16-Funérailles

La Guêpe

16- Funérailles 

Le lendemain était un samedi et il pleuvait, évidemment.

Il ne fait beau que durant la semaine. Les fins de semaine sont trop souvent maussades, maugréa Boileau.

La fine pluie ne l’empêcherait pas de visiter son épouse, au cimetière, avant d’aller prendre un petit déjeuner copieux au même restaurant où ils avaient leurs habitudes, dans le temps.

Quinze ans déjà, le temps passe vite…

Il acheta un journal et l’éplucha tout en attaquant son « spécial deux œufs ». Il mangea lentement et commanda un deuxième café.

En tournant les pages, une rubrique nécrologique attira son attention. On y annonçait le décès accidentel de Félix Gendron. L’article précisait que la famille recevrait les condoléances au salon funéraire à compter de 9 h et que la cérémonie religieuse se tiendrait à 11 h en l’Église St-Jean-Baptiste, aujourd’hui.

Ils ont fait vite ! Le coroner n’a relâché le corps du défunt qu’avant hier. Ils devaient être prêts.

Cet entrefilet lui remit en mémoire ce dossier bizarre. Il consulta sa montre, il était 8 h 45.

J’ai amplement le temps d’aller vérifier quelque chose, pendant qu’ils sont au funérarium.

Il regagna sa voiture et se dirigea vers la maison des Gendron. Mentalement, il en fit le centre de son investigation. Elle était située dans un quartier aux avenues droites et parallèles, ce qui en facilitait l’exploration.

Boileau cherchait des « Verges d’Or », ces fleurs qu’affectionnaient les guêpes. Il roulait lentement, comme quelqu’un qui s’efforce de trouver une adresse. Il découvrit bien un parc, mais son gazon bien ras ne constituait pas un environnement propice aux sauterelles, encore moins aux sphex.

D’où pouvait bien venir cette bestiole ? À quel endroit a-t-elle creusé son nid ?

Il patrouilla les rues jusqu’à près d’un kilomètre de distance. Outre quelques bosquets de plantes ornementales et de fleurs, il ne vit rien qui pouvait soutenir les activités d’un insecte géant. Il était déçu. La découverte de quelques terriers, ou même d’un seul, aurait pu expliquer la présence d’une guêpe dans la maison de Félix Gendron. Il décida d’y aller voir de plus près.

Il stationna son véhicule devant la maison ; hésita un peu avant de descendre, à cause de la pluie, mais aussi par crainte que les voisins alertent les policiers de la présence d’un rôdeur. Ce serait trop bête !

Il alla sonner à l’entrée principale, tout en sachant qu’il n’y avait personne. Il contourna la façade et frappa à la porte qui menait au logement occupant le sous-sol.

Mine de rien, il continua jusqu’au cabanon situé au fond de la cour. Il savait par le rapport de l’enquêteur Sauvé qu’il abritait un atelier. De cet endroit, il pouvait constater que seule une rangée d’herbes folles près de la clôture pouvait héberger des insectes. Était-ce suffisant ? Il ne savait pas.

De toute façon, les guêpes, s’il y en a, ne voleront pas sous cette pluie.

Il fit demi-tour.

Sur le chemin du retour, il constata que l’heure avançait si bien que la cérémonie religieuse était sur le point de débuter.

Et si j’y assistais discrètement, je pourrais au moins voir la tête de la conjointe du défunt, de même que celle de son frère. Je pourrais ainsi les identifier, s’il en est besoin…

Il se rendit à l’église. Le stationnement débordait, plusieurs camions de gros calibre occupaient beaucoup d’espace. Il dut laisser sa voiture un peu plus loin. Heureusement, la pluie avait cessé. Le ciel semblait même s’éclaircir.

Il pénétra sans bruit dans le lieu saint et choisit un banc à l’arrière, espérant tout voir sans être remarqué.

Le prêtre termina ses rituels et le cortège se forma. Derrière le cercueil, au premier rang, suivaient une jeune femme et un homme un peu plus âgé. La femme cachait à peine ses yeux gonflés et l’on voyait qu’elle retenait ses larmes.

Quant à lui, l’homme pleurait bruyamment, incapable d’endiguer ses émotions. Boileau en conclut que ces deux personnes éplorées étaient Camille et Bernard Chicoine. Il se concentra afin de graver leurs physionomies dans sa mémoire.

Pendant que tous les yeux étaient dirigés vers le cortège, il sortit discrètement de l’église et s’éloigna, à la limite du parvis. Comme il se retournait, un jeune homme blond le dépassa en marchant rapidement. Il tenait sous son bras un casque de moto noir. Boileau le suivit du regard.

Le jeune homme enfourcha un scooteur noir qui était garé entre deux gros camions. L’inspecteur ne put lire la plaque d’immatriculation, mais constata facilement le logo de la compagnie Vespa.

Serait-ce William Bouchard ? Si c’est lui, que fait-il ici ?

 

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