7- Des guêpes partout !

7-types

1- Violence conjugale

7- Des guêpes partout !

 

— Comme je vous l’ai expliqué, commença Pierre Brault, nous étions sur la terrasse pour célébrer le retour de la sœur de ma conjointe. J’ai pris quelques photographies pour immortaliser l’évènement, dont l’une juste avant de voir le sac de plastique rouler dans le restaurant.

Pierre sortit son smart phone et montra l’image à l’inspecteur. Elle présentait les visages souriants de deux jeunes femmes.

— Si j’agrandis l’image et que l’on regarde entre les deux visages, on peut apercevoir le phare avant d’une motocyclette en arrière-plan, du moins il me semble. Il faisait nuit, la photo est sombre et floue, mais j’ai l’impression que le passager tient un sac blanc et qu’il le lance par-dessus sa tête. Voyez-vous la même chose ?

Boileau ajusta ses lunettes et s’approcha de l’écran. Aussitôt, il décrocha le téléphone et composa.

— Mademoiselle Fontaine, pouvez-vous venir à mon bureau ?

— (…)

— Oui maintenant.

— (…)

— Merci, dit-il en raccrochant le combiné.

Julie Fontaine se présenta quelques secondes plus tard. Boileau lui montra la photographie.

— Peut-on l’améliorer afin de discerner l’arrière-plan ?

— On peut toujours essayer, confirma-t-elle. Si monsieur veut bien venir avec moi, je vais transférer une copie du fichier sur mon ordinateur, avec votre permission, bien sûr.

L’homme accepta d’un signe de tête et suivit Julie.

— Merci Monsieur Brault, lui dit Boileau. Vous nous avez peut-être apporté une pièce significative de ce puzzle.

L’enquêteur Steve se présenta dans l’embrasure de la porte.

— Est-ce que je peux vous déranger ?

— Entrez. Qu’y a-t-il de neuf dans le dossier ?

— Malheureusement rien. Nous avons visité une trentaine de maisons, mais n’avons rien trouvé. Par contre, à plusieurs reprises personne ne répondait à la porte. Les occupants étaient absents, probablement au travail.

— Il est aussi possible que notre suspect demeure dans l’une de ces habitations et, dans ce cas, il ne se montrera pas.

— Nous devrons donc procéder par élimination. Alors, j’ai besoin de votre autorisation pour effectuer du temps supplémentaire afin de compléter notre travail ce soir.

Je vais encore défoncer mon budget ! se dit Boileau.

— Allez-y, Monsieur Sauvé. Faites ce qu’il faut.

— Merci Monsieur l’Inspecteur. J’ai autre chose à vous communiquer.

Boileau adopta une posture d’écoute, Steve continua :

Les patrouilleurs routiers m’ont signalé qu’il s’est produit un accident sur l’autoroute, en direction de Montréal. Selon le premier constat, une dame a soudainement changé de voie et frappé un autre véhicule qui allait la dépasser. Les deux se sont retrouvés dans le fossé.

Il n’y a pas de blessures graves, seulement des ecchymoses. La conductrice affirme qu’elle a perdu le contrôle de son automobile en tentant de chasser une guêpe ou une abeille s’étant introduite dans l’habitacle.

— Ça ressemble à un simple accident de la circulation. En quoi sommes-nous concernés ? objecta Boileau.

— Je vous rappelle que nous avons demandé à être informés de tout incident impliquant des abeilles ou des guêpes.

— Tu as raison, avoua Boileau. J’espère seulement que nous ne serons pas débordés par des rapports sans liens avec notre mandat et nos dossiers.

L’inspecteur s’affaira à noircir quelques formulaires tout en essayant de ne plus penser à ses enquêtes. Il appelait ça « recharger ses neurones ». Ayant terminé sa journée, il décida de prendre un apéritif quelque part avant de rentrer. Machinalement, il se dirigea vers le resto-bar « Le Papillon ».

Ce n’est peut-être pas la meilleure façon de relaxer, pensa-t-il, se moquant de lui-même. En s’approchant, il nota que les paniers de fleurs décorant la terrasse avaient disparu. En prenant une table, il remarqua un avis inscrit sur un tableau noir :

Attention aux guêpes !
Couvrez vos verres.

Décidément, le patron devient paranoïaque, mais c’est compréhensible après ce qui est arrivé…

Un vieux monsieur très digne s’occupait du service. Boileau commanda une bière qu’on lui servit avec deux sous-verres en carton, l’un en dessous et l’autre par dessus.

— C’est une façon originale de présenter les consommations, commenta Boileau.

— Les guêpes adorent la bière, rétorqua le serveur. Elles viennent se noyer dans les verres. Si vous en avalez une par mégarde et qu’elle vous pique dans la gorge, ce peut être très dangereux.

— Je comprends. C’est juste qu’on ne voyait pas ça avant.

— C’est vrai, avoua le serveur, mais il y a davantage de guêpes cette année. Il vaut mieux se méfier.

Boileau entreprit de déguster son breuvage à petites gorgées, tout en replaçant minutieusement le couvercle de carton. Regardant autour de lui, il constata que les autres clients attablés à la terrasse suivaient aussi la consigne de sécurité. Par contre, il ne vit aucun insecte ailé.

J’entends beaucoup parler de guêpes ces jours-ci. Y a-t-il vraiment un plus grand nombre de ces bestioles dans la nature ? Il se souvint à ce moment que l’entomologiste retraité, rencontré à l’hôpital, lui avait offert de répondre à ses questions, le cas échéant. Il consulta son carnet et composa le numéro de Victor Beauregard.

— Bonjour Monsieur Beauregard, c’est Louis Boileau. J’espère que je ne vous dérange pas ?

— Pas du tout Monsieur l’Inspecteur. Je profite de cette belle fin de journée devant ma piscine. Comment puis-je vous être utile ?

— On me dit qu’il y a un plus grand nombre de guêpes cette année, est-ce possible ?

— C’est très possible. En fait, sans en avoir effectué le décompte scientifiquement, je constate aussi une présence plus assidue de ces insectes. À cette période de l’année, elles s’activent, car elles doivent nourrir les larves, qui sont carnivores, tout en s’alimentant de substances très énergétiques.

— Comme la bière ?

— Oui, et aussi les fruits murs, le vin et les boissons sucrées.

— Mais pourquoi sont-elles plus nombreuses cet été ?

— Parce que l’hiver a été plus doux. Les femelles fécondées l’automne dernier se sont protégées du froid de leur mieux. Elles ont survécu en plus grand nombre et ont fondé leurs colonies dès le printemps. Il est normal et naturel d’en rencontrer plus souvent.

Pendant qu’il écoutait les explications de l’entomologiste, une guêpe virevolta autour de lui et atterrit sur la table.

— Tiens ! s’exclama Boileau. Il y a justement l’une de ces bestioles détestables qui vient de se poser devant moi. Que me suggérez-vous de faire ?

— Rien, ne faites rien. Vous ne représentez pas un gibier intéressant pour elle. Sauf votre respect, elle vous ignore totalement ! Protégez votre verre et veillez à ce qu’elle ne se retrouve pas coincée dans un repli de vos vêtements, un collet de chemise par exemple. Elle a été attirée par une odeur et s’en ira dès qu’elle aura terminé son lunch !

Boileau remercia l’entomologiste pour ses conseils et continua d’observer l’insecte dans son habit jaune et noir. Elle arpentait consciencieusement la surface vitrée. Effectivement, elle ne manifestait aucune agressivité.

L’inspecteur eut une idée. Il plongea son index dans la bière et laissa tomber une grosse goutte du liquide au centre de la table. Son geste effraya la guêpe qui s’enfuit rapidement. Elle revint pourtant moins d’une minute plus tard, trouva la sphère liquide et entreprit d’en absorber le plus possible.

— Prends un coup à ma santé jolie demoiselle ! murmura Boileau en l’observant dans la lumière du soleil. Si tu savais parler, que me dévoilerais-tu ?

 

La suite ici !

Soyez le premier à commenter sur "7- Des guêpes partout !"

Laissez votre commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée.


*


%d blogueurs aiment cette page :