4- Héroïsme

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La Guêpe (Roman policier)

1- Violence conjugale

2- Le silence de Félix

3-  Détails incriminants

4- Héroïsme

 

Boileau entra en trombe dans la salle d’urgence de l’hôpital Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Steve venait d’arriver sur les lieux.

— J’ai demandé au Central de joindre tous les hôpitaux et les cliniques de la région, dit aussitôt Steve, et de les informer que nous recherchons un homme de race blanche souffrant de multiples piqures de guêpes. Ils nous ont prévenus dès que les ambulanciers les ont contactés.

— Excellente initiative, approuva Boileau. Où est-il maintenant ?

— Le médecin est actuellement à son chevet, il doit venir nous rencontrer dès qu’il aura une minute.

Boileau jeta un regard circulaire sur l’aire d’attente qui était bondée de patients. Du coin de l’œil, il remarqua l’arrivée d’une autre ambulance. Les infirmiers retirèrent avec précaution une civière sur laquelle gisait une dame au visage ensanglanté.

Quelques secondes plus tard, on vit une femme en blouse blanche s’approcher, examiner ses blessures et donner des instructions à ses assistants avant de retourner vers la salle de traitements. Boileau s’avança et lui fit signe.

— Je n’ai pas beaucoup de temps à vous consacrer, dit-elle rapidement. Comme vous pouvez le constater, nous avons les bras pleins.

— Je vous poserai deux questions seulement, répondit Boileau sur le même ton rapide. Vous soignez un patient qui a subi plusieurs piqures d’insectes, n’est-ce pas ?

— Plus de soixante, probablement des guêpes.

— En a-t-il sous ses vêtements, particulièrement sur les organes génitaux ?

La femme médecin fut surprise de la question et ouvrit grand ses yeux, elle précisa néanmoins :

— La tête, le visage, le cou et les mains ont été touchés, mais aucune piqure sur le bas du corps.

— Très bien, merci Madame, répondit Boileau, ce n’est pas notre suspect.

La femme esquissa un sourire et retourna d’un pas rapide vers les cubicules où l’attendaient ses patients. À ce moment, un individu d’un certain âge se leva et vint vers Boileau et Steve.

— J’ai compris que vous discutiez de l’homme qui a été attaqué par des guêpes. Comment va-t-il ?

— Nous n’avons pas de précisions sur son état. Êtes-vous un parent ?

— Non, mais je le connais bien. Il travaille comme serveur au resto-bar « Le Papillon », que je fréquente régulièrement. Cet homme est un héros, le saviez-vous ?

Les deux policiers furent intrigués par cette affirmation. Ils lui firent signe de les suivre à l’écart.

— Tout d’abord, quel est votre nom ? demanda Boileau en sortant son carnet et son stylo.

— Je me nomme Victor Beauregard, je suis retraité.

Il donna ensuite son adresse et son numéro de cellulaire.

— Et pourquoi affirmez-vous que cet homme est un héros ?

— Daniel, c’est son nom, a fait face à la menace au lieu de se sauver. Il a ainsi épargné bien des piqures aux clients attablés dans le restaurant.

— Pouvez-vous être plus explicite ?

L’homme d’âge mûr commença posément son récit :

« Ma conjointe et moi terminions notre repas lorsque nous vîmes un sac de plastique blanc rouler dans l’allée entre les tables. Le sac s’est ouvert et un bourdonnement se fit entendre tandis que des centaines de vespulas-germanica en sortaient et virevoltaient partout dans la salle. Il s’en suivit un mouvement de panique et les clients se ruaient vers la sortie.

Heureusement, les grandes portes vitrées donnant sur la terrasse étaient demeurées ouvertes pour profiter de la douceur de la nuit. Des chaises se renversèrent et quelques personnes s’y butèrent. J’ai dit à ma conjointe de se coucher par terre près du mur et j’ai fait de même, la protégeant de mon corps.

Les guêpes de cette variété deviennent très agressives quand il s’agit de défendre leur nid, ils ont tendance à s’attaquer à tout ce qui bouge. Dans certaines situations, le meilleur choix consiste à rester immobile.

Daniel, le serveur, sortait de la cuisine. Il comprit immédiatement que le sac contenait un guêpier et que plusieurs centaines d’insectes belliqueux allaient encore en sortir. Il attrapa le sac, le referma et courut vers la cuisine, entrainant dans son sillage plusieurs des guêpes qui étaient déjà en action.

La porte arrière de la cuisine devait être ouverte, car je pouvais entendre ses hurlements depuis la salle à manger. Je suis allé voir. J’ai compris qu’il avait jeté le sac dans le conteneur à déchets, mais les guerrières entendaient lui faire payer cet outrage.

Le pauvre garçon se roulait par terre en essayant en vain d’éloigner ses tortionnaires. Je me demandais comment je pourrais l’aider sans devenir une cible à mon tour. C’est alors que j’ai vu l’extincteur accroché au mur. Je l’ai utilisé. Le jet était assez puissant pour repousser les insectes, et la mousse qu’il générait engluait celles que je parvenais à atteindre.

Aidé du cuisinier, je l’ai trainé à l’intérieur et je l’ai copieusement arrosé d’eau afin de laver la mousse chimique qui le recouvrait. Pendant ce temps, le cuisinier appelait une ambulance et les policiers. »

— Votre intervention rapide lui a peut-être sauvé la vie, nota Boileau. On peut aussi qualifier ce geste d’héroïque. Félicitations.

— Je n’ai fait que mon devoir, répondit le retraité en rougissant. Par contre, je n’ai pas aperçu l’auteur de cette attaque moyenâgeuse. Les clients attablés sur la terrasse, près de la rue, ont peut-être vu quelque chose.

— C’est probable, confirma Boileau. Ils seront interrogés.

— Si je puis être d’une quelconque utilité, n’hésitez pas à me contacter.

À ce moment, la femme médecin revenait dans la salle d’attente et semblait chercher quelqu’un du regard. Les trois hommes s’approchèrent.

— Êtes-vous de la famille ?

— Non, répondit Victor Beauregard. Je sais qu’il est originaire de la Côte-Nord et qu’il n’a pas de parenté dans les environs. Cependant, je le connais bien et j’aimerais que vous m’informiez sur sa santé.

— Si cela s’avérait urgent, les policiers de mon escouade seront certainement en mesure de retracer ses parents pour les mettre au courant de la situation.

La praticienne hésita un instant.

— Il va s’en tirer avec plusieurs tumescences, mais il ne semble pas développer de choc anaphylactique. Nous lui avons administré un analgésique pour diminuer la douleur. Si tout se passe bien, il pourra quitter l’hôpital demain matin.

Puis, s’adressant à Boileau.

— Par contre, la dame qui a été bousculée lors du mouvement de panique présente une légère commotion cérébrale. J’imagine que cela fera partie de l’enquête…

— Assurément, répondit le policier.

En sortant de l’établissement, Boileau prit Steve à part :

— Je ne sais pas si nous serons chargés du dossier. S’agit-il d’un « crime contre la personne » ou un simple « méfait public » ? Je vérifierai demain matin auprès du procureur.

Boileau, pensif, marchait vers sa voiture lorsqu’il aperçut Victor Beauregard qui faisait de même. Il le héla.

— Vous semblez en connaitre un bout sur les guêpes, d’où vous vient cette science ?

— Je suis entomologiste de carrière. J’ai enseigné plusieurs années à l’université et participé à plusieurs recherches. Bien que je sois maintenant retraité, la passion des « bibittes » ne m’a pas quitté.

— Vous êtes donc un « bibittologue ».

L’entomologiste se mit à rire.

— C’est comme ça que mes étudiants m’appelaient ! Ce fut de belles années… Si vous avez des questions à ce sujet, n’hésitez pas à me contacter.

Boileau se dit :

Il est fort possible que j’aie besoin de cet homme.

 

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