LE BOURREAU

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LE BOURREAU et son héritage

Naufrage, fête au village, traversée du col Saint-Bernard, ses chiens, enlèvement d’enfant, criminels, contrebandiers, voilà ce qui vous attend à travers cette magnifique histoire.
Qu’arrive-t-il à quelqu’un qui a hérité de la charge de bourreau ?
Quelle sorte de vie est-il obligé de subir, à lui et à sa famille ?

L’auteur, qui a aussi écrit le « Dernier des Mohicans » et de nombreux autres, vous entraînera à travers une suite d’émotions et d’aventures qui ne pourront que vous captiver d’un bout à l’autre.

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Un aperçu :

Que faire pour s’en sortir ?

— Signor, dit-il en italien, soulevant son bonnet en signe de respect, nous sommes menacés de voir notre voyage qui a commencé sous d’aussi heureux auspices se terminer d’une manière fâcheuse. J’aimerais mieux voir Votre Excellence et toute cette belle et noble société saines et sauves dans la ville de Vevey.

— Voudrais-tu dire que nous avons autre chose à redouter qu’un retard ?

— Signor, la vie d’un marin est parsemée de chances inégales. Tantôt il nage dans un calme indolent, tantôt il est ballotté entre ciel et terre d’une façon à troubler l’âme la plus robuste. Ma science de ces eaux n’est pas grande, mais le ciel là-haut dans la direction du pic du mont Blanc trahit certain signe qui me troublerait si j’étais sur notre bleue et perfide Méditerranée.

— Qu’en pensez-vous, mon père ? Un long séjour dans les Alpes doit vous avoir donné quelque aperçu de leurs orages.

Depuis sa conversation avec Balthazar, l’Augustin était resté pensif, habitué depuis longtemps à étudier les changements de l’atmosphère dans une contrée où les éléments élèvent leur puissance à la splendeur incommensurable de la nature, il avait été frappé lui-même de ces fâcheux pronostics.

— Comme Maso, je souhaiterais que nous fussions arrivés, répondit-il. La chaleur intense qu’une journée comme celle-ci produit dans nos vallées et sur les lacs, absorbe tellement les principes de l’air, que les masses froides qui se rassemblent autour des glaciers descendent quelquefois des hauteurs comme des avalanches pour en combler le vide.

Le choc est violent pour ceux qui les rencontrent dans les cavités et les interstices des rochers, mais la descente d’une trombe d’air sur un des lacs est un phénomène vraiment effrayant.

— Et croyez-vous que nous soyons menacés en ce moment d’une semblable catastrophe ?

— Je ne sais pas, mais j’aimerais mieux nous en voir à l’abri. Cette clarté surnaturelle là-haut, et ici-bas cette tranquillité profonde qui surpasse le calme ordinaire m’ont déjà fait réciter mes prières.

— Le révérend augustin parle comme un livre ou comme un homme qui a consacré son temps dans son couvent des montagnes à l’étude ou à la réflexion, tandis que les observations que je vous présente ont plutôt pris leur source dans la pratique du marin. Un calme comme celui-ci sera suivi tôt ou tard d’une commotion dans l’atmosphère.

Je n’aime pas cette absence de la brise de terre sur laquelle Baptiste comptait avec trop de sécurité. Ajoutant ce symptôme aux menaces de ce ciel en feu là-bas, je m’attends à voir succéder bientôt à ce silence de la tombe le déchaînement des vents. Il n’est pas jusqu’à Neptune, mon chien fidèle, qui n’ait donné des signes évidents d’inquiétude par la manière dont il cherche à respirer l’air par ses naseaux.

— J’avais espéré être à cette heure en sûreté dans le port. Que signifie ce point lumineux là-bas ? Est-ce une étoile au ciel, ou sort-il du flanc de la montagne ?

— C’est le phare de mon vieil ami Roger de Blonay, s’écrie le baron. Il sait que nous sommes sur cette barque, et il fait allumer son fanal afin d’éclairer notre route.

La conjecture paraissait probable, car pendant le jour le château de Blonay, adossé à la rampe de la montagne qui abrite Vevey contre le nord-est, était resté en vue et Adélaïde l’avait montré à Sigismond comme le lieu où l’attendait le repos du voyage.

Le signor Grimaldi apprécia la gravité des circonstances. Il appela auprès de lui ses amis, et leur communiqua les appréhensions du marin et de Maso. Il n’y avait pas dans toute la Suisse un homme plus brave que Melchior de Willading, et pourtant les sombres prédictions du Génois produisaient dans tout son être un tremblement nerveux.

— Ma pauvre faible Adélaïde, dit-il fléchissant sous sa tendresse paternelle, que deviendra cette fleur fragile exposée à la tempête sur une barque découverte ?

— Elle sera avec son père et les amis de son père, répondit la jeune fille, à laquelle quelques paroles surprises par intervalles avaient révélé le sujet de leurs inquiétudes. J’en ai assez entendu pour comprendre que nous pourrions être dans une meilleure situation. Mais ne suis-je pas avec des amis éprouvés ? Je sais déjà ce dont est capable le herr Sigismond pour sauver mes jours, et advienne que pourra, nous sommes sous la sauvegarde de celui qui ne nous laissera pas périr sans se rappeler que nous sommes ses enfants.

— Cette jeune fille nous fait honte à tous, dit le signor Grimaldi. Souvent les êtres les plus fragiles deviennent les plus forts et les plus résolus lorsque les plus orgueilleux commencent à désespérer. Mais n’exagérons pas les causes de nos craintes, qui peuvent après tout passer comme tant d’autres dangers menaçants et nous laisser pour quelques minutes de frayeur des heures de repos et de joie.

— Dites plutôt d’actions de grâces, s’écria le moine, car l’aspect des cieux devient de plus en plus effrayant. Toi qui es marin, mon fils, n’as-tu rien à nous opposer ?

— Nous n’avons d’autres ressources que dans nos rames, mon père, et encore, pour en avoir trop longtemps retardé l’usage, elles ne nous seraient actuellement d’aucun secours. Avec cette barque qui plonge dans l’eau jusqu’aux bords, nous ne pourrions gagner Vevey avant l’orage.

— Mais nous avons les voiles, répliqua le Génois. Elles pourront au moins nous servir lorsque le vent va s’élever.

Maso secoua la tête sans répondre. Après une courte pause, qu’il employa à étudier plus attentivement le ciel, il se dirigea vers l’endroit où le patron était endormi et le secoua rudement.

— Allons, Baptiste, debout ! On a besoin de tes conseils et de tes ordres.

Le propriétaire de la barque, engourdi, se frotta les yeux et se souleva lentement.

— Pourquoi me réveiller, Maso ? Il n’y a pas un souffle d’air. Tu devrais savoir qu’à celui qui travaille, il faut du repos.

— C’est possible. Mais regarde le ciel et dis-nous ce que tu en penses. Crois-tu qu’il y ait assez d’étoffe dans ton Winkelried pour résister à un orage comme celui qui se prépare ?

— Tu parles comme une poule timide qu’effraie le bruit de ses propres poussins. Le lac ne fut jamais si paisible ni la barque plus en sûreté.

— Ne vois-tu pas cette lueur qui brille au-dessus de la tour de ton clocher de Vevey ?

— Oui, c’est une belle étoile et d’un heureux augure pour le marin.

— Idiot ! c’est une flamme rouge qui brûle dans le phare de Roger de Blonay. On commence à s’apercevoir là-bas que nous sommes en danger, et le signal nous invite à ne pas perdre de temps.

— Cet homme est pétrifié, continua Maso se retournant vers la société. Il ne veut pas voir ce qui n’est plus un doute pour personne.

Un long éclat de rire partant de l’avant vint contredire l’opinion de Maso et prouver combien il est facile aux ignorants de conserver leur sécurité, même quand ils touchent à leur perte.

La nature parut saisir ce moment pour lancer un de ses premiers avertissements à la portée des intelligences les plus vulgaires. La voûte entière des cieux était voilée, à l’exception du point déjà mentionné qui dominait les torrents écumeux du Rhône.

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