La route vers l’OR de la Californie

La route vers l’OR de la Californie
Soirées Canadiennes

La ruée vers l’or de la Californie a amené plusieurs Canadiens et autres à s’y rendre. Quel voyage et quelles miséres attendent ces personnages cherchant une vie de rêve pour eux et leur famille.

Illusion et réalité se côtoient dans des histoires réelles de cette vie de voyageurs et de chercheurs d’or.

M. de Boucherville a une façon toute spéciale de raconter ces histoires, incluant les moeurs des gens ainsi que les sensations que vous ressentirez aussi.

Vous en serez aussi captivés que nous, assurément !

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Un extrait :

Second départ

Notre navire habillé de toutes ses voiles, le pavillon au grand mât, annonçait enfin le départ. Cinq nouveaux passagers, au nombre desquels se trouvait une femme du Chili, prenaient place à bord, pour la Californie.

Trois d’entre eux venaient de faire naufrage, dans le détroit de Magellan, d’où ils étaient revenus presque miraculeusement, sur une barque de quelques tonneaux.

Les matelots au cabestan chantaient en choeur, et l’ancre, obéissant aux efforts cadencés, rendait au Francis Depau la liberté qu’il avait perdue depuis cinq jours. Quatre embarcations montées par quelques chiliens nous remorquaient en dehors de la baie, le 24 du mois d’avril 1850.

Le navire remis de sa course périlleuse autour du Cap Horn, reprenaient encore une fois la mer pour près de deux longs mois. Les passagers, plus habitués â la vie du bord et rassérénés par les quelques jours de répit pris à Valparaiso, recommençaient, en entrant sous les tropiques dans l’océan Pacifique, les jeux et les amusements inventés sur l’Atlantique.

Les embarcations nous avaient laissés et la brise de terre faisant place à celle de la haute mer, le navire disparaissait peu à peu de la côte, emportant le souvenir de cette belle terre du Chili et de cette belle race espagnole, la première des nations européennes qui aient colonisé l’Amérique.

La joie et l’abondance régnaient à bord, de nouvelles provisions avaient été achetées et mises à notre disposition. D’immenses quantités de raisins, de noix, d’ananas et autres fruits ne contribuèrent pas peu à nous rappeler le beau pays qui nous les avait donnés.

Pendant près d’un mois les tables de nos cabines furent couvertes de ces fruits délicieux qui servaient d’enjeu à nos joueurs de cartes, durant les belles soirées tropicales.

La brise du Sud-Est, régulière et soutenue, donnait à la mer peu d’agitation et notre navire, presque droit sur sa quille, filait de dix à douze noeuds.

Nous jouissions d’une chaleur modérée par une brise continuelle, et nous étions comparativement à l’aise à bord de notre bâtiment. Notre estimable missionnaire, toujours prêt à se rendre aux désirs de ses compagnons de voyage, vit, avec bonheur, les Canadiens remplir le pieux et saint devoir pascal dans la petite chapelle improvisée tous les matins.

Bien loin du Pays, en pleine mer, les coeurs se trouvaient heureux de recevoir, au-dessus d’un abîme profond, le Créateur de cet immense océan. Le souvenir de ces heures de bonheur ne s’effacera jamais de la mémoire de M. Cénas, ni de celles des passagers canadiens du Francis Depau.

Notre aimable missionnaire offrait au Dieu tout-puissant le St. Sacrifice de la messe, dans sa cabine qu’il avait disposée en petite chapelle; deux ou trois catholiques, à la fois, étaient admis, chaque matin, à recevoir le Dieu de miséricorde.

Malheureusement, ce bonheur allait bientôt finir. Car le navire devait reprendre une course agitée par une mer en fureur, soulevée par les vents variables du nord et de l’ouest.

Depuis notre départ de Valparaiso, nous avions toujours eu en vue une barque américaine en destination de San Francisco. Nous perdîmes de vue ce compagnon de notre course à la hauteur des îles St. Félix, auprès desquelles nous passâmes, de manière à pouvoir en distinguer la belle et riche végétation.

Non loin de ces îles et à quelques milles de notre bâtiment, se jouaient dans les eaux de la mer une nombreuse troupe de baleines. Ces énormes cétacés plongeaient puis, sortant hors de l’eau, lançaient à une grande hauteur des colonnes d’eau vaporisée, de manière à nous représenter de loin le spectacle d’une petite flotte à la voile.

Le bruit de la puissante respiration de ces énormes créatures de la mer arrivait à nos oreilles, comme le bruit d’un rapide, à la veille d’un orage par un temps calme.

Durant une nuit extrêmement chaude, nous étions entre la ligne et le tropique du sud, je m’étais levé et je montais sur la dunette, pour y respirer un peu d’air frais et admirer la beauté du ciel, lorsque le matelot, à la roue me fit signe d’arriver jusqu’à lui, en même temps, il me montrait une énorme baleine dormant paisiblement à côté du navire.

Tout était silencieux à bord et le bâtiment n’avançait qu’avec peine, je m’approchai du sabord et je vis ce monstre de la mer, le dos entièrement sorti hors de l’eau et dans toute sa longueur, presque touchant aux flancs du navire.

Quelques instants après, la baleine disparaissait sous l’eau pour reparaître un peu plus loin, en soufflant violemment une quantité de cette vapeur que l’animal rejette par ses évents.

La chaleur, chaque jour, devenait de plus en plus accablante, le pont était brûlant, la brise de la mer ne suffisait pas à rafraîchir l’atmosphère. Il fallait recourir aux bains, le matin et le soir. Nous prenions ces bains à l’avant du navire sous le buste du père Depau, lequel fut ainsi témoin d’un accident qui heureusement n’eût pas de suite.

Il était huit heures du soir, la brise de neuf heures allait fraîchir et faire avancer le navire avec rapidité, la lune éclairait le sillon tracé par le bâtiment. Lorsque tout d’un coup un appel se fit entendre et on vit, au milieu du sillage du navire, un de nos compagnons qui luttait pour se tenir à flot.

Le cri pénible de « un homme à la mer ! » fut aussitôt répété de bouche en bouche. Le navire fut mis en panne, les chaloupes détachées et des cables jetés au malheureux qui se débattait péniblement et nageait vers nous avec des efforts inouïs.

Grâce à sa vigueur et grâce à la clarté de la lune qui lui laissait voir les objets qu’on lui avait lancés du bord, ce jeune homme réussit à saisir un bout de câble, au moyen duquel il fut retiré sur le bâtiment.

Mais le misérable ne crut pas devoir remercier la Providence, qui venait de le faire échapper à la dent cruelle des terribles requins. Ses blasphèmes nous firent frémir d’horreur, et nous témoignèrent des tristes défauts de son éducation religieuse. Il était américain.

Nous étions alors, à la latitude 6® 57″ nord et longitude 116® 6″ le 25 de mai 1850. Pendant la journée, le second lieutenant avait été sur le point de pêcher un énorme requin, à l’arrière du navire et près du gouvernail.

C’est surtout dans ces latitudes chaudes que ces brigands des mers paraissent à la surface de l’eau, par des temps calmes et à la veille d’orage. À leur apparition qui se fait connaitre d’assez loin, quelquefois, par la projection hors de l’eau d’une longue nageoire dorsale qu’ils roidissent ou couchent à volonté, les marins qui osent prendre un bain à la mer remontent dans les chaloupes et sont bientôt à bord.

 

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