3- Détails incriminants

La Guêpe (roman policier)

1- La violence conjugale

2- Le silence de Félix

3- Détails incriminants

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— Comment va-t-elle ? demanda Boileau au médecin de l’urgence.

— Plutôt bien pour une victime d’agression. Elle ne présente que des éraflures sur le dos et les fesses et une coupure peu profonde sur la cuisse gauche. Nous avons aussi constaté quatre piqures d’insectes sur son ventre, probablement de guêpe.

— Y a-t-il des indices pouvant nous renseigner sur l’agresseur ?

— Nous avons utilisé la trousse médicolégale, avec la permission de la victime, mais nous n’avons pas trouvé de sperme ou d’autre liquide biologique pouvant provenir de l’agresseur. Cependant, une analyse plus poussée des prélèvements devra confirmer nos premières observations.

— Est-ce que je peux lui parler ?

— Nous lui avons administré un léger calmant, car elle était très agitée à son arrivée. Un choc post-traumatique demeure possible. Pour l’instant, nous la gardons en observation et si tout continue d’aller bien, vous pourrez la voir dans une trentaine de minutes.

— A-t-elle mentionné quelque chose qui pourrait servir à l’enquête ?

— Elle était secouée d’un rire nerveux à chaque fois qu’elle répétait : « Les guêpes ! » C’est tout ce qu’elle a dit de compréhensible.

Boileau remercia le médecin et lui demanda la permission d’attendre dans le poste de garde. Derrière une paroi vitrée, il pouvait voir la patiente qui semblait sommeiller, branchée à un moniteur de signes vitaux.

Il profita de ce délai pour appeler son collègue Steve.

— Je viens d’arriver sur les lieux de l’agression. Les patrouilleurs ont effectivement délimité un périmètre de sécurité selon les indications de la victime. Elle les a informés qu’un nid de guêpes très agressives était dans la zone, ils ont dû être très prudents, ajouta le policier-enquêteur avec un sourire dans la voix.

— Elle a parlé de guêpes en arrivant à l’hôpital. Elle voulait possiblement nous prévenir du danger, proposa Boileau. Êtes-vous en mesure de faire les premières constatations ?

— Le soleil se couche rapidement et le boisé est déjà très sombre. J’hésite à pénétrer sur les lieux, de peur de détruire des éléments de preuve.

— Ou de vous faire attaquer par les guêpes ? ajouta Boileau pour le taquiner.

— Je ne suis pas friand de ces petites bêtes, mais je ne panique pas à la vue d’un de ces insectes belliqueux. De toute façon, avec la nuit qui vient, elles vont rentrer au nid et resteront tranquilles si l’on ne les dérange pas.

— C’est ce qu’on dit… Est-ce que la surveillance du site est organisée ?

— Le Q.G. a confirmé que des patrouilleurs se relaieront toute la nuit, si l’agresseur revient sur les lieux, il se fera intercepter.

— Excellent, approuva Boileau. Pour ma part, je n’ai pas encore rencontré la victime, je vous tiendrai au courant.

Juste avant de couper la communication il demanda :

— Qu’en est-il de votre autre dossier, celui du forcené barricadé chez lui ?

— J’ai bien peur qu’il ne soit mort.

— Fusillade ou suicide ?

— Ni l’un ni l’autre. Il aurait succombé à un choc anaphylactique, à la suite d’une piqure d’insecte. C’est du moins ce que les ambulanciers ont prétendu. Ils ont tout tenté pour le ramener à la vie, mais sans succès.

— Le médecin légiste pourra nous préciser la cause du décès. Je m’informerai demain.

Les policiers ont déployé l’escouade tactique pour assiéger la maison d’un homme qui se mourait d’une réaction allergique, se dit Boileau. Les médias vont certainement trouver matière à nous ridiculiser.

Une infirmière lui fit signe qu’il pouvait interroger la patiente.

— Bonjour Madame Tousignant. Je me nomme Louis Boileau, je suis responsable de l’enquête concernant l’agression dont vous avez été victime.

Juliette Tousignant lui sourit, ce qui illumina son visage. Boileau constata qu’elle était mince, sans être maigre et que c’était une jolie femme. Même en jaquette, couchée dans un lit d’hôpital, elle ne faisait pas son âge (38 ans selon les informations fournies par les patrouilleurs). L’inspecteur sortit son carnet et commença l’interrogatoire.

— Est-ce que vous allez souvent vous balader seule dans ce sentier ?

— C’est plutôt rare, répondit-elle posément. Habituellement, je m’entraine à la course après le travail, avec des amis, sur la Promenade du Lac des Nations. Ce soir, j’ai terminé trop tard pour prendre le départ avec le groupe. Comme il faisait beau, j’ai plutôt choisi de marcher dans ce sentier après le souper. Je ne demeure pas très loin du parc où il débute.

— Connaissiez-vous l’homme qui vous a attaqué ?

— Je ne me souviens pas l’avoir rencontré.

— Avez-vous vu son visage ? Pourriez-vous le reconnaitre ?

— J’ai très bien vu son visage, mais je ne suis pas certaine que je pourrais l’identifier formellement, répondit-elle avec un large sourire. Du moins pas avant quelques jours !

Boileau la regarda simplement avec un point d’interrogation dans son expression, l’encourageant à préciser sa pensée. La femme ne disait rien, mais on pouvait constater qu’elle réprimait une envie de rire. Boileau utilisa une autre technique.

— Racontez-moi ce qui s’est passé, d’une façon chronologique.

Juliette Tousignant inspira profondément et ferma les yeux un instant pour se concentrer. Elle commença son récit :

« Je marchais d’un bon pas. Je ne l’ai pas entendu venir derrière moi. Il a mis sa main gauche sur ma bouche et me montra un couteau dans sa main droite en me murmurant de ne pas crier sinon…

Il m’a entrainé dans le sous-bois et m’a projeté par terre dans les broussailles. J’ai pu voir qu’il portait une cagoule du genre passe-montagne qui ne laissait voir que ses yeux et sa bouche. Il releva mon chandail par-dessus ma tête et mon soutien-gorge à la hauteur de mon cou. Je me débattais, mais j’avais peur du couteau.

Pendant qu’il pétrissait mes seins, j’ai réussi à rabaisser un peu mon chandail et à dégager ma tête. C’est alors que j’ai vu le nid de guêpes à environ un mètre au-dessus de moi. Des bestioles bourdonnaient autour de l’entrée du nid. J’ai réalisé que je pouvais faire bouger un arbuste de façon à frapper sur le nid, ce que j’ai fait. Ne voulant pas être l’objet de leur colère, j’ai cessé de me débattre.

Il a dû prendre ça pour une capitulation, ce qui l’encouragea à tirer sur mon pantalon. Il y avait à ce moment plusieurs guêpes sur le tricot de sa cagoule, mais il ne les sentait pas. Il se mit à genoux et baissa son pantalon d’un coup, sans dégrafer sa ceinture. C’est à ce moment que les guêpes découvrirent les ouvertures des yeux et se mirent à le piquer sauvagement sur les paupières, près du nez et sur les lèvres.

L’homme grogna de douleur et tenta de les éloigner en battant l’air de ses mains. Quelques insectes pénétrèrent sous le tricot. Il arracha prestement son passe-montagne et s’en servit pour les éloigner de son visage. J’ai eu le temps de bien le voir, car un trait de lumière solaire perçait le feuillage et l’éclairait abondamment. »

Juliette fit une pause et respira profondément pour reprendre le contrôle de ses émotions et manifestement réprimer un éclat de rire. Elle continua.

« C’est là que les évènements se corsent. Étant à genoux, les parties génitales à l’air, les guêpes découvrirent rapidement cet espace non protégé de son anatomie.

Je ne peux m’empêcher de revoir son gros pénis en érection couvert de guêpes et de me dire qu’il ne pourra pas s’en servir pour un certain temps ! Il se leva et tenta de s’échapper, mais son pantalon baissé lui bloqua les jambes. Il roula dans les broussailles en grognant comme un ours en colère tandis que les ouvrières irascibles déferlaient en vagues sur son postérieur.

Il finit par relever son pantalon, enfermant plusieurs insectes dans ses vêtements, et, empruntant le sentier, il s’enfuit en direction nord. Pendant ce temps, je rampais lentement vers la piste pour éviter de devenir une cible. Je me suis enfuie vers le sud et j’ai utilisé mon téléphone intelligent pour appeler du secours. »

La femme se couvrit les yeux d’une main et éclata de rire en s’excusant auprès du policier.

— Vous affirmez que vous avez bien vu son visage, continua Boileau. Pouvez-vous me le décrire ?

— Homme de race blanche aux cheveux bruns coupés en brosse, dit-elle en reprenant son souffle. Il était plus grand que moi, environ six pieds (1,80 m), il était plutôt costaud, sans être obèse. Il avait un visage carré… qui doit être bien rond actuellement, ajouta-t-elle en pouffant de rire.

Tandis qu’une infirmière venait à son chevet, Boileau téléphona à Steve et lui communiqua le signalement de l’agresseur, incluant les détails anatomiques incriminants.

 

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