Des histoires de Hollande

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D’abord publié sous le titre de La chambre obscure, ces histoires nous parlent de la vie en Hollande vers 1830.

Des écoliers, des chasseurs, des pêcheurs, des mères et des pères de famille.

Leurs activités, leur façon de penser et de vivre.

Vous aimerez ces histoires.

 

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Voici un court extrait :

Les moyens de transport

On est occupé, dans ma patrie, à établir des chemins de fer. Il a fallu bien du temps avant qu’on y arrive. Les plans reposaient toujours chez nous sur le trekschnit. La ligne se brise au moins six fois avant d’arriver à sa destination. Enfin, on arrive ! Mais ciel ! que cela dure longtemps avant que l’on ait ses bagages. Avant que la chaufferette, la haridelle et le parapluie soient remis aux mains du brouettier.

Quant à moi, je suis un Hollandais de vieille souche. Mais j’ai, entre autres vices non patriotiques, une impatience qui n’est rien moins que hollandaise. Bien que je puisse me rendre cette justice, et déclarer qu’il n’y a personne au monde qui tire d’embarras, avec plus de calme, une jolie femme et un tricot de coton ou de soie. Quant au reste, c’est tout autre chose.

Pour faire tout ce qui doit être fait, j’ai la plus admirable patience. J’ai du respect pour les choses qu’il faut faire lentement. Mais ne rien faire m’ennuie terriblement. Je ne puis attendre. Cela me fait souffrir.

La vie est trop courte, et mon sang coule vite. Quant aux chemins de fer, en particulier, je les attends depuis des années, non pas que j’y aie quelque intérêt commercial ou financier, mais à cause d’un pari que j’ai fait, et uniquement parce qu’il n’y a encore aucun moyen de transport qui me plaise, excepté pourtant ma propre voiture et des chevaux de poste, dont, pour certaines raisons graves, je ne pouvais que rarement faire usage.

Pour ce qui est du trekschnit, j’ai déjà laissé voir mon sentiment. Il est vrai qu’on peut y lire, y jouer aux dominos, aux dames. E si le batelier a de l’encre à bord et que vous ayez emporté une plume avec vous (car la sienne est toute noire de la tête au pied), vous pouvez même écrire, quoique la petite table se trouve au roef, un peu éloignée du siège.

Mais avec tout cela, si vous assurez que vous êtes assis à votre aise, je vous tiens, avec votre permission, pour une créature contrefaite, ou pour un petit être pas plus haut que mon genou. Et assurément vous n’êtes point un gaillard de cinq pieds sept pouces, comme votre humble serviteur.

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Un trekschnit moderne

Puis il y a quelque chose de douloureux dans le mouvement du trekschnit qui rend ennuyeux le livre le plus amusant et vous ralentit dans votre ardeur pour le jeu. Mais surtout il y a dans le trekschnit un génie de bavardage d’une misérable espèce.

Les conversations qui s’y engagent sont toutes composées des mêmes ingrédients et tombent toutes dans le même ton monotone. Les anecdotes du trekschnit sont parfaitement insupportables. Ajoutez-y cette affreuse question souvent répétée : « À quelle distance sommes-nous, batelier ? » et l’éternel : « Allons, il faut payer, » quand l’homme vient chercher son argent.

Ne condamnez pas légèrement les passagers, si vous arrivez à un tel abaissement d’esprit. Dès que la tombe s’ouvre devant nous, on ne rougit pas d’une seule faiblesse. On sent du plaisir et de l’intérêt à parler du son des cloches, du prix des vivres et de cette grave question : « Vaut-il mieux aller se promener après midi ou faire un petit somme ? »

On a besoin de raisonner et de barguigner sur des frivolités. Oui, le démon de l’endroit vous domine tellement, qu’il vous réduit souvent presqu’à vous faire additionner là des avantages du trekschnit. Vous entendrez toujours comme aussi vos compagnons de voyage prêter l’oreille avec attention au nom de trekschniten et de diligences qui font le trajet en un jour.

La triste et pénible impression dont vous souffrez s’aggrave encore par la lecture du tarif, par la vue d’un bougeoir en cuivre, par le petit crachoir triangulaire en fer-blanc, et le reste du petit mobilier. Puis vous êtes frappé de la gravité prudente avec laquelle le batelier tire d’abord une clef de sa poche, ouvre le petit tiroir de la table, et enfin en tire une longue pipe.

Je ne crois pas que personne ait jamais eu une pensée spirituelle dans un trekschnit. Au contraire, le roef est l’atmosphère naturelle de tous les préjugés, le lieu où se conservent scrupuleusement toutes les vieilles idées, l’école de tous les laids et vils défauts. Il y a des exemples d’hommes qui, pour avoir été trop en trekschnit, sont devenus lâches, rampants, avares, entêtés et importuns.

En général, le roef est consacré aux gens qui en font le personnel ordinaire. Là sont les ouvriers fashionables qui ont un métier qui traîne, comme les tourneurs en ivoire, les horlogers, bonnes gens qui vont recueillir un héritage, la femme avec un petit pain dans le ridicule, l’homme avec une tabatière à musique.

De jeunes fabricants de pain d’épice, qui ne veulent pas paraître ce qu’ils sont, avec une sorte de constellation sur la poitrine, consistant en trois boutons de chemise ciselés et une éclatante épingle de cravate, avec une pierre jaune taillée à facettes, beaucoup trop grande pour être authentique.

De petits rentiers de 50 à 60 ans, qui ont le couvercle de pipe en argent, avec des glands en bois de palmier. D’honorables libraires qui ont trôné vingt-cinq ans derrière le même comptoir, et montrent pour preuve une tabatière d’argent avec inscription.

Des mères avec des enfants endormis, et qui en ont laissé un petit à la maison, lequel à huit ans connaît déjà le français. Des ménagères qui disent urvé et ikh eeft. Des caméristes qui veulent se faire passer pour leurs maîtresses, et qui parlent de notre campagne où un pont doit être construit, et où, à leur grande honte, un garçon jardinier les a reçues avec un baiser.

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