La Jongleuse

La Jongleuse
Légende historique

 

L’auteur a voulu partager cette légende avant qu’elle ne soit oubliée ou transformée. L’action se situe sur le fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de Rivière-Ouelle en Gaspésie. À l’époque où les Iroquois agissaient en véritables sauvages. Une histoire touchante remplie de péripéties. Vous aimerez !

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Voici un extrait :

En route sur les flots

Cependant le frêle esquif, poussé par deux vigoureux avirons, descendait le fleuve avec rapidité. Léger comme une écume, il glissait sans bruit sur les flots, laissant à peine un pâle sillage derrière sa proue.

Les voyageurs gardèrent le silence pendant quelque temps. Et rien ne troublait le sommeil de la nature autour d’eux, si ce n’est le bruissement des flots sur les flancs de la légère pirogue, et le chant monotone et cadencé de la vague sous les avirons.

Bientôt l’obscurité de la nuit confondit les teintes indécises des divers édifices de la ville dans une nuance uniforme, et ils ne distinguèrent plus derrière eux qu’une ligne onduleuse découpant en noir, sur le ciel, les contours du Cap Diamant.

De fois à autres, le clapotis de la vague sur les galets de la rive, ou le grincement d’une girouette, agitée par le passage subit d’une brise nocturne, parvenaient encore à leurs oreilles. Mais bientôt tous ces bruits s’éteignirent.

C’était l’heure solennelle de la nuit où tout repose dans la nature, et les bêtes carnassières revenues de leurs chasses nocturnes, et l’oiseau caché sous la feuillée, et l’homme fatigué des soucis et des travaux du jour.

Le torrent lointain même semble voiler ses sanglots, et sous la brise expirante de la nuit, la forêt exhale à peine de son orgue immense un faible soupir.

Cependant la jeune femme, les yeux tournés vers la ville endormie, contemplait attentivement une lueur presqu’imperceptible et immobile sur la côte. On eût dit qu’elle redoutait le moment où elle allait la voir disparaître entièrement, tant il y avait d’anxiété dans ses regards.

Ce n’était pas la lumière de la lanterne qui depuis longtemps avait disparu. Cette faible étincelle, qui venait scintiller au bord de sa paupière où tremblait une larme, jaillissait d’un foyer autrement mystérieux, autrement consolant.

C’était la pâle clarté de la lampe du sanctuaire de la vieille église, — holocauste virginal, emblème touchant de l’éternelle prière.

Pendant qu’elle contemplait cette chaste étoile, sa bouche murmurait une fervente prière. La prière ! invisible vestale qui veille incessamment, une étoile au front, dans le temple sans tache de l’âme pieuse.

Toute son âme semblait avoir passé dans ses yeux, tant il y avait d’ardeur dans son regard. Et le mystique rayon, venant effleurer sa prunelle de sa baguette d’or, semblait le regard de Dieu, caché sous les adorables voiles, exauçant sa plainte et versant un reflet d’espoir dans son âme en deuil.

Oh ! la pauvre femme, elle avait en effet grand besoin d’un céleste soutien, au moment d’affronter tant de dangers parmi les embûches de la nuit ! Enfin, les ténèbres l’envahissant de toutes parts, le frêle sillon de lumière s’éteignit sous un linceul d’obscurité.

— Oh ! il fait bien noir, dit tout bas l’enfant à sa mère après un long silence, je ne puis même pas voir votre visage. Si je n’étais pas si près de vous, ma chère petite maman, je crois que j’aurais bien peur.

Pourquoi sommes-nous partis si promptement ? Je dormais si bien dans mon lit quand vous êtes venue me réveiller. Allons-nous arriver bien vite ?

Et l’enfant, saisi d’un frisson involontaire, se rapprochait instinctivement de sa mère, comme pour chercher une protection contre les fantômes que la nuit fait sautiller devant l’imagination de l’enfance.

La jeune femme poussa un soupir, et sans répondre à ses questions :

— Couche-toi sur mes genoux, Harold, lui dit-elle, tu as encore besoin de dormir. Fais un bon somme tandis qu’il fait noir, je te réveillerai quand il sera jour, et tu verras se lever le beau soleil. Alors tu n’auras plus de peur.

L’enfant obéit sans rien dire et posa sa tête sur les genoux de sa mère.

— Maman, murmura-t-il à voix basse après quelques minutes, voyez-vous là-bas cette grande femme blanche qui marche sur l’eau ? Elle s’avance vers nous, — elle me regarde, — elle me fait signe d’aller vers elle. Entendez-vous, maman, comme elle chante ? Comprenez-vous ce qu’elle dit ?

Et l’enfant indiquait du doigt le fantôme qu’il croyait apercevoir.

Maman ! continua-t-il d’une voix tremblante, j’ai peur ! j’ai peur ! Retournons-nous en chez nous. Elle va venir me prendre.

Et il cachait sa figure sur les genoux de sa mère en étouffant un sanglot.

— Dors donc, enfant, ne crains rien, il n’y a point de danger. Cette grande tache blanche que tu vois là-bas, ce n’est pas un fantôme, c’est la chute de Montmorency. Le bruit que tu entends, c’est celui de l’eau qui tombe de la montagne. Dors tranquillement ; ta maman veille auprès de toi.

— Ho-hou ! interrompit tout à coup le Sauvage, tirant de sa poitrine cette exclamation gutturale ordinaire aux Indiens pour exprimer la surprise et i’étonnement, — Matshi Skouéou !

Ces paroles en langue sauvage, prononcées à demi voix, semblèrent paralyser les bras du chasseur canadien. Pendant quelques instants, son aviron demeura immobile entre ses mains.

Puis, sur un signe du Sauvage, ils se remirent tous deux à ramer vigoureusement, mais avec le moins de bruit possible.

Parler plus bas

— Votre enfant dort-il maintenant ? demanda enfin le chasseur après un long silence.

— Oui, répondit Madame Houel ; il est si fatigué d’avoir été dérangé cette nuit qu’il s’est endormi en quelques secondes.

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