18- Stratégie

18- Stratégie en deux temps

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— Bonjour Madame Chicoine. Je vous remercie d’avoir accepté de venir me rencontrer au QG, déclara Steve en l’invitant à s’assoir d’un geste de la main.

Camille s’installa sur la chaise qu’on lui désignait et déposa son bras gauche plâtré sur la table. Elle se taisait, mais semblait nerveuse. Elle regardait le policier droit dans les yeux, d’une façon franche et décidée.

— Je dois vous signaler que notre entretien sera filmé et enregistré.

— Suis-je accusée de quelque chose ? demanda-t-elle anxieusement.

— Il n’y a aucune accusation portée contre vous, répondit Steve. Dans ce dossier, vous avez plutôt le rôle de la victime. Comme je vous l’ai mentionné au téléphone, nous devons éclaircir les circonstances de l’agression avant de pouvoir fermer l’enquête. Ce n’est qu’une procédure administrative, mais nous devons nous y conformer.

— Pourtant, je n’ai pas porté plainte et mon conjoint est décédé. Je ne comprends pas pourquoi vous faites autant de chichis.

— Depuis quelques années, les cas allégués de violence conjugale entrainent automatiquement l’ouverture d’une enquête au criminel. La loi oblige les policiers à valider toutes les informations avant de clore le dossier. Si vous collaborez et que vous répondez franchement à mes questions, cela permettra surement d’accélérer le processus.

— Je comprends, approuva Camille en laissant sortir un long soupir. Ce n’est pas agréable, mais puisqu’il faut ressasser ces mauvais souvenirs allons-y ! Que voulez-vous savoir ?

Camille s’installa plus confortablement sur sa chaise droite comme si elle prévoyait une longue discussion. Steve appuya sur un bouton et demanda qu’on apporte de l’eau.

— Vous avez mentionné que vous vous étiez disputé avec votre conjoint ce matin-là. Est-ce exact ?

— Oui.

— Quelles personnes étaient présentes lors de cette dispute ?

— Seulement Félix et moi.

— Votre frère Bernard n’était pas avec vous ?

— Non, il n’était pas là.

— Savez-vous où il était à ce moment ?

— Probablement dans son appartement au sous-sol ou bien dans son atelier dans la cour arrière. Je ne sais pas exactement, je n’y ai pas prêté attention.

— Est-il possible qu’il ait entendu le bruit de votre dispute ?

— C’est possible. C’est même probable, ajouta-t-elle en baissant le ton. Nous avons hurlé tellement fort que tous les voisins ont dû nous entendre.

— Aurait-il tenté d’intervenir ?

— Il ne l’a jamais fait. D’habitude, il se réfugie dans son atelier quand nous nous disputons.

— Vous vous disputiez souvent ?

— Assez souvent, avoua-t-elle en baissant les yeux. Trop souvent.

— Et quel était l’objet de ces conflits ?

Camille Chicoine ne répondit pas immédiatement. Elle ferma les yeux et respira profondément comme si elle essayait de maitriser une forte émotion qui montait en elle comme la lave d’un volcan. Quand elle ouvrit les paupières, ses yeux bruns semblaient plus foncés, presque métalliques.

— J’étais certaine qu’il me trompait, laissa-t-elle glisser entre ses dents.

— Vous le soupçonniez d’avoir une relation extra-conjugale, c’est bien ça ?

— C’était plus qu’un soupçon, cette fois j’avais une preuve ! s’exclama-t-elle en se levant de sa chaise. Je venais de trouver une boucle d’oreille dans la cabine de repos du camion. Je suis rentrée en furie et lui ai lancé cette preuve au visage !

Elle était rouge de colère et frappait sur la table en scandant son accusation. Steve garda le silence pendant un certain temps pour donner à la tigresse l’occasion de reprendre le contrôle d’elle-même. Elle se dandina d’une jambe sur l’autre pendant quelques instants et finit par retourner sur sa chaise, honteuse d’avoir révélé son tempérament bouillant.

— Est-ce à ce moment qu’il vous a frappé ?

— C’est moi qui l’ai frappé d’abord, avoua-t-elle. Il a répliqué avec une claque au visage qui m’a fait tomber. Dans ma chute, mon bras a percuté le bord de la table, et s’est cassé. Craignant qu’il me fasse encore du mal, je me suis précipité chez Martine, la voisine d’en face.

Elle se mit à pleurer abondamment. Steve fit venir une boite de papiers mouchoirs. Il se demandait s’il pouvait considérer son geste comme un mouvement de défense alors que le routier était un colosse imposant qui faisait probablement le double du poids de la petite tigresse qu’il interrogeait. Il lui laissa le temps de maitriser ses émotions avant de continuer sur un autre sujet.

— Vous souvenez-vous comment il était vêtu ce matin-là ?

— Il portait encore des boxers et une camisole, est-ce important ?

Steve répondit par une autre question :

— Saviez-vous qu’il était allergique aux piqures d’insectes ?

— Non, je n’ai jamais entendu parler d’une quelconque allergie.

— Vous souvenez-vous s’il a déjà été piqué sévèrement par une ou des guêpes ?

La femme réfléchit quelques instants.

— Une fois, il y a très longtemps, nous étions adolescents. Il faisait du vélo avec mon frère Bernard quand une guêpe fut prise dans son collet de chemise et le piqua à plusieurs reprises avant de se dégager. Ils sont venus rapidement chez nous et c’est moi qui l’ai soigné. La peau de son épaule était affreusement boursoufflée, il souffrait beaucoup. C’est d’ailleurs comme ça que nous nous sommes rencontrés. Croyez-vous qu’il y a un lien ?

— C’est possible, répondit Steve. Avez-vous quelque chose à ajouter qui pourrait nous éclairer sur ce malheureux évènement ?

La dame fit signe que non et le policier la laissa partir.

Il espérait que l’inspecteur Boileau avait eu le temps d’accomplir sa part de leur stratégie. En effet, il était convenu qu’il rencontrerait Bernard Chicoine à son domicile pendant que Steve interrogeait sa sœur au QG.

 

La suite est ici : 19- Le bijoutier

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