyageurs ?

Maud ne répondit pas, mais Beulah prit la parole quand elle vit sa soeur garder le silence.

— Nous voyons un peu de toutes ces classes, dit-elle, principalement de la dernière. Il nous vient un ou deux chasseurs par mois dans la bonne saison. Les colons sont rares, et l’on sait d’ailleurs que mon père n’est pas disposé à vendre.

Les Indiens se montrent plus fréquemment, mais nous en avons eu moins pendant l’absence de Nick que lorsqu’il était avec nous. Toutefois il en passe au moins une centaine par an, en comptant les femmes. Ils arrivent par bandes de cinq à six.

Quant aux voyageurs, ce sont en général des intendants, des chercheurs de terre, ou quelques propriétaires qui vont visiter leur domaine.

— Il est singulier qu’on vienne chercher une terre dans un désert comme celui-ci. Quels propriétaires avez-vous vus ?

— Un vieillard et un jeune homme. Le premier était, je crois, associé de feu sir William, qui avait une concession près de la nôtre. Il s’appelait Fonda. L’autre appartenait à la famille Beckmann, qui a hérité d’un domaine considérable à peu de distance d’ici. Il paraît que sa concession est de 100,000 âcres.

— Mais a-t-elle trouvé le sol ? Il y a bien souvent de la différence entre les espérances et la réalité.

— Nous avons vu ce jeune homme deux fois, à l’aller et au retour. Il était satisfait. La dernière fois il fut retenu par une chute de neige, et passa quelques jours ici. Il partit avec nous pour New-York, et nous avons eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois l’hiver dernier.

— Maud, vous ne m’avez rien dit de tout cela ! Les visiteurs de cette espèce sont-ils assez communs pour que vous n’en parliez pas dans vos lettres ?

— Je n’en ai pas parlé ! Beulah aura de la peine à me le pardonner. Elle croit sans doute plus que moi M. Evert Beckmann digne de figurer dans une lettre.

— Je le regarde comme un jeune homme honnête et distingué, répondit tranquillement Beulah, mais avec une rougeur inusitée que dissimula l’obscurité, je présume toutefois qu’il lui importe peu d’occuper une place importante dans les lettres de vos soeurs.

— Eh bien, j’apprends des nouvelles, dit le major en riant, et maintenant, Beulah, si vous voulez me confier un secret du même genre relativement à Maud, je serai au fait de tous les mystères de la famille.

— De tous ? répéta Maud avec vivacité. N’y aurait-il rien à dire d’un certain major Willoughby, mon frère ?

— Bien absolument. Mon coeur est rude et sain comme le chêne, et j’espère le conserver ainsi. En tout cas, ce que j’aime est dans cette maison. À vous dire vrai, mes amies, un soldat ne peut guère songer qu’à son devoir, surtout au moment où la querelle devient sérieuse entre la mère-patrie et les colonies.

— Pas assez sérieuse, mon frère, dit Beulah, pour amener des catastrophes. Evert Beckmann écrit qu’il y aura des troubles, mais sans graves violences, sans effusion de sang.

— Si je me le rappelle bien, la famille Beckmann est dévouée au roi d’Angleterre. Quelle est l’opinion de cet Evert ?

— J’ose dire que vous le qualifieriez de rebelle, répliqua Maud en riant. Beulah préfère garder le silence. Il n’est pas exalté, mais il se glorifie du titre d’Américain, qu’il oppose à celui d’Anglais. Mais vous-même, Robert, à quel parti appartenez-vous ?

— Moi, je suis à la fois Américain et Anglais. Américain, parce que mon père était du Cumberland et Anglais, en qualité de sujet du royaume.

— Comme saint Paul était Romain, dit Maud. Quant à moi, je n ai qu’un seul caractère. Ou, si j’en ai deux, ce sont ceux d’Américaine et de citoyenne de New-York. Si j’étais homme, si je portais l’uniforme, peut-être aurais-je aussi de la sympathie pour l’Angleterre.

— C’est trop se préoccuper, ma soeur Maud, d’une mésintelligence peu sérieuse. Les paroles aigres ne peuvent enfanter que des paroles plus aigres encore, tel est l’avis d’Evert Beckmann.

— Puissiez-vous prophétiser vrai ! repartit le major d’un air pensif. La solitude de ce bien m’alarme, et je souhaite qu’on puisse décider mon père à passer plus de temps à New-York. Est-ce dans ses intentions, témoigne-t-il parfois quelque inquiétude ?

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L’Ontario

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L’Ontario est un roman populaire illustré, de Fenimore Cooper, traduit par de la Bédolière.

Il raconte l’histoire de coureurs des bois, navigateurs, Iroquois, Mohican et d’une jeune fille que l’on amène à son père au fort Oswego.

Que d’incidents pour traverser ces contrées sauvages remplis de tribus malfaisantes.

Suivez les aventures de ces pionniers, vous ne serez pas déçus, assurément !

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La légende de l’isle aux Démons

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L’île aux Démons est située dans le golfe Saint-Laurent. Mais l’histoire se passe d’abord à Paris, puis en Bretagne, pour se transporter en Amérique où on a l’occasion de croiser le sieur de Roberval. Voyez ce qu’une belle jeune fille peut faire faire à des amoureux. Vous aimerez cette histoire !

Louis Hyppolite Taché a dirigé les Nouvelles soirées canadiennes, recueil de textes divers qui ont été publiés vers 1880 à Québec. Plus tard, en 1884, ces textes ont paru en recueils, aux presses de la Typographie de la « Gazette » à Montréal. Les récits de Louis H. Taché ont été tirés de ces recueils.

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Testament politique de L.-J. Papineau

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Le célèbre Louis-Joseph Papineau prononce ce discours mémorable au moment où la Confédération du Canada vient d’être créée.

On se souviendra qu’il faisait partie intégrante des fils de la liberté (nos patriotes).

Il fait, ici, l’historique des principaux régimes politiques, dont les gens du Bas-Canada ont dû subir depuis les débuts de la colonisation.

Suivez ce conférencier notable, vous verrez son point de vue qu’il a voulu faire connaitre !

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