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Cauchemar

17- Cauchemar

En rentrant au travail le lundi matin, Julie Fontaine aperçut Louis Boileau qui prenait un café dans la cantine. Il tournait le dos à la pièce, ce qui l’intrigua, car ce n’était pas dans ses habitudes. Elle s’approcha pour le saluer. Elle eut un sursaut de surprise en voyant l’énorme bosse qui enflait son front au-dessus de l’œil droit et le noir qui maquillait son orbite.

— Mon Dieu ! Que vous est-il arrivé ?

— Rien de grave, grommela Boileau, un petit accident.

Julie ne se contenta pas de cette explication. Elle se procura un café et vint s’assoir en face de son supérieur. Elle ne parlait pas, elle attendait qu’il se décide à s’expliquer.

Boileau voyait bien qu’elle ne le lâcherait pas. Il se résigna à fournir plus de détails.

— Je me suis frappé la tête sur ma table de chevet, tout simplement.

— Tout simplement… répéta Julie.

— J’ai fait un cauchemar et je suis tombé de mon lit, avoua Boileau avec un air qui signifiait qu’il avait fait le tour du sujet.

Julie n’insista pas, mais ne put s’empêcher d’ajouter un commentaire :

— Les rêves expriment souvent des tensions que nous vivons dans la journée ou notre subconscient cherche à attirer notre attention sur un élément qu’il juge important, mais que nous négligeons.

— Vous faites de l’interprétation des rêves maintenant, dit Boileau en souriant.

— Un peu, le sujet m’intéresse, répondit-elle sérieusement. Si vous me racontez ce cauchemar, je pourrai peut-être vous aider.

Boileau hésita. D’un naturel discret, il ne partageait jamais ses émotions avec ses confrères de travail. Il se dit que son apparence allait lui attirer plusieurs regards interrogatifs, alors il valait mieux fournir une explication simple, mettant fin aux rumeurs.

— J’ai rêvé que j’étais attaqué par une guêpe géante, grosse comme un berger allemand. Je me suis débattu et je suis tombé de mon lit.

Julie réfléchit un instant.

— Ça devait être terrifiant ?

— Absolument ! approuva Boileau en se levant pour signifier qu’il était temps de reprendre le travail.

— Quand vous aurez absorbé la charge émotive, cherchez dans les détails afin de trouver quel message veut vous envoyer votre subconscient, conclut Julie en se levant à son tour.

Boileau ramassa ses dossiers et se rendit à la salle de briefing où ses enquêteurs l’attendaient déjà. Certains le dévisageaient comme s’il eût été une apparition spectrale, d’autres fouillaient dans leurs notes, faisant semblant qu’ils n’avaient rien remarqué d’inhabituel. Boileau n’était pas dupe. Il décida de prendre l’initiative.

— Comme vous le voyez, je suis blessé au front. Malgré la belle couleur qui envahit mon visage, ce n’est rien de grave. L’explication est très simple : je me suis battu avec une table de chevet et j’ai perdu !

Le petit groupe éclata de rire, ce qui détendit l’atmosphère. Boileau constata que Julie Fontaine n’était pas encore présente à la réunion. Il commença tout de même la revue des différents dossiers d’enquête. Soudainement, la technicienne entra en coup de vent dans la pièce, le bras droit levé et tenant une liasse de papiers. Boileau termina sa phrase et questionna Julie du regard.

— Nous avons reçu les résultats d’analyse de l’ADN récolté sur le verre et la tasse que Steve a prélevé à Drummondville. C’est positif. Il correspond à celui du cheveu trouvé dans la cagoule de l’agresseur. C’est aussi l’individu que la GRC recherche.

Steve fouillait dans son carnet de notes. Il s’interposa.

— Le mandat pan-canadien concerne un certain Joseph Langlois alors que celui que j’ai interrogé à l’hôpital se nomme Jean Picard. J’ai vu ses papiers, tout me semblait en règle…

— Simple usurpation d’identité, intervint Boileau. Notre homme est plus malin que je ne le croyais.

Puis, après avoir réfléchi quelques instants, il ordonna :

— Steve, envoie deux patrouilleurs du secteur de Drummondville le cueillir à l’hôpital. Tu iras les rejoindre avec une trousse officielle de prélèvement. Je m’occupe d’obtenir les mandats nécessaires.

Le policier-enquêteur se leva et sortit de la pièce immédiatement.

— Quant à vous, Mademoiselle Fontaine, prévenez la GRC et vérifiez s’ils possèdent quelques informations concernant un certain Jean Picard.

Boileau mit un terme à la réunion et regagna son bureau pour se consacrer aux étapes administratives nécessaires pour obtenir les mandats. Le fait que le suspect était connu sous deux noms ne simplifiait pas la tâche.

Une heure plus tard, il reçut un appel de Steve.

— Notre oiseau s’est envolé, annonça-t-il avec dépit. Les médecins lui ont permis de rentrer chez lui samedi après-midi. Son automobile se trouve toujours à la fourrière municipale. Il tentera peut-être de la récupérer, j’y ai fait poster un agent. Entretemps, j’essaie d’obtenir les enregistrements des caméras de surveillance de l’hôpital.

— Dommage, grogna Boileau. Avez-vous vérifié s’il n’est pas simplement retourné chez lui ?

— J’ai envoyé deux policiers à l’adresse qui apparaissait sur son permis de conduire. Ils ont rapporté que cette adresse n’existe pas !

— Hum ! Une fausse identité, une fausse adresse et quoi d’autre ? Ce type avait bien planifié sa disparition au cas où la situation tournerait mal. Il a maintenant près de deux jours d’avance sur nous. Il peut se cacher n’importe où !

Après une seconde de réflexion, Boileau ordonna à son policier-enquêteur de passer les guides aux policiers du poste de Drummondville et de revenir à Sherbrooke.

Le téléphone sonna peu après. C’était un officier de la GRC à Miramichi.

— Bonjour Inspecteur Boileau. On me dit que vous cherchez de l’information sur un dénommé Jean Picard.

— C’est exact. Le Joseph Langlois que vous recherchez se nomme maintenant Jean Picard. Je voudrais savoir si cet homme existe.

— Le seul Jean Picard inscrit dans nos registres est décédé il y a deux ans.

— En quelles circonstances ?

— Cancer du foie.

— Était-il un ami ou une connaissance de Langlois ?

— C’est possible, car il tenait un bar populaire à Miramichi. Il entretenait probablement plusieurs relations. Rien n’est certain pour ce qui concerne Langlois.

— Bon, je comprends que cette piste ne mène nulle part. Par contre, si vous lui mettez la main au collet, avisez-moi. J’aimerais lui poser quelques questions.

— À propos de l’agression sexuelle que vous nous avez signalée ?

— Oui, et d’une série de vols par effraction commis récemment dans la région.

Boileau conclut la conversation en remerciant l’officier de la GRC. Il se dirigea ensuite vers la fenêtre. La pluie avait cessé et le soleil semblait vouloir percer les nuages. Soudain, une image lui traversa l’esprit. Elle venait de son cauchemar.

L’insecte qui m’a attaqué dans mon rêve était un « Grand Sphex Noir », mais sa tête avait une apparence humaine malgré ses deux grands yeux composites.

 

Voici la suite : 18- Stratégie en deux temps

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