DRAME À L’INTERNE

Drame à l’Interne est le dixième roman policier écrit par Louise Alarie dans la Série Enquête.

Les deux enquêteurs en ont plein les bras avec des gens qui ne cessent de disparaître ou même de se faire tuer.
Deux policiers du Centre opérationnel semblent impliqués dans une affaire louche.
De quoi s’agit-il ? Cela a-t-il un rapport avec les meurtres ?
Et surtout, quelle est la cause de tout cela et comment le prouver ?
N’arrivant pas à mettre le doigt dessus, ils déploient leurs hommes dans le but de mettre la main sur le chef des criminels.
Y arriveront-ils ou seront-ils obligés de faire appel à des forces policières supérieures ?

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En voici un extrait :

LA MAUVAISE NOUVELLE

Pendant ce temps à la maison, Kean reçut un appel. Croyant que c’était sa femme, il répondit. Il eut la surprise d’entendre la voix de Cynthia.

— Kean, c’est moi, Cynthia. Écoute, il n’y a rien qui presse mais j’aimerais te parler de quelque chose qui m’intrigue depuis un certain temps.

— Cynthia, je suis sur mon patio en train d’écouter chanter les petits oiseaux, ça te dirait de passer me voir ?

— Avec plaisir, un peu de soleil ne me fera que du bien. Ma mère est sortie et je suis libre comme l’air. J’arrive !

Cynthia, sergent-détective dans le même Centre opérationnel que Kean et Max, est une jeune femme de trente-deux ans qui possède un diplôme en sociologie. Elle a choisi d’aller vivre avec sa mère après que cette dernière eut une attaque. Elle vit maintenant dans une jolie propriété sur Pie IX, qui appartient à sa mère médecin.

Vingt minutes plus tard, elle se gara devant la résidence de Kean en prenant soin de se placer derrière sa Lexus afin de laisser la place libre pour la voiture d’Elwin.

Elle fit le tour de la maison sachant que Kean se trouvait sur le patio. En l’entendant arriver, il se leva, défroissa son short, posa sa pipe et Cuicui sur la table. L’oiseau rouspéta et s’enfuit se coller au cou de Youston, le Golden des Butler.

En entendant venir une étrangère, ce dernier se tint debout complètement éveillé se préparant à aboyer. Kean lui fit un signe de paix que le chien comprit.

Cynthia apparut dans le soleil avec ses multiples frisettes et secoua la tête pour les dégager de son front.

— Viens, jolie Cynthia, lui dit Kean en souriant.

Elle s’avança tout en jetant un regard d’envie sur ce si bel homme. Un léger trouble se logea dans son ventre.

— Viens t’asseoir, prendrais-tu un jus ou un thé glacé ? Du thé, j’en ai de prêt.

— Un thé glacé ferait bien mon affaire. Il fait si bon aujourd’hui. Quel temps superbe !

— Je reviens tout de suite.

Pendant ce temps, elle se pencha vers Youston afin de le gratter entre les oreilles. Et quelle ne fut pas sa surprise de sentir un petit oiseau jaune gigoter sous ses doigts.

— Seigneur ! Il y a un oiseau dans ton pelage !

Youston fit un drôle de mouvement avec ses sourcils comme pour lui accuser réception. L’oiseau se déplaça à peine en lui lançant une série de trilles. Au même moment Kean revint avec les breuvages.

« Dieu qu’il a de belles jambes, cet homme ! » se dit-elle en acceptant le verre.

— Alors, Cyn, qu’est-ce qui t’amène ? lui demanda Kean complètement inconscient de l’attrait qu’il lui inspirait.

Elle se concentra et se rembrunit avant de répondre.

— Il y a quelque chose de pas net au poste.

Kean fronça les sourcils, cessa de boire avant de demander :

— Qu’est-ce qui n’est pas net ?

— Peut-être que je me trompe mais j’ai entendu une conversation entre deux policiers qui m’a mis la puce à l’oreille.

— De quoi s’agissait-il ? s’informa Kean calmement.

— D’un chargement. Les deux hommes parlaient d’un paiement important qui leur reviendrait. Je n’en sais pas plus. Je me suis retrouvée un instant dans leur vestiaire, je cherchais Claude, j’ai ouvert la porte et avant d’appeler, j’ai entendu un peu de leur conversation. Ils ne m’ont pas vue, j’en suis sûre.

— Qui étaient ces hommes ?

— L’agent Sergio Carpini et l’inspecteur Garry Cournoyer.

— Gary Cournoyer ? Tu en es sûre ?

— Oui, c’était bien lui. Je l’ai vu de dos mais je connais bien sa voix et sa stature.

— Dieu du ciel ! J’espère que tu as mal entendu.

— Je… je ne crois pas, Kean, répondit la jolie petite policière. J’ai parfaitement compris qu’il s’agissait de recevoir de l’argent d’un chargement. Un chargement de quoi ? Cela, je l’ignore.

— Je connais Carpini qui ne m’inspire guère confiance. Il cherche toujours à m’éviter en tant qu’agent. Il a reçu plus d’une plainte de la part du public. Mais l’inspecteur Cournoyer a toute ma confiance, du moins, il l’avait.

Pendant un moment, Kean ne dit plus rien. Il se représentait simplement l’homme en qui il croyait.

— C’est pareil pour moi. J’ai eu à travailler avec Carpini et son attitude est vulgaire et indécente. Il se fait une spécialité de blesser les gens, de ne pas les écouter lorsqu’ils racontent et de les regarder avec dédain. Surtout les immigrés, il les bafoue copieusement et les traitent de bougnouls devant eux.

J’ignore pourquoi on ne se débarrasse pas de cet individu.

— À cause de son père qui est représentant à la ville. Malgré les nombreuses plaintes, les semonces et les punitions, nous n’arrivons à rien avec cette tête brûlée.

— Son père n’est qu’un conseiller municipal, il n’est tout de même pas le maire ! S’il est embringué dans une sale affaire, nous devrons agir cette fois sans s’occuper du père.

— Tout ce que je peux te dire c’est que nous le surveillerons jusqu’à ce que nous ayons des preuves contre lui ou contre l’inspecteur. Un simple petit bout de conversation ne nous mènera pas loin.

— Non, je le conçois très bien. Je tenais tout de même à te le dire.

Après le départ de Cynthia, Kean se mit à réfléchir :

« Je ne serais pas vraiment surpris que Sergio Carpini soit un policier ripou. Je l’ai si souvent vu mal se comporter. Mais l’inspecteur Cournoyer, j’ai du mal à croire qu’il se soit lié à lui. Je vais demander à Claude de faire quelques vérifications bancaires. Oui, c’est la meilleure façon de procéder avant d’alerter mon chef. God ! comme si nous avions besoin de ça ! »

Désormais, le patio, le soleil, la pipe ne l’intéressait plus. Il se sentait incapable de penser à autre chose. Sergio Carpini, un flic ripou dans nos rangs.

Il décida de faire un saut au Centre opérationnel et de parler de vive voix à Claude Surrey. Il fit entrer le chien et l’oiseau dans la maison et partit malgré les vives objections de Youston.

Une fois au Centre, il se dirigea vers le bureau de Claude.

— Salut, vieille branche !

— Ma biche, que fais-tu ici en cette magnifique journée de congé ?

Il raconta à Claude ce que Cynthia lui avait appris.

— Oh, que c’est une très mauvaise nouvelle, ça ! s’ébaudit Claude les yeux écarquillés.

— Si tu vérifiais ses finances, nous aurions peut-être un début de quelque chose.

— Oui, je peux le faire mais ce n’est pas très orthodoxe. Tu crois que l’inspecteur Cournoyer pourrait être de mèche avec Carpini ?

— Je n’en sais rien, Claude. Je ne fais que répéter ce que Cynthia est venue me dire. Mais j’ai confiance dans le flair de cette femme.

— Bon, d’accord, je vais faire une petite recherche. Si tu passais devant la maison de Carpini, question de voir comment il vit.

— Ce n’est pas une mauvaise idée, s’il vit au-dessus de ses moyens, cela pourrait être un début de preuve. À ce que je sache, ce type n’est pas né avec une cuiller en argent dans la bouche…

— Non, ma biche, ce n’est pas comme toi !

Kean se contenta de sourire, chercha l’adresse du policier et la trouva.

Il se dirigea vers la propriété de Sergio. En passant devant chez lui, il eut la surprise de découvrir une superbe maison de deux étages tout en pierre véritable. Un aménagement floral digne d’un jardinier chevronné sur un immense terrain de pelouse si verte qu’on la croirait artificielle. Une piscine creusée et un jacuzzi, le tout d’une valeur inestimable à cause de ce quartier très cher dans Ville Saint-Laurent.

Garé devant chez lui, il téléphona à Claude afin de lui décrire l’endroit.

— Cherche s’il a reçu un héritage ou si sa femme vient d’une famille riche. Oh, en parlant de sa femme, elle vient de sortir de sa maison.

— Décris-la moi, veux-tu ?

— C’est une très belle blonde, mince, pas très grande, joliment vêtue, longues jambes, environ vingt-cinq ans. Maquillage vulgaire, elle fait un peu poupée. Un homme l’attend de l’autre côté de la rue. Elle monte dans sa voiture et… Oh, my God ! Ils s’embrassent à pleine bouche et je te jure qu’il ne s’agit pas de Sergio.

L’homme a une superbe voiture sport. Une Lamborghini de l’année. Le peu que je puisse voir, il semble très jeune.

— À tout hasard, prends le numéro de sa plaque.

— C’est déjà fait, t’inquiète.

— Es-tu sûr que ce soit sa femme ? Sergio est tout de même âgé d’une cinquantaine d’années.

— Non. Je vais sonner afin de m’en assurer.

Il le fit mais personne ne vint ouvrir.

— Peut-être que madame a des exigences que notre pauvre Sergio ne peut y faire face.

— Bon, je repars. Cherche bien et tiens-moi au courant. Je retourne à la maison consoler mon Youston.

Claude partit d’un grand éclat de rire.

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La Saga Julius Caesar renaît

À la découverte de cette entrevue de 1h37 réalisée par l’auteure Clara Franceschetti, pour la sortie de son livre imprimé Sévilia ou Les Mémoires de Jules César, je n’ai pu résisté à vous présenter ce magnifique livre : La Saga Julius Caesar.

Cliquez ici pour entendre l’entrevue.

 

Suivez la vie complète de Jules César, racontée à la première personne. Ses amours, sa vie publique, ses batailles, etc. C’est comme si vous y étiez !

Ce livre (Servilia ou Les mémoires de Jules César) et son auteure ont gagné le Prix International Jean Monnet en 1999. C’est une oeuvre magistrale et vous l’apprécierez assurément !

Vous retrouverez aussi Clara Franceschetti Cancline sur www.livresenligne.ca

La Saga Julius Caesar

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En voici un extrait :

Mes douze ans

Le problème de ma carrière se posa très tôt et bien entendu, personne ne pensa à me consulter.

Après quelques années d’éclipsé, l’oncle Marius était revenu à Rome avec fracas et s’était mis tout de suite à quereller son ex-questeur, Lucius Cornelius Sylla.

Du fait de la personnalité de ces deux hommes, leur dispute, qui à l’origine n’était qu’une banale question d’intérêt, prit bientôt l’allure d’un conflit civil. La vie à Rome en devint précaire et compliquée, car personne ne savait plus qui tenait pour l’un et qui pour l’autre.

La famille et la parenté se maintenaient péniblement en équilibre grâce à un jeu hasardeux de contrepoids, faisant valoir tantôt les liens des Auréliens avec les amis de Sylla, tantôt ceux des Juliens avec Caius Marius.

Le sang coula avec tant d’abondance et si peu de discrimination, qu’il finit par souiller les toges et les sandales de mes augustes parents. Un oncle fut assassiné.

Mon père se faisait de plus en plus maussade, ses tempes se dégarnissaient. Sans doute, les émotions de ces années-là le vieillirent-elles précocement et contribuèrent-elles à hâter sa mort.

Ma mère, au contraire, semblait dévorée par un feu interne. Elle était devenue plus maigre, mais les éclairs de ses yeux montraient bien qu’elle tenait la situation en mains.

Dans de telles circonstances, il parut opportun de me mettre à l’abri en me tournant vers une carrière apolitique, mais d’un certain prestige. Je me préparai à être flamine de Jupiter.

J’avais douze ans à cette époque. Les charges religieuses entraient dans les traditions de notre famille. Celle envisagée pour moi montrait que la parenté m’acceptait comme un membre digne de considération.

Pour mon père, cela signifiait que je resterais loin de l’arène politique, cause de tant de ses angoisses. Que je jouirais, sans effort, de ce respect qui, il faut l’admettre, lui avait manqué.

Pour ma mère, si pragmatique et si exempte de scrupules, c’était, en revanche, elle me le dit plus tard, le moyen de me mettre provisoirement à l’abri. Qui aurait porté la main sur un adolescent destiné au sacerdoce ?

Sans compter que ce choix soulignait notre appartenance à ce cercle restreint d’aristocrates d’où était issu Sylla lui-même, car seuls les patriciens étaient admis à devenir flamines.

Naturellement, mes opinions religieuses n’avaient aucune importance. J’étais habitué à entendre parler des charges religieuses comme d’une prérogative de notre classe, qui savait d’ailleurs dûment s’en servir !

Une telle attitude était tellement ancrée en nous, que ma mère ne trouva pas nécessaire de me prodiguer des conseils pour me persuader.

Mon éducation religieuse n’alla pas au-delà de la simple curiosité historique. Les dieux étaient des alliés utiles dans les relations quotidiennes avec les esclaves et la populace. Preuve en étaient les fréquentes références qu’on y faisait en parlant.

Jupiter lié à mon pénis ?

Personnellement, je considérais les dieux avec un certain ennui, comme des rivaux ou des trouble-fête. Jupiter, en particulier, était lié à mon pénis par un sentiment d’inimitié.

Durant la sieste de l’après-midi, à l’âge de quatre ans, j’avais trouvé une manière simple et originale de passer le temps pendant lequel j’étais éveillé, sans trop m’ennuyer.

Mais un après-midi de printemps, l’entrée brusque d’une jeune servante, au lieu de mon habituelle et plus lente nourrice, avait mis fin à mon passe-temps. Je fus accablé de remontrances, dans lesquelles revenait sans cesse le nom de Jupiter.

Mon embarras atteint son comble quand ma nourrice, attirée par cette série d’invocations, entra derrière la jeune fille et se mit en devoir d’unir ses cris aux siens. Alertée par tant de vacarme, ma mère arriva enfin, les fit taire brusquement, et les jeta dehors.

Néanmoins, depuis ce jour, je ne pus m’empêcher de considérer que Jupiter et mon pénis avaient quelque chose à voir l’un avec l’autre. Jupiter étant le père des dieux, tous les dieux devaient être d’horribles trouble-fête.

En matière de religion, mon père, comme les autres amis de son cercle, semblait enclin à prendre plus au sérieux des théories venant de l’Orient et qui étaient basées sur la réincarnation.

Quand je compris de quoi il s’agissait, l’idée me plut et je décidai qu’avant d’être un Julien, j’avais été pharaon d’Egypte. Et encore avant, un grand sage. Très satisfait de tels antécédents, je cessai, dès lors, de m’occuper des problèmes de l’esprit.

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Le métier du PORTE-CHAÎNE

Le métier du PORTE-CHAÎNE

Une saga comme vous en verrez rarement…
Développer la colonie en y découvrant les us et coutumes des habitants de cette époque.
Guerre, Indiens, Noirs, Amours, Colonisation, voilà ce qui vous attend dans cette histoire si finement racontée.
Mais qu’est-ce qu’un Porte-Chaîne ?
À vous de le découvrir !

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En voici un extrait :

Sommaire

Introduction

Guerre terminée

Est-ce arrangé ?

Séjour à Satanstoë

On discute avant le départ

Se rendre d’abord à Albany

Traverser le territoire

La première fois

Arriver au domaine

L’édification

La nièce du Porte-Chaîne

Les sortir de la misère

Conclure les bails

Des milliers de pigeons

La terre est-elle ronde ?

Un moulin sur ses terres ?

Chez l’accapareur

Accusé d’être un homme de loi

Prisonnier dans la grange

Un essai raté

Toujours prisonniers

Le jugement

Comment s’échapper…

Une violente interruption

Tentative de réconciliation

Il respire encore

Plus d’un mourant

Promesse

Hommage au Porte-Chaîne

Nous parlions de vous

Conclusion

Est-ce arrangé ?

Heureux Lilacsbush ! heureux bosquet de lilas ! jamais je n’oublierai avec quelles délices j’errais dans ses grottes et au milieu de ses collines. Combien je me réjouissais de penser que j’étais le possesseur de toutes ces scènes de ma première enfance.

Ce fut dans l’été de 1784 que j’allai me jeter dans les bras de ma mère, après une séparation de près de deux années. Catherine riait et pleurait, et me pressait dans ses bras comme elle eût fait cinq ans plus tôt, bien qu’elle fût alors une ravissante jeune fille de dix-neuf ans.

La tante Marie me donna une poignée de main, un baiser sur le front, et me sourit affectueusement, à sa manière calme et paisible. La maison était sens dessus dessous.

Car Jaap rentrait avec moi, la laine de ses cheveux blanchie, et entouré d’une foule de petits Satanstoë (car tel était son nom de famille, quoique sa femme se fit appeler miss Lilacsbush). Enfants et petits-enfants, tous l’accueillirent avec des démonstrations de joie, et pendant vingt-quatre heures ce fut un tumulte à ne pas s’entendre.

Le lendemain je fis seller mon cheval pour me rendre au village de Satanstoë, et visiter ma grand’mère, que rien n’avait pu déterminer à abandonner les soins de sa maison pour venir habiter Lilacsbush.

Le général, c’est ainsi qu’on appelait mon père, ayant rendu sa visite quelques jours plus tôt, s’abstint de m’accompagner. Mais ma soeur y consentit avec joie. Elle montait parfaitement à cheval.

Jaap, qui avait acquis le privilège de faire à peu près ce qui lui convenait, ou qui ne faisait absolument rien lorsqu’il ne nous accompagnait pas en campagne, fut dépêché une heure avant notre départ vers madame Littlepage, ou sa vieille, vieille maîtresse, comme le drôle avait coutume d’appeler ma grand’mère, pour lui faire savoir que nous nous invitions à dîner chez elle.

Dans certains pays du globe, les habitants sont dégradés à ce point que les plus proches parents n’oseraient prendre une telle liberté. La fils n’oserait prendre sur la table une assiette sans la permission de son père. Dieu soit loué ! nous n’avons pas encore, en Amérique, atteint ce degré de civilisation.

Il n’y a pas chez nous de père, de grand-père ou d’aïeul qui n’accueille autrement son descendant qu’avec un sourire de bienvenue, qu’il vienne peu, souvent ou comme il voudra.

Vers les neuf heures d’une belle matinée du mois de mai, je m’élançai, en compagnie de Catherine Littlepage, tous deux à cheval, sur la vieille route de Kingbridge (du Pont du Roi). Cette dénomination, ainsi que celles de rois, reines et duchesses, subsiste toujours, comme des jalons pour servir à l’intelligence de notre histoire.

C’est ainsi que toutes choses de ce monde sont, par leur nature même, temporaires et périssables, ce que ne devraient jamais oublier ceux qui ont plus de hasards à courir dans les révolutions du globe.

Nous nous arrêtâmes à la porte de l’auberge de Kingsbridge pour souhaiter le bonjour à l’hôtesse, madame Light, qui en était propriétaire depuis un demi-siècle, et qui avait vu grandir deux générations de notre famille. Cette loquace ménagère avait ses qualités et ses défauts, mais l’âge lui avait donné une sorte de droit à notre sollicitude, et je ne pouvais passer sa porte sans m’y arrêter, ne fût-ce qu’un instant. Elle accourut en personne sur le seuil pour nous saluer.

— Je l’avais rêvé, monsieur Mordaunt ! s’écria-t-elle dès qu’elle m’aperçut. J’ai rêvé de votre retour il n’y a pas plus d’une semaine ! Il y aurait folie à le nier… les rêves disent quelquefois vrai !

— Qu’avez-vous donc rêvé cette fois, madame Light ? lui demandai-je, sachant bien qu’il fallait laisser courir sa langue pour être plus tôt débarrassé d’elle.

— À la dernière chute des feuilles je rêvai que le général était de retour, et il revint, en effet. Pourtant, vous le savez, monsieur Mordaunt, ou major Litilepage, comme ils disent que je dois vous appeler, les on dit se réduisent souvent à néant. Pourtant j’ai rêvé la semaine dernière que vous reviendriez certainement sous huit jours, et vous voilà de retour en chair et en os.

— Pour cette fois, le rêve ne vous a pas donné le démenti, ma bonne hôtesse.

— C’est égal. Il ne m’arrive pas souvent de croire aux rêves. Mais Jaap s’est arrêté ce matin ici pour faire rafraîchir son cheval, et j’ai prévu que mon rêve allait se réaliser. Et cela, sans échanger un seul mot avec le nègre.

— Cela m’étonne, madame Light, car vous aimez assez échanger quelques paroles avec vos hôtes.

— Jamais avec les noirs, major. C’est leur donner une licence dont ils sont toujours disposés à abuser. J’abhorre l’effronterie chez un nègre, c’est pourquoi je les tiens tous à distance. Que de choses nous avons vues se passer, major, depuis votre départ pour la guerre, et combien de changements ! Notre clergé ne prie plus pour les rois ni pour les reines, pas plus que s’ils étaient tous disparus de la terre.

— C’est vrai, mais actuellement nous prions pour le congrès.

— Je souhaite que tout cela tourne à bien ! Mais je vous dirai, major, que les officiers de Sa Majesté dépensaient plus largement et payaient en monnaie de meilleur aloi que les colons. Ils ont tous passé par chez moi. J’en ai vu des régiments, et je dois leur rendre cette justice en toute conscience.

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SATANSTOË

Fenimore Cooper sur Wikipedia

Satanstoë

Le premier de la série.

Ce livre illustré vous fera connaître la vie aventureuse de l’auteur à la découverte de New-York d’abord, puis de ses nouvelles terres non défrichées.

Il connaîtra la guerre avec les Anglais puis celle contre les Indiens.

À travers cela, vous découvrirez les différentes intrigues amoureuses.

Plein d’aventures !

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Voici un extrait :

Sommaire

Introduction
Visite à l’île de Manhattan
Remplacer M. Worden
Notre première visite à New-York
À la fête des noirs
Remercié
Dîner chez la belle
L’après-théâtre
Visite au domaine
Se diriger vers Albany
Accueillis à Albany
L’amusement en ville
M. le constable à la porte
Toujours à Albany
Trajet sur la rivière par doux temps
Où sont-elles ?
Se sauver du pire
La diseuse de bonne aventure
À propos de la sorcière
Traverser les bois
Trouver cette concession
Suivre l’Indien
Joindre l’armée pour se battre
Le voyage de retour
Des Hurons rôdent
Danger !
Combattre pour arriver au fort
Le feu et l’attaque
Deux prisonniers
La perte de notre ami
Conclusion
Des livres captivants

 

Introduction

Il est facile de prévoir que l’Amérique est destinée à subir de grands et rapides changements. Ceux qui appartiennent plus particulièrement à l’histoire, l’histoire se chargera sans doute de les enregistrer, et elle apportera sans doute dans sa tâche la véracité douteuse et les préjugés qui influent trop souvent sur ses travaux.

Mais il y a peu d’espoir que l’on conserve parmi nous des documents sur la société américaine, sous ses aspects les plus usuels. Nous n’avons rien de ce qui contribue d’ordinaire à perpétuer le souvenir des moeurs.

Point de théâtre national, point de littérature légère, point de mémoires qui racontent une existence circonscrite dans ses propres limites. Comment donc transmettre à 1a prochaine génération les idées et les habitudes distinctives de la nôtre ?

À la vérité, on aura traditionnellement les principaux traits de la société coloniale. Mais si vingt années se passent comme les précédentes, à remplacer les descendants de nos pères par une race entièrement nouvelle, il est probable que les traditions elles-mêmes se perdront au milieu de la foule tumultueuse des étrangers.

En ces circonstances, j’ai donc pris la résolution de tenter un effort, trop faible peut-être, pour conserver les traces de la vie intime de New-York. Et j’ai engagé mes amis de New-Jersey et des contrées plus méridionales à m’imiter en ce qui concerne leur pays.

Je ne saurais dire s’ils accéderont à ma requête. Mais afin que le fruit de mes impressions personnelles ne soit point perdu faute de soins, j’ai, par un codicille de mon testament, enjoint solennellement à mes héritiers d’avoir à continuer mon récit, et de m’imiter, en confiant au papier le résultat de leur expérience.

Cette recommandation s’étend jusqu’à mon petit-fils, si jamais j’en ai un. Peut-être, à la fin de sa carrière, commencera-t-on à publier en Amérique des livres américains, et le produit de nos travaux, poursuivis pendant trois générations, peut ne pas être jugé indigne de voir le jour.

Peut-être trouvera-t-on ce que je vais écrire trop intime, trop exclusivement relatif à des affaires privées, pour captiver l’attention du public. Mais il faut se rappeler que les plus grands intérêts de l’espèce humaine sont la somme de ceux des personnes de modeste condition. Celui qui reproduit fidèlement une seule scène importante prise dans les événements d’une seule vie, contribue au tableau général de son époque.

Comme je l’ai déjà dit, les événements remarquables de mon temps figureront dans des oeuvres plus prétentieuses que la mienne. Ils y seront relatés avec plus ou moins d’exactitude, attribués à des motifs plus ou moins réels.

Mais les sujets plus humbles seront négligés par les écrivains qui aspirent à mettre leur nom à côté de celui de Tacite. Sans leur faire la moindre concurrence, je me contenterai de m’occuper d’incidents de la vie privée, en n’y introduisant des détails d’une nature plus générale qu’autant que ceux-ci seront indispensables à l’intelligence du récit.

Après ces explications, je commence :

Je suis né le 3 mai 1737, sur un isthme appelé Satanstoë (orteil de Satan), dans le comté de West-Chester, colonie de New-York, qui faisait alors partie de l’immense empire de Sa Majesté Georges II, roi de la Grande-Bretagne et de l’Irlande.

Avant de parler de ma famille, je vais tâcher de donner au lecteur une idée plus précise du lieu où le hasard me fit naître. L’isthme de Satanstoë contient exactement 463 arpents et demi d’excellente terre de West-Chester. Il a deux milles de côtes où l’on récolte du varech pour engrais, et plus de cent arpents de marais salants qui ne sont pas compris dans les 463 de terre ferme.

Comme, à l’époque de ma naissance, mon père, le major Evans Littlepage, devait en hériter de mon grand-père le capitaine Hugh Littlepage, on pouvait l’appeler une propriété patrimoniale.

Mon grand-père l’avait reçue en dot de ma grand’mère environ trente ans après la cession définitive de la colonie aux Anglais par les Hollandais ses premiers possesseurs.

C’était là que ma famille vivait depuis près d’un demi-siècle à l’époque de ma naissance. Et depuis bien plus longtemps encore si nous comprenons dans notre compte mes ancêtres maternels. C’est là que j’habite au moment où j’écris ces lignes, c’est là, j’espère, que mon fils unique continuera d’habiter après moi.

Ce petit isthme a été appelé Satanstoë (orteil de Satan) de temps immémorial, en admettant qu’il y ait un temps immémorial dans un pays où la civilisation ne remonte pas à plus d’un siècle et demi.

Ce nom de Satanstoë, dit une vieille légende qui n’a guère plus cours que parmi les nègres, lui vient de ce que le père du mal, chassé pour certains méfaits des Nouveaux-Pays-Bas, avait en fuyant, posé là son gros orteil.

Après cela, si réellement le petit isthme a la forme d’un orteil, ce serait plutôt celle d’un orteil renversé, ce qui viendrait à l’appui de la légende, le diable faisant toutes choses au rebours, comme chacun sait.

Il y a bien eu quelques zélés bigots qui ont voulu faire changer ce nom comme irréligieux et malsonnant. Mais l’usage a prévalu, l’isthme a continué de s’appeler Satanstoë jusqu’à ce jour.

Et j’espère qu’il en sera ainsi tant que la maison de Hanovre régnera sur ce beau pays, c’est-à-dire aussi longtemps qu’il y aura de l’eau dans l’Océan et de l’herbe dans la prairie. Je ne suis pas, moi, partisan des changements de nom inutiles.

Satanstoë n’a guère que l’étendue d’une bonne ferme, aussi n’en offre-t-il que la culture et les embellissements ordinaires. Toutes les constructions y sont en pierre de taille, jusqu’au toit à porcs et aux hangars. Et les murs des enclos feraient honneur à une ville de guerre.

 

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Le deuxième de la série : Le domaine de RAVENSNEST