19- Le bijoutier

 

18- Stratégie

 

19. Le bijoutier

 

En arrivant devant la maison de Bernard Chicoine, Boileau remarqua un scooteur noir stationné en bordure de la rue. Il décida de s’arrêter un peu plus loin, de façon à surveiller la porte d’entrée du logement situé au sous-sol.

Quelques minutes d’attente lui permirent de voir sortir William Bouchard, accompagné de Bernard Chicoine. Ce dernier se dirigea vers l’arrière-cour tandis que le jeune garçon ajustait son casque et démarrait.

Ainsi ils se connaissent, conclut Boileau. Quels sont leurs rapports ? Quel lien peut bien relier un homme et un adolescent malfaisant ? Drogue, prostitution, recel ? Essayons d’en savoir plus.

Il contourna le pâté de maisons et revint se garer devant la résidence. Il sonna à la porte, mais n’obtint aucune réponse. Il frappa ensuite à l’entrée du cabanon servant d’atelier. Bernard vint ouvrir. Il avait l’air méfiant. Il est vrai que le visage de Boileau portait encore les marques de son « accident », ce qui lui donnait une apparence peu engageante. Boileau s’identifia rapidement.

— Je me nomme Louis Boileau, je suis inspecteur à la Sureté du Québec. Est-ce que je peux vous poser quelques questions ?

— Avez-vous un mandat ? Suis-je accusé d’un délit ? demanda Bernard tout en se frottant les mains.

Boileau remarqua que l’homme jouait avec une grosse bague en or qu’il tournait machinalement autour de son majeur droit. C’était un signe évident de nervosité.

— Je n’ai pas de mandat et vous n’êtes suspecté d’aucun délit. Nous devons simplement éclaircir les circonstances du décès accidentel de votre beau frère afin de fermer le dossier. C’est la procédure, vous comprenez ?

À ce moment, un nuage sombre décida de laisser tomber son excédent d’humidité.

— Puis-je entrer ? demanda Boileau, dont les cheveux épars se collaient déjà sur son front.

Bernard se recula et le laissa pénétrer dans l’atelier. Boileau remarqua immédiatement une grande affiche illustrant une pierre gravée d’une spirale. Il l’utilisa comme prétexte pour amorcer la conversation sur un ton plus cordial.

— C’est une belle reproduction, dit-il en pointant l’image d’un mouvement de tête. Vous vous intéressez aux pétroglyphes anciens ? Si je ne me trompe pas, cette représentation du soleil date de plusieurs milliers d’années.

— C’est effectivement un motif que l’on retrouve souvent sur des mégalithes du paléolithique, mais les experts ne s’entendent pas sur sa signification. Plusieurs pensent que c’est un symbole de vie, mais certains y perçoivent une représentation de la descente du défunt vers le royaume des morts.

Bernard pointa l’image et expliqua tout en suivant le tracé de la spirale.

— Si l’on part du centre vers l’extérieur, on peut y voir une force qui irradie, comme le soleil, mais si l’on débute par le pourtour, la spirale illustre une glissade, un entonnoir vers le néant.

Boileau remarqua alors la bague qu’il portait.

— C’est le même motif en spirale qui orne votre chevalière, y a-t-il un symbole s’y rattachant ?

— Rien de particulier, répondit Bernard, un peu surpris par la question. C’est un motif très populaire en bijouterie. On voit aussi des spirales doubles ou regroupées, selon le gout du client.

— Du client ?

— Oui, je suis bijoutier et orfèvre.

— Vous tenez une bijouterie ?

— Je ne tiens pas de boutique, je travaille pour ceux qui opèrent un commerce de détail. Ils n’ont pas souvent le temps de s’occuper eux-mêmes des demandes de réparation ou d’altération, alors ils me les confient. De plus, cet arrangement leur évite d’acheter et d’entretenir des équipements spécialisés, répondit Bernard en désignant les établis et les armoires encombrés. D’ailleurs, pouvons-nous aborder directement au sujet de votre visite, car j’ai un article dans le four dont je dois m’occuper bientôt.

— Bien sûr, répondit Boileau en sortant son carnet de notes. Le matin du drame, avez-vous eu connaissance de la dispute qui opposait votre sœur et votre beau-frère ?

— Non, j’étais ici, dans mon atelier.

— Vous n’avez rien vu ou entendu ?

— Rien du tout. J’étais absorbé par mon travail. D’ailleurs, je ne me mêle jamais de leurs chicanes. S’ils font trop de bruit, je me réfugie dans mon atelier.

— Diriez-vous qu’ils se disputaient souvent ?

Bernard réfléchit un instant avant de répondre.

— Pas plus souvent que tous les couples, je crois.

— Leurs disputes étaient-elles violentes ?

— Violence verbale : oui. Violence physique : non, si l’on exclut la vaisselle cassée et les meubles écorchés.

Boileau marqua une pause pendant qu’il griffonnait dans son calepin.

— Saviez-vous que votre beau-frère était allergique aux piqures de guêpes ?

— Je ne l’ai jamais entendu parler d’une quelconque allergie.

— À votre connaissance, a-t-il déjà été piqué par une guêpe ou une abeille ?

Bernard sembla chercher dans ses souvenirs.

— Non, pas à ma connaissance.

— Ce sera tout, dit Boileau en se rapprochant de la sortie. Je vous remercie de votre collaboration et je suis désolé d’avoir perturbé votre horaire.

En revenant à son bureau, Boileau était intrigué.

Cette spirale sculptée dans la pierre me dit quelque chose, mais je n’arrive pas à me rappeler en quelles circonstances je l’ai vue. À moins qu’il y ait un rapport avec mon cauchemar

Dans le stationnement du QG, Boileau ferma les yeux et se concentra sur les détails de son rêve, comme le lui avait recommandé Julie. Des images floues lui apparaissaient dans le désordre. Néanmoins, il constata que les feuilles de certaines plantes étaient enroulées en spirale. Malgré tout, il n’était pas certain de la réalité de ce souvenir. Il venait peut-être de tout inventer. Que vaut le souvenir d’un rêve ?

Il rejoint son bureau où Steve l’attendait. Ils comparèrent leurs notes. Les déclarations de Camille et Bernard Chicoine étaient compatibles, sauf sur un point : selon Camille, Félix se promenait à vélo avec Bernard le jour où il avait été piqué par une guêpe, il avait forcément assisté à la scène. Ou il ne se souvenait pas de cet incident ou il l’avait omis intentionnellement. Dans ce cas, pourquoi cacher ce détail ?

— Cet homme m’intrigue, confia-t-il à Steve. Il y a quelque chose qui sonne faux dans ses affirmations et dans son attitude.

Quelques heures plus tard, Boileau eut une idée. Il composa le numéro de cellulaire de Bernard Chicoine.

— Si je vous apporte un bijou à réparer, seriez-vous en mesure de vous en charger ?

— Je n’ai pas souvent de clients privés, mais il m’arrive de traiter directement sans passer par une bijouterie. Apportez-le-moi, je pourrai évaluer le cout des réparations.

 

Le prochain épisode… 20- Bracelet-breloques

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