LES RIDEAUX JAUNES

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LES RIDEAUX JAUNES DE LOUISE ALARIE

Une histoire d’un autre genre

Ce roman historique est remplie d’émotions de toutes sortes. C’est une histoire comme seule sait raconter cette auteure, bien connue maintenant, grâce aux nombres de livres écrits de différents styles. Il s’agit bien sûr de Louise Alarie.

Une histoire comme il s’en fait peu. Comme d’habitude, vous serez captivés d’un bout à l’autre, assurément !

AMOUREUX À ONZE ANS
1923

J’étais en septième année. Je connaissais la géographie, l’histoire, la littérature, l’arithmétique et la physique. Bien sûr, le français était ma matière préférée.

Sœur Catherine avait effectivement fait relier mes textes. Un éditeur intéressé trouva que j’avais du talent. Mais lorsqu’il apprit que je n’avais que onze ans, il avait accepté de les mettre en vente.

Sœur Catherine gardait l’argent des ventes pour moi. Je n’en avais nul besoin là où je me trouvais. Elle semblait si fière de ma réussite.

Un jour elle m’apporta le journal et me dit :

— Lis ce qui est écrit.

— Je dois lire quoi ? lui demandai-je.

— Je te laisse le trouver.

Et elle quitta la bibliothèque un sourire aux lèvres.

Je m’assis et je commençai à lire jusqu’à ce que je tombe sur un entrefilet qui parlait de mon histoire et de mes livres. Je n’en revenais pas, j’avais mon nom dans le journal. Comme mes parents auraient été fiers de moi !

Je sortis mon chat de ma poche et je l’embrassai les yeux noyés de larmes. Comme ma mère me manquait. Elle n’était plus là depuis six longues années. Je soupirai et me remis au travail.

Le soir venu, au réfectoire, on m’apporta un immense gâteau. Tout surpris, je me demandais pourquoi.

Les petites sœurs réunies se mirent à m’applaudir. L’une d’elles s’écria :

— Tu es célèbre maintenant puisque tu as ton nom dans le journal !

Les gamins autour se mirent à chahuter. Je devins rouge comme une pivoine et je murmurai un merci à peine perceptible. Mon ami Victor me poussa du coude en me demandant de faire un discours.

Je me levai donc et je remerciai la sœur supérieure. Je dis que c’était grâce à elle si je vendais des livres et que j’avais mon nom dans le journal. Puis je me rassis et je dévorai mon morceau de gâteau.

Une fille vint près de moi alors que les autres quittaient la place.

Elle s’appelait Charlotte, je l’avais souvent lorgnée parce qu’elle était très belle, ses longs cheveux soigneusement peignés coulaient dans son dos comme une rivière de soie, cela me fascinait. Ses yeux gris, brillaient. Ils étaient immenses.

Elle me demanda de lui écrire un poème et ajouta que cela lui ferait bien plaisir parce qu’elle m’aimait beaucoup. Charlotte avait douze ans et le corsage de sa robe se remplissait. Partout où je pouvais la voir, je faisais tout pour m’approcher d’elle.

Je n’en revenais de son aplomb. Je souris et je lui dis que je le ferais sans problème. Après son départ, je fus si troublé que j’en tremblais. Bon Dieu, qu’est-ce qui m’arrivait ?

Cette Charlotte qui me plaisait tellement était venue me parler à moi, je n’en revenais pas de ma chance. Il est vrai que j’étais beau garçon, mais d’un naturel morose. Je savais que les gars de ma classe la lorgnaient et en parlaient souvent.

Le lendemain pendant mon heure de repos, je commençai à écrire un poème pour Charlotte. J’intitulai mon poème :

Charlotte

Une princesse du nom de Charlotte
Recouverte d’un voile d’or
Un jour m’est apparue.
Tous les papillons aux couleurs spectaculaires
Tournaient autour d’elle sans même oser la toucher.
Elle était si merveilleusement belle, si légère,
Ses yeux lumineux éclairaient tout ce qu’elle approchait
Et de ses lèvres sortaient des notes de musique céleste.
Charlotte faisait partie des fées magiques,
Qui embellissait tout ce qui était à sa portée.
Et moi, je la regardais, la sentant pourtant si fragile
Que je n’osais la toucher.
Seul mon regard osait.
Charlotte, tu es la plus belle du monde.
Signé : Ernest Beaugrand

Ayant reçu mon poème depuis quelques jours, je l’aperçus finalement nettoyant le long couloir qui menait à la chapelle. Me voyant, elle s’approcha de moi de son pas de petite fée. Elle regarda tout autour et ne voyant personne, elle m’embrassa sur la joue en me disant : « C’est la plus belle chose qu’on ne m’ait jamais offerte. Merci, Ernest. » Ensuite, elle disparût.

Au moment où elle m’embrassa, je sentis mon pénis se tortiller dans ma culotte. Mes hormones se manifestaient pour la première fois, ce fut toute une découverte.

Le cœur pétant de joie, même si mes jambes refusaient de me porter, je continuai à regarder son si beau visage même s’il était disparu.

Ça y était, j’étais amoureux de la plus belle fille du monde. Sans vraiment y réfléchir, j’entrai dans le bureau de sœur Catherine et dans un éclat de rire, je lui avouai que j’étais amoureux de Charlotte.

La sœur me regarda un long moment. Je regrettai d’avoir trahi mon secret devant son visage fermé. Elle s’avança vers moi et me prit par les épaules avant de me dire d’une voix triste :

— Charlotte quittera notre institution la semaine prochaine. Chose rare pour une enfant de cet âge, un homme et une femme venus du Vermont ont accepté de l’adopter. Le père est notaire.

Je la regardai sans entendre autre chose que le mot Vermont.

— Charlotte part pour les États-Unis ?

Tout mon être se pétrifia. On venait encore de me retirer quelqu’un que j’aimais. La sœur comprit et me dit :

— Je vais faire quelque chose pour toi dès maintenant. (Tout en pensant à écrire une lettre à Charles.)

— Quoi, vous allez me faire adopter par ces mêmes parents ?

— Non, je regrette, ils ne veulent qu’une fille.

Le jour de son départ, je la vis rayonnante. Elle portait une robe toute neuve, apportée par sa nouvelle mère, faite d’organdi avec une énorme boucle attachée derrière. Comme elle était belle ! On aurait dit qu’elle sortait du conte d’Alice.

Je m’approchai d’elle et lui remis un autre de mes poèmes. Elle posa ses mains sur mon visage et promit que nous nous reverrions.

Puis ses nouveaux parents l’emmenèrent dans une très belle automobile.

Le cœur en morceaux, je montai me cacher dans mon lit alors que le dortoir se trouvait vide. Je pus hurler et pleurer tout mon saoul. Il n’y avait personne pour m’entendre.

Je grattai mon pénis et il se développa dans ma main. Un peu surpris, à travers mes hoquets, je le serrai, il grandit encore. Je compris que lui aussi aimait Charlotte. Ce fût ma première masturbation. La première d’une longue série.

Du coup, je m’apaisai et je redescendis à la bibliothèque afin de continuer ma petite vie sans espoir.

Lorsque le prêtre venait nous confesser, il s’informait à chaque fois si je jouais avec mon corps. Je disais toujours : non, mon père. Je me fichais pas mal de son péché, puisqu’il y avait longtemps que je ne croyais plus en Dieu, ni à son courroux, mais je m’abstenais d’en parler, même pas à sœur Catherine.

Émile m’écrivait toujours, fidèle à sa promesse. Il me parlait de sa nouvelle belle-mère pour qui il ne cessait d’en faire l’éloge. Pour lui, c’était l’apothéose, la femme de son père lui permettait de l’appeler, maman. En ajoutant que c’était la première fois qu’il avait une maman.

En repliant sa lettre, je lui souhaitai tout le bonheur du monde. À moi, il m’échappait chaque fois que je tentais de l’approcher.

Je n’avais plus le cœur d’un enfant de onze ans mais bien celui d’un vieil homme dont la vie n’avait pas fait de cadeaux.

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