Au large de l’Écueil

 

Au large de l’Écueil de Hector Bernier

 

Une agréable découverte de cet auteur très peu connu. Il nous permet de voir notre passé de Canadiens-Français, incluant la religion trop présente. Vous découvrirez aussi la très belle ville de Québec dans toute sa magnificence.

Un roman d’amour ? À vous de le découvrir.

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Voici un extrait :

Et suspendue aux tirades enflammées du jeune homme, Marguerite Delorme avait compris le drame émouvant du peuple qui se préparait. Elle avait conscience que nul autre mieux que Jules Hébert, parce que nul autre ne pouvait être plus sincère, plus éloquent, eût pu évoquer ce grand problème national.

Elle admirait, en lui, le jugement lumineux, la saine intelligence, la culture large, l’ambition pure, l’enthousiasme viril, l’accent énergique, le visage fort, la stature vigoureuse. Dans son cerveau, elle ne découvrait rien d’avili, de maladif, de morbide. Dans sa parole et son geste, elle pressentait un maître.

Il lui avait dessiné les lignes pathétiques de l’histoire du Canada, chanté la poésie du Saint-Laurent. Il prenait, peu à peu, sur elle un ascendant qu’elle subissait, une autorité dont elle ignorait le chemin au fond de son être.

Jules Hébert ne posait pas, avec la jeune fille. Il était lui, inconscient de l’influence que son magnétisme produisait sur elle. Aussi, fut-il étonné de la façon émue dont elle venait de lui dire sa tendresse pour le fleuve qu’il adorait. Bouleversé au point de ne pas trouver à répondre, il garda le silence, pendant que sa compagne suivait en elle le prolongement des paroles qu’elle avait prononcées. Puis, il eut un remords de ne pas lui avoir crié sa reconnaissance.

— Mademoiselle, fit-il subitement, d’une voix grave, je ne suis qu’un ingrat…

— Je ne vous comprends pas…

— C’est que je ne puis m’y tromper… Vous avez donné un peu de votre âme au Saint-Laurent…

— Beaucoup de mon âme, je vous l’assure…

— Alors le patriote aurait dû vous en remercier sur-le-champ, vous promettre de ne jamais oublier l’amie charmante que sa patrie vient de conquérir…

— Félicitez-en votre patrie, Monsieur, fit-elle, un peu moqueuse.

— Vous avez tort de railler, lui reprocha-t-il. Ma patrie n’aura jamais assez d’amis sincères… Vous le savez, l’admiration étrangère stimule un peuple en voie de se former… Un bon mot de vous, là-bas, peut finir par produire des miracles…

— J’inventerai des occasions de le dire, ce bon mot…

— Merci, à l’avance, pour chacune d’elles… reprit-il. Mais permettez-moi de badiner à mon tour. Aimer, c’est posséder, paraît-il. S’il contient tous les flots du Saint-Laurent, votre coeur est immense…

— On n’a jamais le coeur assez grand pour l’emplir de belles choses… Le mien est un écrin où déjà sont réunis les joyaux les plus précieux, et plus il en reçoit, plus il en veut avoir…

Au gré de la rêverie qui me le fait ouvrir, j’y trouve les lacs de Côme et de Lugano, la Grotte d’Azur, l’Abbaye de Fiesole, la baie de Nice, la côte d’Émeraude, les étangs de Hampton Court, et tant d’antres… Je ne les échangerais pas pour toute la fortune du tyran de l’huile…

Jusqu’ici, je les y avais placés de moi-même, sans le secours d’un artiste qui m’en expliquât la beauté… Je viens d’y joindre un diamant de la plus belle eau, le fleuve canadien. Vous m’en avez enseigné la grandeur. Je remercie le hasard d’avoir mis sur ma route un tel professeur…

— Et moi, la Providence, une telle élève, murmura-t-il.

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