9- Peine d’amour

9-interrogatoire

La Guêpe

1- Violence conjugale

8- Faire parler les corps

9- Peine d’amour

 

— Ce n’est pas moi qui ai fait ça ! affirma Francis avant même que Boileau n’ait posé une question.

L’inspecteur jeta un regard aux parents du jeune homme. Ils avaient insisté pour assister à l’interrogatoire et étaient visiblement nerveux bien que le policier leur ait assuré qu’il ne s’agissait pas d’un « interrogatoire », mais simplement d’une entrevue.

Leur fils n’était accusé de rien. Par contre, il possédait peut-être des informations utiles à l’enquête. D’autre part, comme Francis était mineur, il était normal que ses parents assistent à la rencontre, à condition de ne pas interférer dans la discussion.

Boileau s’installa face au jeune homme en se demandant s’il s’ouvrirait aussi facilement devant ses parents.

À 16 ans, on a parfois des secrets qu’on ne veut pas étaler devant la famille, se dit-il.

— Donc, ce n’est pas toi qui as fait ça ? répéta Boileau.

Francis confirma d’un signe de tête.

— Pas toi qui as fait quoi ?

Décontenancé, le jeune homme bafouilla un peu.

— Ben, cette histoire de sac plein de guêpes lancé dans la salle du Papillon.

— Tu es donc au courant de ce fait.

— Bien sûr ! Tout le monde ne parle que de ça. Je peux prouver que j’étais au travail à ce moment. J’ai plusieurs témoins.

Il a déjà préparé son alibi.

— Commençons par le début, si tu veux bien. Jusqu’à la semaine dernière, tu travaillais au resto-bar Le Papillon et maintenant tu es employé chez PFK. Que s’est-il passé ?

— J’ai démissionné.

— Pourquoi as-tu quitté cet emploi ?

— Pour un meilleur poste, un meilleur salaire, un meilleur horaire. J’avais déjà passé l’entrevue d’embauche et j’attendais le bon moment pour le dire au bonhomme, heu (il se reprit), à Monsieur Moretti.

— Et « le bon moment » s’est présenté mercredi dernier.

— C’est bien ça.

— Monsieur Moretti m’a dit qu’il t’avait congédié. Sais-tu pourquoi ?

Le jeune homme se leva presque du fauteuil.

— C’est faux ! Il ne m’a pas congédié, c’est moi qui suis parti. Il ne cessait de me crier par la tête et de m’accuser injustement. J’en avais assez et je suis parti.

Boileau laissa passer une minute de silence pendant qu’il observait les parents se tenant à l’écart. Seule sa mère exprimait de la nervosité en se frottant les mains. Monsieur Sénéchal, pour sa part, demeurait placide.

— Monsieur Moretti mentionne qu’il t’a surpris à fumer de la marijuana.

— C’est faux ! Je n’ai pas fumé de cannabis. Je me tiens loin de ce poison.

— Pourtant, à ton retour de la pause, il a bien reconnu l’odeur caractéristique de cette plante.

— La porte de la cuisine donne sur la ruelle. C’est un endroit retiré et un peu sombre. Il arrive souvent que des jeunes viennent s’y cacher pour fumer. C’est là que je prends mes pauses quand il fait beau. S’il a senti l’odeur, c’est parce que quelqu’un d’autre y avait fumé un joint peu de temps avant. Ce n’est pas moi, je le jure !

Monsieur Sénéchal intervint.

— Fumer un joint n’est pas un crime, à ce que je sache !

Boileau le regarda, mais ne dit rien. Ce seul regard suffit à lui rappeler qu’il avait promis de ne pas interférer dans la discussion. Le père se recula un peu plus en un geste d’excuse. Boileau ouvrit sa mallette et en sortit la photo que Julie avait améliorée et la présenta à Francis. Le jeune homme la regarda d’abord avec indifférence puis devint très pâle. Il mit sa main sur sa figure.

— Reconnais-tu quelque chose ou quelqu’un sur cette photo ?

— C’est ma blonde, Célia Bonin. C’est elle qui tient le sac, bredouilla-t-il.

— En es-tu certain ?

Francis confirma d’un signe de tête. Il avait les yeux mouillés.

— Le visage est masqué, tu te trompes peut-être…

— C’est son casque de vélo et je reconnais les motifs du foulard qui cache son visage. C’est moi qui le lui ai donné à son anniversaire.

— Et le conducteur du scooteur, tu le connais ?

— C’est Will. Je ne connais pas son vrai nom. Je crois que c’est un gars du cégep. Il vient souvent rôder autour de l’école avec sa Vespa noire.

— Et Célia le connait ?

— Oui, elle le connait. Je crois que c’est lui qui lui fournit son pot.

— Elle fume de la marijuana ?

— À l’occasion. Le soir où j’ai donné ma démission, elle était venue me voir à l’heure de ma pause. Elle a fumé un joint en jasant avec moi. C’est ce qui a causé l’odeur que Moretti a reconnu.

— Est-ce que le dénommé Will était avec elle ?

— Je ne l’ai pas vu.

Francis était démonté. Il venait de découvrir que sa petite amie fréquentait un garçon un peu louche, mais qui pouvait lui offrir beaucoup plus. Boileau avait envie de le laisser à sa peine, avec ses parents, mais il devait savoir. Aussi il continua l’entrevue.

— Admettons un instant que c’est bien Célia que l’on voit sur la photo. Pourquoi voudrait-elle lancer un guêpier dans ce restaurant ?

— Pour se venger, répondit le jeune homme. C’est un peu de ma faute…

Boileau le laissa s’expliquer.

— Célia n’était pas d’accord avec mon changement d’emploi parce que mon horaire de travail ne nous permettait plus de nous voir le soir. Je lui ai dit que monsieur Moretti m’avait congédié parce que je sentais la drogue. Pour elle, le mauvais caractère du bonhomme et son intransigeance étaient les causes de son malheur.

— Je comprends, compatit Boileau. Tout cela a besoin d’être vérifié. Je vais rencontrer cette jeune fille. En attendant, ne lui dis rien. Ça ne ferait que compliquer la situation.

 

La suite de La Guêpe de Normand Jubinville : Un café qui fait du bien

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