2- Le silence de Félix

La Guêpe (roman policier)

Si vous n’avez pas lu le premier chapitre « 1- La violence conjugale », c’est ici !

 

bachelor

2- Le silence de Félix

 

Prestement, un policier sortit de la haie, entraina l’homme hors de la zone sécurisée, le menotta et le conduisit au poste de commandement afin de l’interroger.

— Qui êtes-vous ? lui demanda Steve.

— Je me nomme Bernard Chicoine. Je suis le frère de Camille Chicoine, précisa-t-il sous le regard inquisiteur du policier-enquêteur. J’habite le « bachelor » au sous-sol de la maison de ma sœur. Mes papiers sont dans mon portefeuille.

Steve vérifia rapidement les déclarations de l’homme. Ses documents confirmaient son nom et son adresse.

— Où étiez-vous au cours des trente dernières minutes ?

— Dans le cabanon, derrière la maison. J’y ai un atelier,

— Pourquoi n’êtes-vous pas sorti quand les policiers ont utilisé le mégaphone ?

— Je n’ai pas entendu. Je façonnais un prototype délicat et j’étais concentré sur mon travail.

— Vous n’avez pas entendu !

— J’ai bien perçu des bruits de voix, mais je ne croyais pas que ça me concernait.

L’explication était plausible. Bernard Chicoine n’était peut-être qu’un témoin circonstanciel. Devant l’inconfort de l’homme, Steve demanda à un policier de lui retirer les menottes.

— Où étiez-vous avant de vous rendre dans votre atelier ?

— Dans mon logement, au sous-sol.

— Avez-vous entendu des bruits suspects ou des éclats de voix provenant des appartements de votre sœur ?

— Oui, mais je n’y ai pas porté attention. Félix et Camille se chamaillent souvent et il n’est pas rare que la vaisselle ou même des meubles en fassent les frais. Tout ce tapage me dérange, alors je me réfugie dans mon atelier extérieur.

— C’est ce que vous avez fait aujourd’hui ?

— Oui.

Puis, il demanda d’une voix inquiète :

Où est Camille ? Où est Félix ?

— Votre sœur est en route pour l’hôpital. À première vue, elle a une fracture au bras et plusieurs ecchymoses. Je ne crois pas que ce soit très grave.

— Et Félix ?

— Selon toute vraisemblance, il s’est barricadé dans la maison et refuse de sortir ou même de discuter avec nous. Il détient peut-être un otage et, comme il est armé, nous devons prendre toutes les précautions nécessaires.

— Il n’y avait que lui et ma sœur quand je suis sorti de la maison. Je ne crois pas qu’il y détienne un otage, affirma Bernard. Laissez-moi y aller, je pourrai lui parler et le convaincre de se rendre.

— Désolé, mais ce n’est pas possible, rétorqua Steve. Si vous entrez dans cette maison, vous serez probablement pris en otage et cela ne fera que compliquer l’opération.

Bernard se dandinait sur la petite chaise du poste de commandement en baragouinant « C’est pas normal. C’est pas possible ». Pendant ce temps, le policier-enquêteur Steve Sauvé téléphonait à son supérieur, l’inspecteur Boileau, pour le tenir au courant des développements de l’affaire.

— Je vois que vous êtes très occupé, lui dit Boileau après avoir écouté attentivement le compte-rendu de Steve. C’est dommage, car j’aurais bien aimé vous confier une autre affaire : un cas d’agression sexuelle qui me semble inusité.

— Inusité ? répéta Steve.

— Une femme a composé le numéro d’urgence et a affirmé qu’elle venait d’être attaquée et agressée sexuellement dans le Sentier de l’Estrie, entre le Marais Réal-D.-Carbonneau et le parc Debonair. Des patrouilleurs se sont vite rendus sur place et ont trouvé la femme courant en titubant.

— Est-elle blessée gravement ?

— Il semble que non, mais elle s’étouffait de rire ! J’ai écouté l’enregistrement de l’appel. Elle riait tellement qu’elle avait du mal à expliquer où elle était !

— Choc nerveux, proposa Steve.

— Possiblement, acquiesça l’inspecteur Boileau. Je me rends à l’hôpital afin de l’interroger. D’autre part, les patrouilleurs qui ont répondu à l’appel ont érigé un périmètre de sécurité où a eu lieu l’agression, ils vous attendent.

— Je m’y dirige dès que possible. Est-ce que Julie sera là ?

Julie Fontaine était une employée civile au quartier général de la Sureté du Québec à Sherbrooke. Elle était responsable du service informatique, des recherches dans les bases de données et des investigations de scènes de crime.

— Il va bientôt faire nuit. Un examen nocturne d’un site boisé risquerait d’altérer des éléments de preuve. Son équipe se déploiera demain matin. Faites les premières constatations et assurez-vous que le périmètre est protégé. Je vous appelle dès que j’aurai recueilli la version de la victime.

Steve coupa la liaison. Il se dirigeait vers la sortie quand il croisa le regard de Bernard Chicoine, toujours mal à l’aise sur sa petite chaise. Il semblait vouloir dire quelque chose. Steve s’approcha de lui.

— Avez-vous quelque chose à ajouter ?

— Je me demande simplement s’il est possible que mon beau-frère ait été victime d’un malaise. Cela expliquerait pourquoi il ne répond pas.

Steve fit signe au commandant de l’escouade tactique. Bernard répéta ce qu’il venait de dire et ajouta :

— Nous nous connaissons depuis l’enfance. Si vous me laissez lui parler avec le mégaphone, il reconnaitra ma voix et se manifestera. Sinon, c’est qu’il est inconscient. Il a peut-être besoin d’aide…

— Évidemment, c’est une possibilité, répondit le commandant. L’expert en négociation n’arrivera pas avant trente minutes. Je crois qu’on peut tenter le coup sans altérer le plan de communication qu’il élaborera.

Ils guidèrent Bernard vers un endroit à couvert, plus près de la maison. Bernard utilisa le mégaphone.

— Félix, c’est moi Bernard. Il y a eu un malentendu. Réponds-moi que l’on sache si tout va bien.

Aucune réponse, aucun bruit, ni même un mouvement de la tenture du salon ne permettaient de conclure que le forcené avait compris le message. Soudainement, Bernard contourna la voiture de police qui le protégeait et courut vers la maison.

Avant que quiconque ne puisse réagir, il ouvrit la porte et s’engouffra dans la pièce. La tension monta d’un cran. Y aurait-il des bruits de voix, ou même un coup de feu ? Tout était possible. Les tireurs d’élite mirent l’œil au viseur de leurs armes. Les hommes du groupe d’intervention ajustèrent leurs équipements.

Deux minutes plus tard, Bernard ressortit lentement de la maison. Il pleurait comme un enfant. Entre deux sanglots, il réussit à s’exclamer :

— Il est mort ! Félix est mort !

 

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Le premier chapitre : 1 – Violence conjugale

 

 

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