14-Dossiers classés ?

La Guêpe

13- Faits intrigants

14- Dossiers classés ?

— Nous n’avons pas le mandat d’enquêter sur le décès de Félix Gendron. Le coroner a conclu à une mort accidentelle et a fermé le dossier.

Lors du briefing matinal, l’inspecteur Boileau venait de communiquer à ses collègues les résultats des analyses commandées par le médecin légiste. Il avait ensuite partagé son questionnement sur les faits intrigants qu’il avait relevés. Il terminait en déplorant la décision du coroner.

— Il ne veut pas affecter de ressources à ce cas, alors que les budgets sont déjà épuisés. On peut le comprendre sur ce point.

Les policiers présents dans la salle de conférence opinèrent de la tête silencieusement.

— L’un de vous veut-il ajouter quelque chose ?

Personne ne dit mot. Boileau signifia d’un geste la fin de la rencontre. La pièce se vidait, chacun retournant à ses activités, mais Steve ne semblait pas pressé de sortir. Il s’approcha de son supérieur.

— Je suis entré parmi les premiers dans la maison où gisait Félix Gendron. J’ai amorcé les manœuvres de réanimation jusqu’à l’arrivée des ambulanciers qui prirent la relève deux ou trois minutes plus tard.

Boileau l’écoutait attentivement. Il ne comprenait pas encore où Steve voulait en venir, mais il connaissait la perspicacité de son meilleur enquêteur. Du regard, il l’incitait à continuer.

— Alors, j’ai fait le tour de la maison afin de vérifier si une autre personne était présente, peut-être cachée quelque part. J’ai fouillé toutes les pièces, même celles du sous-sol. J’ai ouvert toutes les penderies et les armoires. Je n’ai rien constaté d’anormal. Voici justement ce qui me turlupine.

J’aurais dû voir des traces de la violente dispute qui venait de se dérouler. Faudrait-il conclure que monsieur Gendron a tranquillement remis de l’ordre alors qu’il venait de frapper sa compagne si brutalement qu’elle s’est fracturé le bras en tombant ?

— Évidemment, ça ne colle pas, approuva Boileau.

— D’autre part, si nous admettons qu’après avoir été piqué par une guêpe, il a tenté de calmer sa douleur avec de l’alcool à friction, où se trouve la bouteille ? Il est difficile de concevoir que, constatant que ce n’était pas efficace, il ait refermé et rangé le récipient tandis que sa gorge enflait au point de l’asphyxier !

— Excellente observation, mon cher Steve. Les circonstances de ce décès deviennent de plus en plus nébuleuses. J’aurais bien aimé pousser cette enquête un peu plus loin.

— Le dossier concernant la mort de monsieur Gendron est fermé, mais il nous reste un dossier d’agression sur la personne, ajouta Steve avec un sourire en coin. Les cas de violence conjugale sont automatiquement judiciarisés depuis quelques années.

— Mais le présumé agresseur est décédé, objecta Boileau.

— Et s’il n’était pas l’agresseur ? S’il était une victime lui aussi ? Si cette mise en scène camouflait un meurtre, un complot ?

— Si, si… Avec autant de possibilités, on ne va nulle part.

— C’est pourquoi je suggère de clarifier les circonstances du décès. J’étais sur place, permettez-moi de continuer l’enquête.

L’inspecteur réfléchit quelques instants en regardant l’été par la fenêtre.

— C’est d’accord, je me rends à vos arguments et je vous confie ce dossier, mais il y a des conditions, précisa Boileau. Premièrement, laissez à la veuve le temps d’enterrer son conjoint avant de l’interroger. Et, en second lieu, ne venez pas me réclamer des heures supplémentaires !

Steve, étant satisfait de cette réponse, sourit et quitta la pièce, craignant que son supérieur ne se ravise.

Boileau regagna son bureau. Il avait du mal à se concentrer sur le travail clérical qui l’attendait. Cette histoire de guêpe gigantesque et les hypothèses avancées par Steve lui trituraient les méninges. L’entrée de Julie Fontaine interrompit ses réflexions.

— Nous venons de recevoir l’analyse ADN effectuée sur un cheveu retrouvé dans la cagoule de l’agresseur de madame Tousignant, annonça-t-elle rapidement. L’individu est connu des forces policières. Il fait l’objet d’un mandat d’arrêt pan-canadien. J’ai fait venir le dossier, vous pouvez le consulter sur votre écran.

Boileau remercia la technicienne et s’installa devant son ordinateur. L’homme s’appelait Joseph Langlois, il demeurait au Nouveau-Brunswick. Il avait 35 ans. Ce n’était qu’un vaurien sans envergure qui avait été condamné à de courtes peines pour divers délits mineurs.

Son dernier méfait en date concernait un cambriolage à la pointe d’un couteau dans un petit commerce de Miramichi. Comme la caissière l’avait reconnu, il fut arrêté rapidement et condamné à purger une peine de prison. Il avait été relâché sous conditions peu de temps après.

Quelques semaines auparavant, il avait négligé de se rapporter aux policiers comme l’imposait l’une de ses conditions. Depuis, il était introuvable. La GRC avait diffusé un avis de recherche le concernant.

Un autre petit malfaiteur en cavale, se dit Boileau.

Sur les photographies officielles, il arborait une barbe en broussaille et de longs cheveux bruns qui pendaient en mèches graisseuses sur ses épaules.

Il a évidemment modifié son apparence, puisque notre suspect n’avait pas de barbe et que ses cheveux étaient coupés en brosse. C’est un classique. Cependant, il ne pouvait pas changer son ADN !

Un autre chapitre du dossier mentionnait qu’il était soupçonné de crimes à nature sexuelle, tels qu’exhibitionnisme et voyeurisme. Faute de preuves, il n’avait pas été accusé.

Sa libido aura finalement pris le dessus et il n’a pu résister à l’envie d’agresser une femme sur un sentier désert. Son dessein a été contrecarré par un essaim de guêpes. Il a probablement quitté la région rapidement après son échec. Je vais quand même informer les patrouilleurs.

— Mademoiselle Fontaine, pouvez-vous modifier ces images pour le représenter sans barbe et avec des cheveux courts ? lui demanda-t-il au téléphone. Diffusez ces photos à tous les patrouilleurs puis, informez l’enquêteur Sauvé et la GRC de ces nouveaux faits.

Après son coup de fil, il revint à la fenêtre. Une douce brise faisait miroiter les feuilles sous le soleil ; annonçant une journée agréable comme seul le mois d’aout peut en offrir. Ce paysage serein le calma, mais lorsqu’il revint vers sa table de travail, la pile de documents à traiter le ramena à la monotone réalité.

C’est un péché de gaspiller une si belle journée pour expédier de la paperasse.

Il s’installa à contrecœur et ouvrit un premier dossier. Soudain, il se rappela qu’il avait résolu de consulter Victor Beauregard, l’entomologiste à la retraite, au sujet des guêpes. Presque content d’avoir trouvé un prétexte pour retarder l’exécution de ce labeur monotone, il composa le numéro du rentier.

— Bonjour Monsieur Beauregard. C’est Louis Boileau à l’appareil. Puis-je prendre quelques minutes de votre temps ?

— Sans problème, Monsieur l’Inspecteur. Je nettoie seulement ma piscine, mais cette tâche peut attendre. Que puis-je faire pour vous ?

— Je voudrais en apprendre plus sur un type de guêpe appelé « sphécidés ». J’ai parcouru Internet hier soir, mais je n’ai pas trouvé d’information pertinente dans le dossier qui me préoccupe.

— Les sphécidés sont des insectes captivants. Il y a beaucoup à découvrir sur elles. Que voulez-vous savoir ?

— Je cherche un peu à l’aveuglette des informations qui seraient en mesure d’éclairer un cas de mort par choc anaphylactique à la suite d’une piqure de cette guêpe. Ces insectes sont-ils agressifs. Où les retrouve-t-on. Quel est leur habitat ?

Boileau continua en résumant les faits troublants entourant ce décès.

— Ce que vous me décrivez est en effet très inhabituel, confirma l’entomologiste. Ce sont des guêpes solitaires qui s’intéressent peu aux humains.

Le retraité fit une pause. Il réfléchissait.

— Pouvez-vous venir me rencontrer chez moi ? Je n’habite pas très loin de Sherbrooke. Nous pourrions discuter tranquillement près de la piscine avec en main un verre de thé glacé.

Le regard de Boileau s’attarda à la pile de dossiers qui emplissait la surface de sa table de travail puis se tourna vers la fenêtre ensoleillée.

— C’est une très bonne suggestion, affirma-t-il. J’arrive dans quelques minutes.

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