Sur les côtes de la Gaspésie

Sur les côtes de la Gaspésie

Le voyage d’une autre époque sur un voilier pour faire le tour de tous les points sur les côtes de la Gaspésie.

Mer, nature et épiscopat raconté par un prêtre.

Des aventures dignes de mention et qui sauront vous captiver.

Sur Amazon

 

Voici un extrait :

L’Ile aux Basques

Juin 18 (6 h. A.M.)

Un faible vent nous a, pendant la nuit, portés vis-si-vis de l’île aux Basques, ainsi nommée parce qu’autrefois les Basques avaient, en ce lieu, formé des établissements pour la pêche, pour l’exploitation des huiles de poisson, et surtout pour faire la traite des pelleteries avec les sauvages de Tadoussac.

Durant la première partie du dix-septième siècle, la compagnie de la Nouvelle-France eut plusieurs fois à se plaindre du commerce de contrebande que faisaient les Basques, les Hollandais et aussi les Anglais, quand ils en trouvaient l’occasion.

Jusqu’ici le bulletin sanitaire n’a eu à enregistrer que des rapports favorables : la santé publique était bonne dans la petite communauté, l’appétit était encore meilleur.

Aujourd’hui, il y a perte d’appétit chez M. T., puis chez Hector et enfin chez Jacquot. Ce n’est pas tout : une maladie se déclare, et c’est bien le terrible mal de mer. Tous trois pâlissent, s’agitent et font de violents efforts.

Autour d’eux se rassemble un groupe de spectateurs. Personne, cependant, ne s’apitoie sur le sort des malheureuses victimes. Qu’elle est affligeante la situation d’un pauvre malade, étendu sur les planches du pont, la face dans la poussière, et ne levant les yeux que pour contempler des visages riants !

Prête-t-il l’oreille aux chuchotements des assistants, dans l’espérance de saisir quelques mots d’encouragement ? Il reconnait qu’il est l’objet de leurs mauvaises plaisanteries.

Veut-il se lever pour faire face aux railleurs ? Ses jambes ploient, sous le poids de son corps et le laissent tomber, expose à de nouvelles insultes. Une seule consolation lui reste : c’est l’espérance de pouvoir un jour rire à son aise de ses persécuteurs, lorsqu’ils auront eux-mêmes été abattus et désarmés par la maladie.

Les désastres de la journée sont causés par un fort vent de nord-est, en face duquel la Sara s’agite avec violence.

Le Bic et ses souvenirs

Sur Amazon

Les eBooks

Les vidéos

Bienvenue aussi sur : https://ecolo-luca.com

L’Ile d’Orléans

L’Ile d’Orléans

 

Les Soirées Canadiennes sont des histoires captivantes qu’on ne rencontre pas ailleurs.

Vous aimerez revivre de ces époques parfois bien lointaines, mais vécues par nos compatriotes.

Vous apprendrez, entre autres, comment se protéger des feux-follets.

L’Ile d’Orléans a joué un rôle important dans notre histoire, à vous de le découvrir !

Sur Amazon

Un extrait :

L’arrivée

Pendant que je me livrais à toutes ces réflexions, le bateau touchait au quai.

Il était alors, une heure et demie. De sorte que ce fut après une demi-heure environ de la plus heureuse des navigations possibles que le débarquement eut lieu. Quel débarquement prosaïque !

Pas de vigie pour nous annoncer d’avance que nous allions toucher au terme de notre course. Pas une seule bouche, chargée de faire entendre à nos oreilles ce mot magique : « Terre ! Terre ! » mot trois fois béni qui caresse si délicieusement l’oreille de tout navigateur.

Parmi cette foule de voyageurs qui encombraient le bateau, pas un seul individu n’eut l’air de se rappeler qu’il allait fouler le sol privilégié de l’Ile de Bacchus, de vénérable mémoire.

Pas un, non plus, qui fit mine seulement de craindre l’apparition soudaine d’un de ces redoutables loups-garous ou feux-follets traditionnels, dont la patrie de ces fiers insulaires a été de temps immémorial, la terre de prédilection.

Au sortir du bateau, ma première visite fut pour les ruines de l’ancien fort des Hurons. Ces ruines furent découvertes en 1856, par M. N. H. Bowen, à une petite distance seulement du quai.

C’est un mur de cinq pieds d’épaisseur, recouvert, lorsqu’on fit les excavations, d’un pied de terre, où poussaient à l’envi les unes des autres, les ronces et les jeunes érables.

Ainsi que je l’ai déjà mentionné en passant, ce fut en l’an 1651 qu’un assez fort parti de Hurons vint se réfugier à l’Anse-du-Fort. Ce parti était composé de cinq à six cents personnes environ.

Aidés de leurs missionnaires, ils se mirent à défricher la terre et à cultiver. Pendant la première année néanmoins, ils vécurent de la charité et des aumônes des Français, auxquels ils témoignèrent toujours la plus vive reconnaissance et l’attachement le plus sincère.

L’année 1652 fut encore pour ces infortunés une année de tristesse et de deuil. Six hommes de leur bourgade avec trois enfants se rendaient dans un grand canot a Tadoussac, où ils allaient vendre leur farine de blé-d’Inde aux Montagnais. Une tempête les surprit dans le fleuve, et engloutit la frêle embarcation avec ses neuf passagers.

En 1653, il y eut une grande assemblée de Sauvages au bout de l’Ile. Une des cinq nations iroquoises, celle des Onnontagués, — se sentant d’humeur à faire la paix, envoya à cet effet une députation aux Hurons de l’Anse-du-Fort.

Le Gouverneur, M. de Lauzon assista officiellement à cette réunion. Il y eut de part et d’autre des discours et des promesses. Le traité fut scellé par l’échange de présents, et le tout se termina par des fêtes et des réjouissances.

Outre le fort dont je viens de parler, et outre les wigwams hurons, le voyageur, à cette époque, aurait pu voir encore s’élançant du milieu des sapins et des érables qui recouvraient la plage, le clocher d’une petite chapelle construite avec les économies des Français, et avec des peines infinies, pour le service de ces pauvres sauvages.

Rien ne saurait égaler la piété toute primitive de ces fidèles chrétiens ainsi que la vivacité de leur foi. À diverses reprises durant le jour, la cloche faisait entendre ses joyeuses volées au milieu des airs, et conviait les fidèles à l’église.

On y récitait des prières publiques. Puis, un choeur de jeunes huronnes chantaient en leur langue, des cantiques composés par leurs dévoués missionnaires.

Sur Amazon

Tous nos ebooks

Toutes nos vidéos

Visitez aussi notre boutique : https://ecolo-luca.com

Poignet-d’Acier

Poignet-d’Acier par Émile Chevalier

 

D’abord publié sous le titre Poignet-d’Acier ou les Chippiouais, aussi publié sour le titre de Les Aventuriers de la Baie d’Hudson, cet ebook fait partie de la lignée des Nez-Percés, Les derniers Iroquois, La Tête-Plate et autres.

Découvrez ces situations, hors de l’ordinaire qui ne sont pas habituelles dans notre environnement.

Et demandez-vous si vous auriez aimé prendre part à ces expéditions périlleuses.

Vous en serez assurément captivés.

Sur Amazon

 

 

 

Un extrait :

L’ÉTOILE-BLANCHE

Elle était jeune encore, et, par une amère ironie, avait conservé des vestiges d’une beauté rare, au milieu des affreux ravages que le ressentiment de son mari avait faits sur sa face. Grand, pur et d’un ovale parfait, l’oeil qui lui restait faisait doublement regretter celui qu’on lui avait arraché.

Sa bouche avait dû être rose, d’un dessin aimable, un nid à baisers, mais les lèvres tourmentées et lacérées, comme si on les eût tortillées en forme de vis avec une tenaille de fer, ne montraient plus que des lambeaux informes et charnus, qui servaient de cadre à quelques dents d’une blancheur éburnéenne, à demi brisées.

Elle portait le costume des squaws septentrionales : un chaud bonnet de peau de cygne, sur lequel était étendue une couverte brune, à liséré jaune, en un tissu de poil de daim et de buffle.

À la vue de son fils, le regard d’Alanck-ou-a-bi prit une expression de tendresse inexprimable.

Les siens, au contraire, s’armèrent de dureté.

James, dans son orgueil insensé, ne pouvait supporter l’idée qu’il devait sa naissance à une Indienne. Il maudissait ouvertement la pauvre femme qui lui avait donné le jour.

Dès qu’elle fut entrée, il referma la porte et s’assit au bord de son lit, tandis que sa mère s’accroupissait sur les talons devant lui.

La couverte de la squaw, s’entr’ouvrant alors, laissa voir une tunique élégamment brodée et un fort joli collier de coquillages. Car, par un reste de coquetterie féminine, la malheureuse créature avait conservé du goût pour la parure et les colifichets brillants.

— Comment avez-vous laissé cette dame ? demanda James.

— Elle voyage dans le monde des esprits, répondit Alanck-ou-a-bi d’une voix singulièrement harmonieuse, quoique le manque de dents la fit bégayer un peu.

— C’est-à-dire qu’elle dort, reprit James.

L’Indienne inclina affirmativement sa tête.

— Vous l’avez placée dans la chambre que je vous ai désignée !

— Oui.

— Et vous en avez pris la double clé ?

— Cette femme blanche est bien belle. Mon fils l’aime-t-il donc ? interrogea Alanck-ou-a-bi, sans répondre à la question.

— Cela ne vous regarde pas, repartit sèchement James. Où est la clef de sa chambre, répondez-moi ?

— La voici, dit-elle d’un ton mélancolique, mais résigné, en lui tendant une clé qu’elle tenait cachée sous sa couverte.

Le jeune homme serra vivement l’objet dans sa poche, puis il dit à sa mère en adoucissant son accent :

— Vous a-t-elle parlé ?

— Elle m’a parlé.

— Qu’a-t-elle dit ?

— Elle m’a interrogée pour savoir si j’avais vu ici un visage pâle qu’elle appelle son mari.

— Vous avez répondu ?

— J’ai répondu que je ne l’avais pas vu.

— C’est bien.

Et, après un moment de silence, James ajouta rêveusement :

— N’est-ce pas qu’elle est belle, ma Victorine ?

— Elle est belle et radieuse comme l’ed-thin (l’aurore boréale). Mais que mon fils prenne garde ! l’amour recèle un serpent sous ses fleurs les plus embaumées. J’ai peur que la femme blanche ne soit fatale à mon fils chéri.

— Gardez vos craintes pour vous, je n’en ai que faire, reprit-il brusquement.

— Si mon fils voulait suivre les conseils de sa mère… insinua-t-elle.

— Je ne veux point de vos conseils, et je vous défends de vous dire ma mère, de m’appeler votre fils !

En prononçant ces mots, il se leva et arpenta la chambre à grands pas.

L’Indienne avait courbé la tête d’un air triste et soumis, car tel est le servage des squaws. Le père a sur elles le droit de vie ou de mort, puis vient le mari qui jouit du même droit, et enfin l’enfant mâle qui trop souvent ne craint pas de l’exercer.

Après une pause de quelques minutes, James s’arrêta subitement devant l’Étoile-Blanche et lui dit :

— Qui a parlé à mon père de mon caprice pour Notokouë !

— Je l’ignore.

— Il faut que vous le sachiez ! je veux punir celui ou celle qui m’a trahi ! s’écria-t-il d’une voix tonnante.

— Peut-être est-ce Notokouë elle-même, dit Alanck-ou-a-bi d’un ton haineux. Car la squaw dont il était question avait alors la préférence du facteur en chef, et quoique, depuis bien des années, elle n’eût plus de prétentions à ses caresses, Alanck-ou-a-bi ne voyait jamais sans un sentiment de jalousie une maîtresse nouvelle prendre la place qu’elle avait autrefois occupée.

— Si c’est Notokouë, je ne la ménagerai pas plus qu’une autre ! gronda James.

— Mais, pauvre enfant, si tu touches un cheveu de sa tête, il te tuera !

Un sourire amer plissa les lèvres du jeune homme.

— Déjà, ce soir, il a voulu me tuer, dit-il sourdement.

— Te tuer ! s’écria l’Indienne, en se dressant sur ses pieds. Te tuer ! tu dis qu’il a voulu te tuer ! répéta-t-elle avec un accent de fureur indicible. Ah ! ne me dis pas qu’il t’a fait cette menace. Non, ne me le dis pas, James ! Si je l’entendais encore, j’oublierais le passé, j’oublierais ce qu’il fut pour moi, cet homme !

En lui, je ne verrais plus ton père, mais l’instrument de tous mes maux, la cause de toutes ces laideurs qui font de moi un monstre, l’auteur de toutes les humiliations que j’ai souffertes, que je souffre encore par amour pour toi, parce que je voulais, James que tu fusses grand, habile et puissant comme les Visages-Pâles !

En ce moment, la squaw, emportée par la passion s’était transfigurée. Ses difformités physiques disparaissaient pour ainsi dire, son éloquence entraînante eût ému le coeur le plus dur.

Sur Amazon

Les livres de Émile Chevalier

Nos vidéos

Mer et Terre

Sur Mer et sur Terre
Romans Populaires Illustrés

 

L’histoire de ces jeunes qui doivent choisir une carrière. Devenir navigateur ou avocat, voilà ce qui s’offre à eux.
Des aventures à couper le souffle, comme seul M. Cooper sait les raconter. À vous d’en juger !

Sur Amazon

 

Une nouvelle île

La Crise vira de bord aussitôt que le cadavre du Grand-Sec eut disparu, et l’équipage sortit du petit havre dans un sombre silence. À voir la tristesse des matelots, on eût dit des hommes en deuil qui s’éloignaient d’un tombeau sur lequel on entendait encore retomber la terre.

Marbre me dit ensuite qu’il avait eu l’intention d’attendre que le corps du pauvre Williams vînt à flotter. Mais la crainte d’être obligé d’engager une lutte avec les naturels l’engagea à quitter ces lieux sans rendre les derniers devoirs à notre digne commandant. Je pense toutefois que nous aurions pu rester encore un mois dans la baie sans recevoir la visite d’un seul Indien.

Il était midi quand le navire se trouva sur le vaste sein de la mer Pacifique. Le vent venait du sud-est et soufflait avec constance. Lorsque nous fûmes à douze milles au large, nous déployâmes les bonnettes de bâbord, et nous gouvernâmes au sud-ouest toutes voiles dehors. L’intention de Marbre était donc de quitter la côte. Il me manda dans la cabine, où je le trouvai occupé à consulter divers papiers et le portefeuille du capitaine Williams.

— Prenez un siège, monsieur Wallingford, dit le nouveau capitaine avec une dignité analogue à la circonstance. Je viens de parcourir les instructions que le défunt avait reçues des armateurs, et je vois que je m’y suis conformé sans le savoir. En tout cas, notre voyage a été productif. Il y a dans la cale 67 370 dollars espagnols, et nos marchandises peuvent être estimées 26 240 dollars.

Or, n’ayant à payer ni droit ni commission, et possédant la somme nette, nous pouvons nous flatter d’avoir fait une excellente opération. Ensuite, notre passage dans le détroit de Magellan nous a fait gagner un mois, et si je croyais rencontrer les Français à l’ouest du cap Horn, je profiterais de mon avance pour tenter une croisière dé cinq ou six semaines.

Toute réflexion faite, nous avons une longue route devant nous. Il vaut mieux gouverner vers la première relâche indiquée par les armateurs.

Après ce discours, le capitaine Marbre me montra une note marginale où l’on donnait au capitaine Williams des instructions supplémentaires, dans le cas où il ne pourrait atteindre complètement le but de son voyage. Je savais que le défunt les aurait négligées, et qu’il comptait aller chercher du bois de sandal aux îles Sandwich, suivant l’usage de tous les navires qui fréquentent cette côte.

Conformément au projet placé en marge, on devait toucher à la dernière des îles Sandwich, et se mettre à la recherche de certaines îles où l’on pensait pouvoir établir des pêcheries de perles. Je dis à Marbre que notre navire était trop grand, et qu’il avait trop de valeur pour être exposé dans une expédition aussi hasardeuse.

Mais le capitaine avait une prédilection particulière pour la pêche des perles. C’était son idée fixe. Quoique cette entreprise ne fut qu’accessoire dans les instructions, il était disposé à la regarder comme le but principal de son voyage.

Marbre avait d’excellentes qualités, mais il n’était pas propre à commander un vaisseau. Personne n’était plus capable de l’arrimer, de le gréer, de le conduire dans les temps les plus contraires, mais il manquait du jugement nécessaire à l’administration d’une propriété importante.

Il ne s’entendait pas plus à l’économie commerciale que s’il n’eût jamais navigué sur des navires marchands. Aussi avait-il végété dans un grade subalterne. L’instinct mercantile, l’un des plus vifs que signalent les études physiologiques, avertissait les armateurs qu’il occupait le poste auquel il était destiné par ses facultés naturelles et ses connaissances acquises.

Les hommes les plus obtus acquièrent un merveilleux degré de perspicacité lorsqu’il s’agit d’intérêt pécuniaire. Bien que je n’eusse que dix neuf ans, je me permis de contre-carrer le capitaine. Les circonstances prévues par la note marginale n’avaient pas eu lieu, et nous devions nous conformer au voeu des armateurs, en prenant du bois de sandal aux îles Sandwich, et nous rendant de là en Chine pour y embarquer des thés.

Marbre fut ébranlé par mes arguments, mais il persista. J’ignore quel eût été le résultat de sa détermination, si le hasard n’avait favorisé nos vues respectives.

Avant d’arriver aux îles Sandwich, Talcott fut promu au grade de troisième lieutenant, à ma vive satisfaction, car notre commun voyage à bord de la Dame de Nantes avait consolidé une liaison basée sur la conformité d’âge et d’éducation.

Les îles Sandwich, où nous jetâmes l’ancre, avaient fait quelques progrès depuis le capitaine Cook. Mais on n’y trouvait pas comme aujourd’hui des églises, des tavernes, des billards, des maisons de pierre. Les habitants ne se convertissaient pas encore à la religion chrétienne, et ne possédaient pas ce mélange d’aisance, de sécurité, de lois et de vices qui constituent la civilisation.

Les sauvages qui vinrent nous rendre visite étaient peu supérieurs à ceux de la côte nord-occidentale. Parmi eux était le patron d’un brick de Boston, dont le navire s’était brisé sur un écueil. Il se proposait de tenter des moyens de sauvetage. Mais il voulait se débarrasser d’une quantité considérable de bois de sandal qui était encore à bord, et que la première tempête pouvait enlever.

Il désirait obtenir en échange des marchandises susceptibles d’être vendues sur place avec avantage, et comptait attendre, pour s’embarquer, un autre navire appartenant aux mêmes armateurs. Le capitaine Marbre se frotta les mains de contentement après avoir visité le navire naufragé.

— La chance est pour nous, maître Miles, me dit-il, et nous partirons la semaine prochaine pour les pêcheries de perles. J’ai acheté pour rien le bois de sandal du navire échoué. Ce soir même nous en enlèverons la cargaison. Le fond est excellent en dedans de l’écueil, et nous pouvons procéder sans risque à notre opération.

Le résultat répondit à l’attente de Marbre, et au bout d’une semaine, nous appareillâmes pour l’Eldorado de perles de Marbre. Nous passâmes la ligne par le 170° de longitude ouest. Un mois après notre départ d’Owyhee ou Hawaï, par une belle nuit étoilée, le capitaine vint nous trouver sur le pont en se frottant les mains, comme il avait l’habitude de le faire quand il était de bonne humeur.

— En vérité, me dit-il, la Providence nous tient en réserve pour de grands événements. Voyez ce qui nous arrive depuis trois ans. D’abord nous faisons naufrage sur la côte de Madagascar, puis nous traversons les mers dans un canot. Nous rencontrons un corsaire de la Guadeloupe, nous finissons par nous en emparer. Ce n’est pas tout.

Après avoir passé hardiment le détroit de Magellan, nous perdons le capitaine Williams, mais en arrivant aux îles Sandwich, nous avons le bonheur de trouver une magnifique cargaison de bois de sandal. Pour mettre le comble à nos aventures, il ne nous faut plus que la découverte d’une île.

— À quoi bon ? répondis-je. Il y a tant d’armateurs qui ont des prétentions sur des îles inconnues, que nous ne gagnerions guère à en trouver une.

— Peu m’importe. Nous aurons du moins l’avantage de baptiser notre découverte. Voyez-vous déjà figurer sur les cartes l’île de Marbre, la baie de Wallingford, les montagnes de Talcott, le cap de la Crise ? Quel honneur pour nous !

— Terre ! s’écria la vigie sur le gaillard d’avant.

 

Sur Amazon

Le Corsaire Rouge

lecorsairerougeff

Le Corsaire Rouge

Oubliée à cause de la révolution américaine et ses batailles, cette histoire de pirate est peu commune. Découvrez cette personnalité changeante et puissante qui avait la réputation de faire frémir, juste à la prononciation de son nom.
Mais qui était-il en réalité ? À vous de le découvrir !

Sur Amazon

Voici un extrait :

Amis ou ennemis ?

Ravi de son succès, heureux de s’être acquitté honorablement d’une manoeuvre difficile, Wilder ne songea plus qu’à se distraire par une conversation agréable, et il se rapprocha de madame Wyllys, qui contemplait le Dauphin avec une singulière admiration.

— L’équipage de ce vaisseau est vraiment extraordinaire, lui dit-elle du plus loin qu’elle l’aperçut. Il ne donne aucun signe de vie, et l’on dirait qu’il appartient à un vaisseau-fantôme. Cependant, si je ne me trompe, il a failli être compromis par le voisinage de la Caroline.

— Un choc a été à craindre pendant quelques instants, madame. Mais à présent nous sommes hors de danger.

— Grâce à vos talents, reprit la gouvernante. Mais la manière dont vous vous êtes tiré d’affaire, en même temps qu’elle atteste votre capacité prouve combien vous aviez été injuste envers le vaisseau sur lequel nous sommes. Je vois que vous avez voulu vous divertir aux dépens de trois femmes faibles et crédules.

— Sur mon honneur, madame, je suis encore convaincu de ce que j’ai dit, et je répète que ni ma mère, ni ma femme, ni ma soeur ne se seraient embarquées sur la Caroline avec mon consentement.

— Vos regards, votre voix, votre air de bonne foi forment une étrange contradiction avec vos paroles, jeune homme. Ils sont de nature à inspirer la confiance, et cependant vous n’articulez aucune raison décisive. Peut-être dois-je rougir de ma faiblesse, mais j’avoue que la tranquillité mystérieuse de ce négrier me cause un trouble inexplicable. Elle pourrait inspirer les plus terribles soupçons.

J’ai entendu dire qu’on avait vu déployer de faux pavillons sur la côte, que des vaisseaux avaient été pillés. On assure même que le fameux Corsaire Rouge s’est lassé des excès qu’il avait commis dans les colonies espagnoles, et qu’il croise maintenant dans la mer des Antilles.

Wilder ne fit aucune réponse et baissa les yeux vers le pont. La gouvernante rêva un instant, et le changement qui s’opéra sur sa physionomie prouva que les vagues soupçons qu’elle avait conçus étaient trop légers pour se perpétuer.

— Au reste, dit-elle, le métier de négrier est assez vil pour qu’il soit nécessaire d’attribuer à ce navire étranger un rôle plus criminel encore. Oublions-le, monsieur Wilder, et revenons à vos singulières assertions relativement à la Caroline.

— Je les maintiens, madame, mais il m’est impossible de les énoncer plus clairement.

— Le péril n’est-il pas diminué par votre présence ?

— Diminué, mais non pas détruit.

Jusqu’alors Gertrude avait plutôt écouté parce qu’elle n’avait pu s’en dispenser, qu’en prêtant une attention réelle à la conversation. Mais en ce moment elle se tourna vers Wilder avec un peu de vivacité et même d’impatience. Ses joues se colorèrent, et elle demanda avec un sourire qui aurait pu arracher un aveu à un homme plus endurci :

— Vous est-il défendu de vous expliquer ?

Le jeune capitaine hésita, autant peut-être pour contempler les traits naïfs de Gertrude que pour arrêter une réponse. Le sang monta à son front basané, et ses yeux brillèrent d’un rayon de plaisir. Puis il se rappela soudain qu’il différait à répondre, et dit :

— Je suis certain que je puis en toute sûreté me fier à votre discrétion ?

— N’en doutez pas, reprit madame Wyllys. Jamais nous ne consentirions à vous trahir.

— Me trahir, madame ! je ne crains rien pour moi. Vous me faites injure en me supposant capable d’appréhensions personnelles.

— Nous ne vous soupçonnons de rien d’indigne, dit Gertrude précipitamment. Mais… nous tremblons pour nous-mêmes.

— Eh bien, donc, je vous tirerai de votre inquiétude, fût-ce aux dépens de…

Il fut interrompu par quelques mots adressés par l’un des lieutenants à l’autre, qui était alors à la hune.

— Ohé ! criait-il, l’équipage du négrier vient de découvrir que son vaisseau n’était pas fait pour être mis sous verre !

— Oui, oui ! répondit l’autre lieutenant. Nous voyant en mouvement, il s’est souvenu de ses projets de voyage. Il fait le quart à son bord comme le soleil au Groenland, six mois dessus et six mois dessous.

Cette saillie, comme toutes celles des lieutenants, excita un rire bruyant parmi les matelots, qui la répétèrent en y ajoutant leur propres observations, mais d’une voix moins élevée par déférence pour leurs supérieurs.

Cependant les yeux de Wilder s’étaient fixés sur le Dauphin. L’homme qui était resté si longtemps assis au bout de la grande vergue avait disparu, et un autre marin marchait résolument sur l’autre bras de la même espar. Il s’appuyait sur le boute-hors, et tenait à la main le bout d’une corde qu’il semblait vouloir remettre en place.

Sur Amazon