21- Boileau suspect

21- Boileau suspect

21ième chapitre de La Guêpe

Chapitre précédent : Bracelet-Breloques

 

Effectivement, l’inspecteur Fillion n’était pas disponible. Très tôt le matin, il avait repris les interrogatoires des suspects, car il ne lui restait plus beaucoup de temps pour collecter des évidences et des preuves avant la parution des prisonniers devant un juge (Habeas corpus).

Boileau dut patienter plusieurs minutes, faisant les cent pas dans le corridor, avant que son confrère ne sorte pour prendre une pause. Boileau l’interpela immédiatement.

— Je veux récupérer un bijou qui m’appartient et que vous avez probablement saisi lors de la perquisition chez les Chicoine.

Fillion s’arrêta net.

— Avez-vous été cambriolé vous aussi ? demanda-t-il avec un regard interrogateur.

— Non, non, je l’avais confié à Bernard Chicoine pour restauration. N’est-il pas bijoutier ? J’ai en main toutes les preuves.

Boileau exhiba rapidement le contrat passé entre les deux parties et les photographies sur l’écran de son téléphone intelligent.

— Bon, tout me semble en règle, admit Fillion. Venez avec moi à la salle de présentations.

Cette grande pièce, située au sous-sol du QG, était utilisée à diverses fins, notamment pour tenir des conférences de presse. Pour l’instant, une table inclinée et couverte d’une nappe blanche occupait une section d’un mur. On y avait disposé les objets saisis lors de la perquisition. Quelques personnes attendaient en file près de l’accès, surveillées par deux policiers.

— Nous convoquons les gens qui, selon les registres de Bernard Chicoine, lui ont confié des bijoux pour altération. Nous pourrons ainsi mettre de côté ceux qu’il détenait légalement, expliqua Fillion. Votre nom figure sur la liste, nos services vous auraient convoqué de toute façon. Si vous voulez bien patienter quelques minutes, vous pourrez identifier votre bien.

Boileau pouvait déjà distinguer son bracelet-breloques même s’il se trouvait à quelques mètres du présentoir. Le bijou resplendissait de tous ses feux, manifestement, Bernard Chicoine avait terminé sa restauration avant son arrestation. Il esquissa un sourire de satisfaction, puis se tourna vers l’inspecteur Fillion.

— Qu’est-ce qui vous a amené à perquisitionner chez monsieur Chicoine ?

— Nous avons suivi la piste de William Bouchard. Nous avions deviné depuis longtemps qu’il était impliqué dans les cambriolages, mais il nous fallait des preuves. Dimanche matin, un couple rentrant de voyage a signalé un vol de bijoux. Heureusement, ils avaient conservé des photographies de leurs objets précieux, comme le leur avait recommandé leur assureur.

Nous avons rapidement posté un agent devant la maison de monsieur Chicoine et avons attendu que William s’y pointe. Nous avons surpris les deux larrons en pleine discussion d’affaires, autour des bijoux dérobés au cours de la nuit.

— Donc, William essayait de vendre les fruits de sa rapine au bijoutier ?

— C’est ce que Bernard Chicoine prétend. Il achète régulièrement de vieux bijoux à des particuliers. Il fait même paraitre une annonce dans les journaux locaux.

Il admet qu’il n’a pas toujours déclaré ces achats et ces reventes, mais affirme qu’il ignorait leur provenance. Par contre, nous savons que son rôle consistait à dessertir les pierres et à fondre les métaux précieux en de petits lingots, revendables sur le marché noir. Il y en a quelques-uns à la droite du présentoir.

— Et qu’en dit William ?

— Il prétend s’être rendu chez Bernard Chicoine pour lui vendre des guêpes qu’il venait de capturer. Nous avons également saisi des sachets hermétiques contenant divers insectes. Il semble que Bernard Chicoine collectionne ces petites bêtes. Nous en avons trouvé quelques-unes dans son atelier.

C’était maintenant au tour de Boileau de s’approcher de la table pour identifier formellement son bracelet, ce qui fut accompli rapidement grâce aux évidences qu’il détenait. On lui confirma qu’il pourrait récupérer l’objet dans quelques jours.

— Ainsi vous connaissez Bernard Chicoine, reprit l’inspecteur Fillion sur le ton de la conversation et vous avez fait appel à ses services pour restaurer un bijou de famille. C’est bien ça ?

Boileau sentit que son confrère de l’escouade des crimes économiques devenait suspicieux. Et qu’il devait expliquer la nature de ses relations avec le bijoutier-recéleur. Ce ne serait pas une première qu’un policier de haut rang soit impliqué dans des activités illicites.

— Je l’ai vu pour la première fois aux obsèques de son beau-frère, il y a un peu plus d’une semaine.

— Celui qui est décédé d’un choc anaphylactique ?

— Oui, confirma Boileau. Quelques jours après, je l’ai interrogé sur les circonstances de la blessure de sa sœur et du décès de son beau-frère. C’est à ce moment que j’ai appris qu’il réparait et restaurait des bijoux. Je lui ai alors proposé d’exercer son art sur le bracelet de ma défunte épouse.

C’était un prétexte pour le rencontrer à nouveau et mieux le connaitre, je sentais qu’il cachait quelque chose. Ce que je vois aujourd’hui me confirme mon intuition.

— Saviez-vous que notre escouade le surveillait étroitement ?

— Pas du tout ! Pourtant j’aurais dû deviner, car j’ai constaté la présence de William Bouchard aux obsèques et plus tard chez lui. Comme vous m’aviez informé que Will était surveillé, le lien était facile à faire. Je suis désolé, j’étais préoccupé par un autre dossier. Je ne voulais pas interférer dans vos investigations.

Fillion, en fin limier, ne lâchait pas la piste et cherchait à en savoir davantage.

— Qu’est-ce qui vous a dirigé vers Bernard Chicoine ?

— Si je vous le dis, vous allez vous moquer de moi, répondit Boileau avec un sourire en coin.

— Je n’oserais jamais ! affirma Fillion. Mais dites toujours et nous verrons.

— C’est un cauchemar, avoua Boileau. J’ai voulu vérifier quelques éléments d’un rêve très désagréable. Disons que c’est une intuition.

Fillion ne se moquait pas. Il s’était souvent fié lui-même à des pressentiments, avec quelques succès, mais il n’avait jamais été inspiré par un cauchemar. Il ne disait rien et laissait à son confrère la tâche de dissiper le malaise que son aveu avait installé. Boileau regardait distraitement les objets encore présents sur le présentoir lorsqu’il remarqua la bague de Bernard.

— Tenez ce bijou par exemple, dit-il en le pointant, il appartient à Bernard Chicoine et il est orné d’un motif en spirale. De plus, une affiche sur le mur de son atelier illustre un mégalithe gravé de ce symbole. Il y avait des spirales dans mon rêve, du moins je le crois, alors c’était pour moi comme des indices, des signes de piste me menant vers une réponse, une explication. Vous comprenez ?

Fillion prit la bague sur le présentoir.

— Vous affirmez que ce bijou appartient à monsieur Chicoine ?

— Du moins, il le portait à son doigt lorsque je l’ai interrogé.

Fillion faisait miroiter le motif sous l’éclairage cru des néons.

— Bizarre, commenta-t-il.

Soudain, les yeux de Boileau s’écarquillèrent. Une image claire venait de s’imposer à son esprit.

— Puis-je vous emprunter cette bague ? J’aimerais la faire examiner par notre technicienne.

— Que cherchez-vous ?

— Je veux simplement vérifier une hypothèse, une autre intuition, si vous préférez.

— Je peux arranger ça, si vous m’assurez que l’objet ne quittera pas le QG.

— Évidemment, promit Boileau.

De retour à son bureau, il fouilla dans le dossier Gendron et y retrouva la photographie illustrant les marques spiralées observées autour de la piqure subie par la victime. Il demanda aussitôt à Julie Fontaine de venir le rejoindre.

 

Ne manquez pas la suite qui est ici : 22- Va-t-il avouer ?

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