Lions de mer

Les lions de mer

de Fenimore Cooper 

Romans Populaires Illustrés

À une époque où les différents métiers n’étaient pas aussi nombreux qu’ils peuvent l’être auourd’hui, plusieurs cherchaient comment donner un avenir à leur famille. Certains s’engageaient donc à bord et partaient vers l’inconnu.

Suivez les nombreuses aventures de ces braves marins qui se sont retrouvés dans des conditions extrêmes. S’en sont-ils sortis ? À vous de le découvrir dans cette captivante histoire du réputé Fenimore Cooper.

 

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Un pauvre matelot

Le dimanche en question, le diacre Pratt se rendit à l’assemblée comme à l’ordinaire, le local dans lequel elle se tenait ce jour-là n’étant qu’à moins de deux milles de sa demeure. Mais au lieu de rester pour le sermon de l’après-midi, il monta dans sa demi-fortune et retourna chez lui en toute hâte.

Pour un homme aussi sordidement avare, la résidence du diacre offrait une élégance et un confort peu ordinaires. La maison, bâtie en bois comme presque toutes celles du comté de Suffolk, avait deux étages à cinq croisées de face. Elle était située entre un vaste verger et une pelouse de près de deux arpents ornée de quatre rangées de cerisiers magnifiques.

La vue en était aussi variée qu’agréable. Elle était dans le meilleur état d’entretien ainsi que la ferme. L’avarice du diacre lui faisait comprendre mieux qu’à aucun autre la vérité du proverbe américain :

« Une maille reprise à temps à un bas en sauve neuf. »

En somme, il eut été difficile de trouver un paysage plus agréable, surtout à cause de l’eau qu’on apercevait sur différents points à la fois. Mais le diacre Pratt s’occupait peu de paysage.

Lorsque sa jument eut atteint la grille ouverte, Mary était sous le vestibule de la maison, paraissant attendre son retour avec impatience.

Le diacre donna les guides à un noir qui n’était plus esclave, mais qui descendait de quelque ancien esclave des Pratt, et par suite consentait à rôder autour de la maison, faisant tout l’ouvrage qui se trouvait à moitié prix. En descendant de sa demi-fortune, l’oncle s’approcha de la nièce avec une sorte d’empressement intéressé.

— Eh bien ! Mary, comment va-t-il maintenant ?

— Mon cher oncle, il ne me paraît pas possible qu’il en réchappe, et je vous supplie bien instamment de me permettre d’envoyer à Sag-Harbourg chercher le docteur Sage.

Le diacre avait deux objections à la requête de sa nièce : la première était la dépense sans doute, mais ce n’était pas la plus forte. Il en avait une autre qu’il ne communiquait à personne, mais que la suite de ce récit nous fera connaître.

Quelques semaines avant le dimanche en question, un navire qui revenait du large, probablement en destination de New-York, avait débarqué à Oyster-Pond un matelot étranger brisé par la maladie plus encore que par les années.

Ce matelot, qui se nommait Tom Dagget, était natif du Vineyard. Mais suivant l’usage des garçons de cette île, il avait embarqué à l’âge de douze ans, et il y avait un peu plus d’un demi-siècle qu’il n’avait revu la terre natale, lorsque, se sentant près de sa fin, un désir irrésistible d’y finir ses jours s’était emparé de lui.

Il revenait des Indes occidentales, et avait supplié le capitaine de le déposer à Oyster-Pond, qui n’est guère qu’à trente lieues du Vineyard. Or, il comptait sur la Providence pour lui fournir les moyens d’accomplir le dernier trajet.

De son propre aveu, Dagget était pauvre, inconnu et sans amis. Cependant il avait un coffre de mer assez bien garni, l’un de ces coffres comme en ont les marins du commerce et qui paraissait avoir fait autant de campagnes que son maître. Celui-ci déclarait du reste l’avoir entre autres sauvé de trois naufrages. Encore que ce coffre fût, comme nous l’avons dit, passablement lourd, son contenu, quand on l’ouvrit, ne se trouva pas de grande valeur.

Peu d’heures après avoir été mis à terre, cet homme avait fait un marché avec une veuve des moins riches, laquelle demeurait tout à fait près du diacre Pratt, pour le prendre en pension jusqu’à ce qu’il eût profiter d’une occasion de passer au Vineyard.

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