Forestiers et Voyageurs

Forestiers et Voyageurs

Soirées Canadiennes

Peu de populations présentent, dans leurs caractères typiques, plus d’intérêt que la population française des bords du Saint-Laurent.

Parmi les types qui se sont ainsi développés, celui du Forestier, à cause même du caractère de nos grands bois canadiens, est nécessairement un des plus curieux à étudier. Mais il en est un autre plus curieux encore, parce qu’il semble résumer tous les autres, c’est celui du Voyageur.

Voyageur, dans le sens canadien du mot, ne veut pas dire simplement un homme qui a voyagé. Il ne veut même pas dire toujours un homme qui a vu beaucoup de pays. Ce nom, dans notre vocabulaire, comporte une idée complexe.

Le voyageur canadien est un homme au tempérament aventureux, propre à tout, capable d’être, tantôt, successivement ou tout à la fois, découvreur, interprète, bûcheron, colon, chasseur, pêcheur, marin, guerrier. Il possède toutes ces qualités, en puissance, alors même qu’il n’a pas encore eu l’occasion de les exercer toutes.

Selon les besoins et les exigences des temps et des lieux, il peut confectionner une barque et la conduire au milieu des orages du Golfe, faire un canot d’écorce et le diriger à travers les rapides des rivières, lacer une paire de raquettes et parcourir dix lieues dans sa journée, porté par elles sur les neiges profondes.

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Voici un extrait :

La montée aux chantiers

Il y a de cela déjà longtemps, les fêtes étaient passées. L’Église avait redit ses Noëls si beaux et si touchants. Les jeunes gens de la paroisse avaient, au jour de l’an, fait la quête des pauvres par les maisons, en chantant La Guignolée que j’entendis alors probablement pour la dernière fois.

Les souhaits de bonne année étaient terminés. La besogne ne m’accablait pas, je résolus d’aller visiter les chantiers à bois d’une de nos grandes rivières du bas du fleuve.

Je me joignis donc à des conducteurs de voitures, chargés d’aller porter des approvisionnements à l’un de ces établissements.

Notre petite caravane se composait d’une vingtaine de traîneaux, portant des balles de foin pressé, des barils de lard, de farine, de mélasse, de poissons, de sacs d’avoine, du sucre, du thé et d’autres articles de consommation qu’on expédie, pendant tout l’hiver, pour les hommes et les chevaux employés dans cette industrie.

Le départ avait lieu dans l’après-midi. Nous allions coucher dans les dernières concessions de la paroisse, sur les confins de la forêt, afin de pouvoir arriver, dans la journée du lendemain, au but de notre destination.

Plusieurs jeunes gens des chantiers, qui n’avaient pas voulu passer les fêtes dans les bois, devaient nous rejoindre de grand matin, pour faire route avec nous et charmer ainsi les heures et les fatigues du voyage.

Nous nous distribuâmes dans les maisons voisines de l’entrée du chemin des bois, nous arrangeant de notre mieux pour passer la nuit sans trop gêner nos hôtes, dont l’hospitalité était telle qu’on se fût volontiers privé de tout pour ajouter à notre bien-être.

À l’heure convenue du lendemain, nous vîmes arriver nos jeunes compagnons de route. Ils venaient piquant au plus court, à travers la neige des champs, montés sur leurs raquettes. Ils chantaient, sur un air aussi dégagé que leur allure de voltige, le gai refrain des bûcherons canadiens :

« Voici l’hiver arrivé,
Les rivières sont gelées,
C’est le temps d’aller au bois
Manger du lard et des pois !
Dans les chantiers nous hivernerons !
Dans les chantiers nous hivernerons ! »

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Le métier du PORTE-CHAÎNE

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Mais qu’est-ce qu’un Porte-Chaîne ?
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En voici un extrait :

Sommaire

Introduction

Guerre terminée

Est-ce arrangé ?

Séjour à Satanstoë

On discute avant le départ

Se rendre d’abord à Albany

Traverser le territoire

La première fois

Arriver au domaine

L’édification

La nièce du Porte-Chaîne

Les sortir de la misère

Conclure les bails

Des milliers de pigeons

La terre est-elle ronde ?

Un moulin sur ses terres ?

Chez l’accapareur

Accusé d’être un homme de loi

Prisonnier dans la grange

Un essai raté

Toujours prisonniers

Le jugement

Comment s’échapper…

Une violente interruption

Tentative de réconciliation

Il respire encore

Plus d’un mourant

Promesse

Hommage au Porte-Chaîne

Nous parlions de vous

Conclusion

Est-ce arrangé ?

Heureux Lilacsbush ! heureux bosquet de lilas ! jamais je n’oublierai avec quelles délices j’errais dans ses grottes et au milieu de ses collines. Combien je me réjouissais de penser que j’étais le possesseur de toutes ces scènes de ma première enfance.

Ce fut dans l’été de 1784 que j’allai me jeter dans les bras de ma mère, après une séparation de près de deux années. Catherine riait et pleurait, et me pressait dans ses bras comme elle eût fait cinq ans plus tôt, bien qu’elle fût alors une ravissante jeune fille de dix-neuf ans.

La tante Marie me donna une poignée de main, un baiser sur le front, et me sourit affectueusement, à sa manière calme et paisible. La maison était sens dessus dessous.

Car Jaap rentrait avec moi, la laine de ses cheveux blanchie, et entouré d’une foule de petits Satanstoë (car tel était son nom de famille, quoique sa femme se fit appeler miss Lilacsbush). Enfants et petits-enfants, tous l’accueillirent avec des démonstrations de joie, et pendant vingt-quatre heures ce fut un tumulte à ne pas s’entendre.

Le lendemain je fis seller mon cheval pour me rendre au village de Satanstoë, et visiter ma grand’mère, que rien n’avait pu déterminer à abandonner les soins de sa maison pour venir habiter Lilacsbush.

Le général, c’est ainsi qu’on appelait mon père, ayant rendu sa visite quelques jours plus tôt, s’abstint de m’accompagner. Mais ma soeur y consentit avec joie. Elle montait parfaitement à cheval.

Jaap, qui avait acquis le privilège de faire à peu près ce qui lui convenait, ou qui ne faisait absolument rien lorsqu’il ne nous accompagnait pas en campagne, fut dépêché une heure avant notre départ vers madame Littlepage, ou sa vieille, vieille maîtresse, comme le drôle avait coutume d’appeler ma grand’mère, pour lui faire savoir que nous nous invitions à dîner chez elle.

Dans certains pays du globe, les habitants sont dégradés à ce point que les plus proches parents n’oseraient prendre une telle liberté. La fils n’oserait prendre sur la table une assiette sans la permission de son père. Dieu soit loué ! nous n’avons pas encore, en Amérique, atteint ce degré de civilisation.

Il n’y a pas chez nous de père, de grand-père ou d’aïeul qui n’accueille autrement son descendant qu’avec un sourire de bienvenue, qu’il vienne peu, souvent ou comme il voudra.

Vers les neuf heures d’une belle matinée du mois de mai, je m’élançai, en compagnie de Catherine Littlepage, tous deux à cheval, sur la vieille route de Kingbridge (du Pont du Roi). Cette dénomination, ainsi que celles de rois, reines et duchesses, subsiste toujours, comme des jalons pour servir à l’intelligence de notre histoire.

C’est ainsi que toutes choses de ce monde sont, par leur nature même, temporaires et périssables, ce que ne devraient jamais oublier ceux qui ont plus de hasards à courir dans les révolutions du globe.

Nous nous arrêtâmes à la porte de l’auberge de Kingsbridge pour souhaiter le bonjour à l’hôtesse, madame Light, qui en était propriétaire depuis un demi-siècle, et qui avait vu grandir deux générations de notre famille. Cette loquace ménagère avait ses qualités et ses défauts, mais l’âge lui avait donné une sorte de droit à notre sollicitude, et je ne pouvais passer sa porte sans m’y arrêter, ne fût-ce qu’un instant. Elle accourut en personne sur le seuil pour nous saluer.

— Je l’avais rêvé, monsieur Mordaunt ! s’écria-t-elle dès qu’elle m’aperçut. J’ai rêvé de votre retour il n’y a pas plus d’une semaine ! Il y aurait folie à le nier… les rêves disent quelquefois vrai !

— Qu’avez-vous donc rêvé cette fois, madame Light ? lui demandai-je, sachant bien qu’il fallait laisser courir sa langue pour être plus tôt débarrassé d’elle.

— À la dernière chute des feuilles je rêvai que le général était de retour, et il revint, en effet. Pourtant, vous le savez, monsieur Mordaunt, ou major Litilepage, comme ils disent que je dois vous appeler, les on dit se réduisent souvent à néant. Pourtant j’ai rêvé la semaine dernière que vous reviendriez certainement sous huit jours, et vous voilà de retour en chair et en os.

— Pour cette fois, le rêve ne vous a pas donné le démenti, ma bonne hôtesse.

— C’est égal. Il ne m’arrive pas souvent de croire aux rêves. Mais Jaap s’est arrêté ce matin ici pour faire rafraîchir son cheval, et j’ai prévu que mon rêve allait se réaliser. Et cela, sans échanger un seul mot avec le nègre.

— Cela m’étonne, madame Light, car vous aimez assez échanger quelques paroles avec vos hôtes.

— Jamais avec les noirs, major. C’est leur donner une licence dont ils sont toujours disposés à abuser. J’abhorre l’effronterie chez un nègre, c’est pourquoi je les tiens tous à distance. Que de choses nous avons vues se passer, major, depuis votre départ pour la guerre, et combien de changements ! Notre clergé ne prie plus pour les rois ni pour les reines, pas plus que s’ils étaient tous disparus de la terre.

— C’est vrai, mais actuellement nous prions pour le congrès.

— Je souhaite que tout cela tourne à bien ! Mais je vous dirai, major, que les officiers de Sa Majesté dépensaient plus largement et payaient en monnaie de meilleur aloi que les colons. Ils ont tous passé par chez moi. J’en ai vu des régiments, et je dois leur rendre cette justice en toute conscience.

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