5- Éléments de preuve

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1- Violence conjugale

4- Héroïsme

5- Éléments de preuve

En sa qualité d’experte en investigation de scènes de crimes, Julie Fontaine accompagnait l’enquêteur Steve Sauvé sur les lieux de l’agression. Le sentier n’étant pas assez large pour permettre aux véhicules de s’approcher du périmètre sécurisé Julie, aidée par un agent, dut transporter son matériel.

— N’oublie pas d’apporter ton costume de cosmonaute, lui dit Steve pour la taquiner. Il y a un nid de guêpes très agressives dans la zone à examiner et vêtue comme tu l’es, elles risquent de te confondre avec une fleur géante !

Steve aimait bien taquiner sa consœur de travail sur ses gouts vestimentaires pour le moins excentriques. Comme elle n’était pas tenue de porter l’uniforme règlementaire, elle en profitait pour exprimer sa différence de façon parfois extravagante.

— Les patrouilleurs m’ont prévenue de ce détail, j’ai apporté ce qu’il faut, dit-elle d’un ton sec en exhibant une combinaison étanche qu’elle commença à enfiler par-dessus sa jupe violette et sa blouse rose bonbon.

Julie Fontaine était reconnue pour son originalité vestimentaire, mais aussi pour son sens aigu de l’observation et son efficacité. De plus, elle avait la répartie rapide et acide.

— Je n’ai pas de combinaison pour toi, continua-t-elle, tu devras rester en dehors du périmètre et me laisser travailler, car ton uniforme de couleur « caca de chevreuil » risque de perturber ces pauvres petites bêtes.

Alors que Julie s’engageait sur le sentier, Steve regarda sa veste avec plus d’attention et dut s’avouer qu’il ne savait pas de quelle couleur étaient les excréments de cervidés.

Julie passa sous le ruban jaune délimitant la zone à examiner. Elle progressait à petits pas tout en prenant des photographies des lieux. Elle s’attarda à un endroit où elle déposa un petit triangle numéroté pour identifier un artéfact. Quand elle s’approcha du guêpier, elle attira l’attention d’une dizaine d’ouvrières qui se posèrent sur son costume étanche. Elles semblaient chercher une ouverture. Steve le remarqua et lui cria :

— Fais attention ! Elles se promènent sur ta combinaison. On dirait que quelque chose les attire.

— Ce doit être mon parfum, répondit-elle. Elles se demandent quelle sorte de fleur sent si bon. Ne crains rien, cette combinaison est vraiment étanche.

Elle termina son examen du périmètre et revint vers son confrère.

— Donne-moi un sac de plastique, j’ai trouvé quelque chose.

Steve s’exécuta tout en se méfiant des insectes jaune et noir voletant autour d’elle. Julie retourna près du nid, à l’endroit qu’elle avait marqué, et y ramassa un objet brillant qu’elle glissa dans le sac.

— C’est un canif, un modèle à cran d’arrêt. On peut voir un peu de sang sur la lame et je parierais que les empreintes digitales de l’agresseur seront décelables sur le manche. Il se trouvait tout près de l’endroit où des fougères écrasées indiquent que le sol a été foulé.

— Excellent ! approuva Steve. As-tu terminé ?

— Pas encore, je veux jeter un coup d’œil en périphérie.

Un peu plus profondément dans le sous-bois, elle trouva autre chose. Elle prit quelques photos et revint en tenant une pièce de tricot du bout des doigts.

— C’est un passe-montagne, une cagoule de ski, si tu préfères. Elle était accrochée aux branches d’un buisson. C’est assez particulier de trouver ça ici, au mois d’aout. Le laboratoire d’expertise judiciaire pourra sans doute y découvrir des cheveux de son propriétaire.

De retour au quartier général, ils montrèrent à Boileau ce qu’ils avaient trouvé.

— Intéressant ! approuva l’inspecteur. Les traces dans les fougères sont compatibles avec la version de la victime. La cagoule correspond aussi à la description qu’elle en a faite. Quant au canif, l’agresseur l’aura laissé tombé dans son combat contre les guêpes. La trace de sang provient possiblement de la victime, car on m’a signalé une coupure peu profonde sur sa cuisse.

— Supposez-vous qu’il l’a blessée pour vaincre sa résistance ? demanda Julie.

— Peut-être pas intentionnellement. S’il avait le canif en main quand il a tenté de lui retirer son pantalon, la lame a pu maladroitement entailler la chair. Enfin, nous verrons. Mademoiselle Fontaine, veuillez envoyer ces pièces à conviction au laboratoire, avec un niveau de priorité A. Cet agresseur est toujours en liberté et peut récidiver rapidement.

— Il devra attendre quelques jours, objecta Steve avec un sourire en coin. Ses piqures, surtout celles à ses parties intimes, vont calmer sa libido pour un certain temps.

— Je suis d’accord avec vous, approuva Boileau. Par contre, nous ne savons pas dans combien de jours il sera de nouveau « opérationnel » ! Surtout s’il ne se fait pas traiter.

— Que voulez-vous dire ?

— J’y ai repensé cette nuit, si j’étais lui, je ne me présenterais pas à une clinique ou un hôpital. Il doit bien se douter que la police a diffusé son signalement. Non, je rentrerais gentiment chez moi et je soignerais mon mal avec de la glace ou une crème quelconque.

— Devrions-nous aviser les pharmacies ? proposa Steve. Il cherchera probablement à acheter une pommade appropriée.

— On peut toujours tenter le coup, on ne sait jamais. Il ne se présentera pas en personne, son visage tuméfié le trahirait à coup sûr, mais il peut demander à son épouse où à un voisin. Il peut aussi faire livrer chez lui.

— Je m’occupe de contacter toutes les pharmacies de la région, ajouta Steve.

— De la région, répéta Boileau, l’air pensif. Nous tenons pour acquis qu’il demeure près d’ici, mais ce n’est peut-être pas le cas… Cette hypothèse agrandit considérablement notre champ de recherche.

Il se leva et consulta le plan de la ville déployée sur le mur tout en réfléchissant.

Ce n’est peut-être pas si compliqué, se dit-il en se grattant le menton.

— Voici comment nous allons procéder : Mademoiselle Fontaine, assurez-vous de faire passer le mot à tous les patrouilleurs des régions qui nous entourent. Qu’ils sachent que nous sommes intéressés par tout incident impliquant des guêpes ou autres insectes piquants.

Julie acquiesça d’un signe de tête et quitta la pièce.

— Quant à toi, Steve, tu vas former des équipes qui frapperont à toutes les portes du quartier résidentiel longeant le sentier. Notre suspect y habite peut-être ou encore, quelqu’un aura remarqué quelque chose d’inhabituel hier soir.

Il venait tout juste de terminer sa phrase que son appareil téléphonique sonna. Il fit signe à Steve qu’il pouvait disposer et prit la communication. Le Procureur de la Couronne voulait lui parler.

— Boileau, dit-il simplement, je vous écoute.

— Vous êtes sans doute au courant de l’attentat commis hier soir au resto-bar « Le Papillon ». Dans la bousculade, une dame a été blessée gravement. Ce délit devient donc un « crime contre la personne ». Votre section est maintenant responsable de l’enquête.

L’inspecteur Boileau n’osa pas protester qu’il avait déjà les bras chargés et qu’il manquait d’effectifs. Il répondit simplement :

— Je m’en occupe personnellement, Monsieur le Procureur.

 

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