20- Bracelet-breloques

Bracelet-breloques

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Boileau se rendit à la banque pour récupérer un bracelet-breloques ayant appartenu à son épouse décédée. Il le lui avait offert lors de leur voyage de noces. Par la suite, ils y avaient ajouté un petit bijou pour chacune des excursions qu’ils avaient réalisées ensemble.

Ils avaient aussi gardé de l’espace pour y accrocher une breloque représentant chaque enfant qu’ils prévoyaient engendrer. Mais le destin en avait décidé autrement. Même si elle le portait le soir de l’accident mortel, il ne lui avait pas porté chance.

Bien qu’il ait été endommagé lors de la collision, Boileau ne l’avait pas fait réparer. Il le conservait dans un coffret de sureté, telle une relique précieuse. Après plusieurs années, l’argent était noirci et certaines pierres menaçaient de se dessertir. Boileau se disait depuis longtemps que son trésor avait besoin d’une restauration professionnelle, mais il se rebutait à le confier à un étranger.

Pourtant, cette fois-ci, il allait l’utiliser pour maintenir le contact avec Bernard Chicoine, car son instinct l’incitait à mieux connaitre cet homme afin de découvrir ce qu’il ne voulait pas révéler.

Il prit tout de même quelques précautions. Il photographia le bijou et ses composantes en présence du directeur de la banque (un vieil ami) qui avait accepté de lui servir de témoin. Avec son aide, il prépara rapidement un document que Bernard devrait signer, attestant qu’il prenait charge du bracelet et des breloques. Il se rendit ensuite chez le bijoutier-orfèvre.

Bernard Chicoine l’accueillit civilement. Il utilisa une loupe binoculaire pour observer les détails du bijou tout en notant dans un calepin les réparations nécessaires, ce qui permit à l’inspecteur de jeter un œil dans l’atelier.

Il remarqua dès le début que Bernard ne portait pas au doigt la bague en or au motif en spirale. Puis, il s’intéressa à un objet allongé entouré de divers équipements placés commodément autour d’une aire de travail. La chose, de couleur or, semblait trop volumineuse pour fabriquer un bijou, ce qui intrigua l’inspecteur.

Bernard termina son évaluation et détailla les interventions nécessaires, de même que le prix qu’il demandait pour son travail. La somme s’avérait considérable, Boileau écarquilla les yeux.

— Vous possédez là un ensemble de pièces d’une excellente qualité, précisa Bernard. Je crois sincèrement qu’il vaut la peine d’investir dans sa restauration.

— Va pour le prix, consentit Boileau, mais vous ne m’en voudrez pas de prendre quelques précautions. Ce bracelet représente pour moi une grande valeur sentimentale.

Il lui demanda de signer le reçu et réalisa quelques photographies pouvant prouver que Bernard avait bel et bien accepté le bijou. Il le questionna ensuite sur les mesures de sécurité qu’il entendait mettre en œuvre pour protéger son trésor.

— Il y a une caméra de surveillance à l’extérieur, dit-il en soulevant un rideau cachant l’écran. Je peux voir et enregistrer qui frappe à ma porte. De plus, je ne laisse jamais de métaux précieux dans l’atelier quand je m’absente, je les enferme dans un coffre-fort, enchâssé dans le béton du solage de la maison.

Boileau approuva de la tête, ce n’était pas le luxe en matière de prévention, mais il ne pouvait pas non plus exiger la présence d’un fourgon blindé pour protéger son « trésor ».

— Je vois une pièce qui me semble en or sur votre table de travail, qu’est-ce que c’est ?

— C’est le bibelot sur lequel je me concentrais quand vous êtes arrivé, comme vous êtes policier, je n’ai pas cru utile de le cacher. Pour l’instant, ça ne ressemble à rien, mais il deviendra une mante religieuse dressée sur ses pattes.

— Une mante religieuse, s’étonna Boileau.

— Je me spécialise dans la reproduction hyperréaliste d’insectes, c’est ma façon de me distinguer, venez voir…

Bernard récupéra une petite boite de plastique parmi le fouillis de ses outils. Il l’ouvrit et la déposa sous la loupe binoculaire. Il ajusta les lentilles et invita l’inspecteur à y jeter un coup d’œil. La vision de la tête repoussante de l’insecte fit reculer Boileau.

— Quand je l’aurai terminée, elle deviendra une pièce de joaillerie unique ! s’exclama Bernard tout en affichant un large sourire.

— Bon, interrompit Boileau qui en avait assez vu, quand puis-je venir reprendre possession de mon bracelet ?

— Lundi matin, est-ce que ça vous va ?

— Je dois être présent à mon bureau à 9 h.

— Alors je serai prêt à 8 h 30.

— Entendu, conclut Boileau en lui serrant la main.

Le reste de la semaine se déroula sans évènements dignes de mention, sinon que l’agresseur du sentier avait été aperçu au Manitoba, mais la police locale avait perdu sa trace.

Il résista à la tentation d’aller sonner chez Bernard prétextant vouloir s’informer de l’avancement de la restauration de son bracelet afin, bien sûr, de s’assurer qu’il le détenait toujours. Le soleil finit par se lever le lundi suivant.

À 8 h 30 exactement, Boileau sonna à la porte du bijoutier. N’obtenant pas de résultat, il se rendit à l’atelier. Bernard ne répondait pas davantage à ses coups répétés sur la porte.

Il a dû s’absenter quelques minutes et sera bientôt là pour notre rendez-vous, se dit-il pour fortifier sa patience. Ces artistes n’ont aucune notion du temps !

— Ne bougez plus ! lança une voix forte derrière lui. Mettez vos mains sur votre tête et retournez-vous lentement.

Un jeune policier le tenait en joue, le canon de son arme tremblait un peu.

— Je suis l’Inspecteur Louis Boileau, de la Sureté du Québec, ne me reconnaissez-vous pas ?

Le jeune policier plissa les yeux et ne semblait pas certain. Boileau fut légèrement déçu qu’un membre de son équipe ne le reconnaisse pas.

Je pensais être plus populaire que ça !

— Je vous montre mes papiers et vous rangez votre jouet, proposa Boileau. Je vous préviens, mon arme de service est dans son étui sous mon aisselle, mais je n’y toucherai pas.

— Je suis désolé de la méprise, Monsieur l’Inspecteur. Cette demeure est sous surveillance constante depuis la perquisition d’hier.

— Une perquisition ?

— Vous n’étiez pas informés ?

— L’inspecteur Fillion n’a pas à m’aviser de ses coups de filet, surtout un dimanche ! C’est bien lui qui pilote ce dossier, n’est-ce pas ?

— C’est bien lui, confirma le policier. Je tiens à vous préciser que je noterai votre présence sur la scène. Vous devrez sans doute vous en justifier près de lui.

— Je vais régler ça immédiatement, rétorqua Boileau en sortant son téléphone cellulaire.

Fillion ne répondait pas à ses appels. Il communiqua avec la personne à l’accueil. On l’informa que l’inspecteur Fillion était en session d’interrogatoire et ne pouvait être dérangé, à moins d’une affaire importante et pressante. Il apprit aussi que les personnes sous investigation se nommaient Bernard Chicoine, Camille Chicoine et William Bouchard.

— Passez-lui le message que j’ai appelé et que je me rends immédiatement au QG.

 

Ne manquez pas la suite…

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