Procès

Fenimore Cooper sur Wikipedia

Procès d’une Mystérieuse Inconnue

Qui est donc cette étrangère ?
Qu’a-t-elle à cacher ?
Aux États-Unis, au temps de la colonie, les gens avaient des moeurs bien différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui.
Vous aimerez les découvrir à travers cette histoire passionnante qui vous tiendra en haleine jusqu’à la fin.

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Voici un extrait :

Anna et John

Tandis que Dunscomb et Timms étaient sérieusement engagés dans leurs travaux, les jeunes gens avaient cherché des sujets de distraction plus en harmonie avec leurs goûts. John Wilmeter avait été invité d’assister à la consultation. Mais son ancienne affection pour Anna semblait s’être réveillée, et il préféra demeurer auprès d’elle.

Sa soeur et son ami, déjà fiancés ensemble, s’étaient échappés de la maison pour parcourir ensemble les sentiers et les bosquets de Rattletrap, en formant pour l’avenir des projets de bonheur.

John et Anna restèrent donc seuls en présence, lui pensif et silencieux, elle timide et inquiète. Le silence leur fut bientôt à charge, et comme il n’eût pas été convenable de se séparer, ils mirent fin à l’embarras de leur position en se dirigeant spontanément vers le bois par un des sentiers les plus larges et les plus fréquentés.

John attribuait naturellement aux événements de la matinée la tristesse de sa compagne. Il lui en parla avec une bonté et une délicatesse qui faillirent plus d’une fois amener les larmes aux yeux de la jeune fille. Après avoir épuisé tout ce qu’il pouvait lui dire sur ce sujet, John, suivant naturellement le courant de ses pensées, revint sans s’en douter à parler de la jeune fille qu’il avait laissée dans la prison de Biberry.

— Sa position est des plus extraordinaires, continua John. Elle a excité nos plus vives sympathies, je veux dire les sympathies des plus intelligents. Car les préjugés du vulgaire sont soulevés contre elle. Sarah et vous-même, Anna, ne sauriez être plus coupables que ne l’est à mes yeux cette Marie Monson.

Pourtant elle est inculpée et sur le point de passer en jugement pour crime d’incendie et de meurtre. Il me paraît monstrueux d’accuser une personne comme elle de crimes aussi odieux.

Anna demeura quelques instants silencieuse, réfléchissant que les apparences dépourvues de faits qui leur donnent un corps ne sauraient former une opinion de culpabilité ou d’innocence. Comme John paraissait attendre une réponse, elle fit un effort pour parler.

— N’a-t-elle rien dit de ses amis, de sa famille, ni manifesté le désir qu’ils fussent informés de sa situation ?

— Pas un mot. Vous comprenez que je n’ai pu lui parler librement sur ce sujet.

— Pourquoi cela ? demanda vivement Anna.

— Pourquoi ! Vous n’avez pas d’idée, Anna, des bizarreries de cette jeune fille. On ne peut lui adresser la parole comme à une autre personne. Dans sa détresse même, on craint de lui causer de nouveaux chagrins.

— Je comprends bien cela, répliqua la généreuse enfant, et je pense que vous avez eu raison de ménager sa sensibilité. Mais Il est si naturel d’appeler à soi ses amis dans une circonstance grave et imprévue, que je m’étonne que votre cliente…

— Ne l’appelez pas ainsi, Anna, je vous en prie, je déteste ce mot appliqué à cette personne. Je lui rends service à titre d’ami, pas autrement. Mon oncle éprouve pour elle le même sentiment. Car il a refusé d’elle la moindre gratification, bien qu’elle se montrât libérale jusqu’à la prodigalité. Timms seul s’enrichit par son entremise.

— Est-il donc d’usage parmi vous, messieurs du barreau, de rendre gratuitement service à des clients qui ont les moyens de payer ?

— Bien au contraire, répliqua John en riant, nous courons après les grandes affaires, comme autant de courtiers ou de marchands. Et nous ouvrons rarement la bouche sans fermer notre coeur. Mais cette cause est hors ligne, et M. Dunscomb travaille par amour du prochain, et non pour de l’argent.

Moins innocente et plus libre de coeur, Anna eût lancé quelque trait satirique, en classant le dévouement du neveu dans la même catégorie que celui de l’oncle. Elle répondit simplement, après un moment de silence :

— Vous avez dit, je crois, que M. Timms ne se montrait pas aussi désintéressé.

— Il a déjà reçu de miss Monson mille dollars de son propre aveu, qu’il a eu assez peu de délicatesse pour accepter. Il se moque de moi lorsque je lui reproche ses extorsions. Timms ne manque pas de qualités, mais la délicatesse n’en fait pas partie. Il soutient qu’une femme n’est jamais sans amis lorsqu’elle est jolie et qu’elle a de l’or plein ses poches.

— Vous ne pouvez appeler sans amis une femme qui tient tant d’argent à sa disposition. Mille dollars me semblent une forte somme.

— C’est beaucoup, en effet. Mais on donne quelquefois plus encore. Miss Monson eût sans doute donné pareille somme à mon oncle, s’il eût accepté. Timms m’a dit qu’elle lui avait manifesté cette intention, mais qu’il l’engagea à attendre l’issue du procès.

— D’où lui vient tout cela ! le savez-vous, John ?

 

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