Les deux amiraux

Les deux amiraux de Fenimore Cooper

 

La hiérarchie dans la marine ou sur terre, en Angleterre, est d’une grande importance dans les années 1740 et plus.

À cette époque des batailles navales contre les Français, bien sûr, se tramaient également les histoires d’amour et de loyauté envers son pays d’adoption ou d’origine.

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Le précipice

Cependant Dutton avait recouvré les connaissances pratiques de son métier. Si le jeune homme était tombé tout à fait au fond, et même quand il n’y aurait pas de brouillard, on ne pourrait pas le voir, car le rocher projette une saillie en avant. Il faut qu’il se soit arrêté à quelque point intermédiaire et au-dessous de cette saillie.

Stimulés par un sentiment commun, les deux hommes s’avancèrent à l’extrémité du plateau, et il suffit d’un seul coup d’oeil pour leur faire connaître toute la vérité. Le jeune Wychecombe, portant les mains en avant pour saisir une fleur, avait tellement appuyé sur le bout du rocher où reposait son pied, qu’il l’avait brisé, et perdu ainsi son point d’appui.

Une présence d’esprit, qui monta presque jusqu’à l’inspiration, et un courage extraordinaire, l’empêchèrent seul d’être brisé en morceaux. Voyant que le rocher cédait sous lui, il se jeta en avant sur une petite saillie, quelques pieds plus bas et à dix au moins de côté de l’endroit où il était auparavant.

Cette saillie raboteuse n’avait que deux ou trois pieds de large, et n’eût fait que retarder sa chute, si la fortune n’y eût fait naître quelques arbrisseaux. Le jeune homme les saisit des deux mains, et par suite de l’élan qu’il s’était donné, se trouva positivement nageant dans l’air. Heureusement ces arbrisseaux étaient trop forts pour se déraciner, et se pelotonnant sur lui-même avec son adresse de matelot, le jeune homme fut promptement sur ses pieds et relativement en sûreté.

Le silence qui avait si fort alarmé Dutton était la conséquence du choc qu’avait éprouvé le jeune officier en se voyant tout à coup jeté dans cette périlleuse position. La pointe du promontoire surplombait à six brasses au-dessus de sa tête le point d’appui qu’il avait trouvé si à propos.

Il sentit qu’il lui serait impossible de se tirer d’une semblable position sans quelque secours étranger. Il ne fallait rien moins que ses habitudes de marin pour s’y maintenir, et encore ne l’eût-il pu faire deux minutes sans l’aide des arbrisseaux dont nous avons parlé.

Dès que le baronnet et Dutton eurent entrevu la position périlleuse du jeune Wychecombe, ils firent en arrière un mouvement d’effroi, comme s’ils eussent craint d’être eux-mêmes entraînés et précipités sur lui. Le lieutenant ne pouvait les voir, car il avait le dos collé contre la paroi du rocher, et l’étroitesse de son point d’appui ne lui permettait ni de se retourner ni de regarder en l’air.

Cependant Mildred, oublieuse de tout danger personnel, avança la tête jusqu’en dehors du plateau, et plongea dans l’abîme avec un courage et une sûreté que la circonstance pouvait seule lui donner, si bien que le jeune homme put apercevoir ses belles tresses blondes qui flottaient des deux côtés de sa figure.

— Au nom de Dieu, Mildred, s’écria-t-il, n’avancez pas ainsi, je vous vois, et nous pouvons nous entendre sans que vous couriez un danger inutile.

— Que pouvons-nous faire pour votre délivrance, Wychecombe ? demanda avec anxiété la jeune fille. Dites-le-moi, je vous en supplie, car sir Wycherly et mon père n’ont pas la tête à eux.

— Créature céleste ! mais vous, vous êtes tout entière à mon danger. Mais, courage, Mildred ! faites ce que je vais vous dire, et tout ira bien. Vous m’entendez, vous comprenez, n’est-ce pas ?

— Parfaitement. Je ne perds pas un mot.

— Courez donc aux drisses des signaux, larguez-en une, et appuyez sur l’autre jusqu’à ce que toutes deux tombent à terre. Quand cela sera fait, je vous indiquerai autre chose. Mais, pour Dieu, tenez-vous plus loin du bord !

L’idée que ce cordage, tout faible qu’il parût, pourrait être de quelque secours, frappa immédiatement la jeune fille, et en un moment elle était au pied du mât. Maintes fois, quand l’ivresse empêchait son père de remplir son devoir, Mildred avait hissé et amené les signaux à sa place, en sorte qu’elle était habituée au maniement des drisses. En une minute elle les dégagea des poulies, et leur longue ligne s’enroula à ses pieds.

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