13- Faits intrigants

La Guêpe

12- Comme une image

13- Faits intrigants

— Bonsoir docteur Tremblay, on me dit que vous avez laissé un message pour moi.

— Effectivement, j’ai reçu les résultats des analyses que j’ai demandées. Vous vouliez que je vous en informe, n’est-ce pas ? Alors voici. Je peux vous dire d’emblée qu’ils m’intriguent.

— Je vous écoute, répondit Boileau en sortant son carnet de notes.

— Tout d’abord, le venin retrouvé dans les tissus autour de la plaie provient d’une guêpe de la famille des sphécidés.

— Ah bon, commenta l’inspecteur tout en s’adossant à son fauteuil. Il savait qu’il devait laisser le médecin légiste déballer sa science avant d’en venir aux faits qui pouvaient l’intéresser.

— Il a été impossible de préciser davantage, car la composition du venin est très complexe et varie selon les espèces. De façon générale, il contient des enzymes, des peptides, des amines et des phéromones plus ou moins volatiles. De nombreux constituants sont reconnus par notre organisme comme allergènes ce qui déclenche la réaction inflammatoire.

— Donc, ce résultat confirme ce que nous savions déjà.

— Oui, affirma le médecin qui constatait que son interlocuteur s’impatientait. Ce qui est intrigant, c’est la haute concentration. Sans disposer de barème précis, nous pouvons supposer qu’il s’agissait d’une très grosse guêpe puisqu’elle a pu injecter une si grande quantité de venin en une seule piqure !

— Effectivement, c’est intrigant, confirma Boileau, peu convaincu.

— De plus, pour compléter, je dois vous dire que l’on a décelé des traces d’alcool isopropylique.

Cette fois, Boileau connaissait ce terme.

— De l’alcool à friction ! Aurait-il tenté de traiter sa piqure avec ce produit ?

— C’est une hypothèse, confirma le médecin, mais s’il a fait ça, c’était très malhabile, car il a dû souffrir encore plus. Par contre, une injection d’épinéphrine aurait pu le sauver, mais nous n’en avons pas trouvé la trace…

Encore un grand mot, se dit Boileau.

— Épiné-quoi ?

— Je suis désolé, avoua le médecin. Tous les gens qui souffrent d’allergie connaissent ce médicament et en gardent un auto-injecteur à portée de main. Il est mieux connu sous le nom commercial d’EpiPen. Étant allergique à la piqure d’une guêpe, monsieur Gendron devait connaitre ce produit.

— Il ne se savait peut-être pas allergique ?

— C’est peu probable, répliqua le médecin. J’ai contacté un confrère qui s’est spécialisé en allergologie. Il m’a expliqué qu’une personne qui n’a jamais été piquée par une guêpe ne peut développer, la première fois, un choc anaphylactique.

Monsieur Gendron a certainement été piqué par ce type d’insecte au moins une fois dans le passé et a subi des symptômes de réaction allergique localisée tels que rougeurs et gonflements extrêmes prenant près d’une semaine à se résorber. On prétend aussi que la piqure de cette guêpe est la plus douloureuse qui soit. Être piqué par cette bestiole est une mésaventure qui ne s’oublie pas !

— J’imagine que ce doit être mémorable, confirma Boileau en réprimant un frisson de frayeur. Mais il a peut-être banalisé le danger, ne croyant pas qu’une nouvelle piqure pourrait le tuer.

— C’est une hypothèse plausible, car mon confrère allergologiste m’a aussi affirmé que les piqures de sphécidés sont très rares. En vingt ans de carrière, il n’a traité que deux cas d’allergie à ce type de venin.

— Hum, autant dire que les probabilités étaient à son avantage. Il a vraiment joué de malchance.

Boileau marqua une pause, le temps de réviser ses notes.

— Avez-vous communiqué ces résultats au coroner ?

— Bien sûr, il fut le premier informé. Il m’a demandé de rendre le corps à la famille afin qu’ils puissent préparer les obsèques.

— Rien d’autre ?

— Non, rien de plus.

— Très bien, conclut Boileau. Je vous remercie pour votre collaboration. Je vais appeler le coroner Lavoie pour discuter de la suite.

Boileau composa immédiatement le numéro privé du coroner en espérant qu’il répondrait malgré l’heure tardive. Il fut heureux de reconnaitre la voix de Maitre Lavoie.

— Je vous appelle au sujet du dossier Gendron. Je viens de prendre connaissance des résultats des analyses. Quelle est la suite ?

— Il n’y a pas de suite, répondit le coroner d’un ton assez sec. J’ai conclu à une mort accidentelle.

— Vous n’ouvrirez pas un dossier d’enquête ?

— Pas de dossier, pas de mandat, cette affaire est classée.

— Pourtant il me semble qu’il y a plusieurs faits inexplicables qui mériteraient d’être éclaircis. Me permettez-vous de continuer l’investigation ?

— Je ne vais pas ouvrir un dossier d’enquête criminelle chaque fois qu’un citoyen se fait mordre par un insecte. Par contre, ce que vous faites de vos temps libres ne me concerne pas, inspecteur Boileau.

La conversation se termina sur cette affirmation. Boileau rangea son calepin de notes, quitta le Q.G. et rentra chez lui et décida de relaxer. Pourtant, dans la soirée, cette affaire lui revenait en tête.

Il y a quelque chose qui sonne faux dans cette histoire. Mais sans mandat, je ne peux affecter de ressources sur cette affaire.

Il exécuta quelques recherches sur le Net afin de mieux connaitre les guêpes de la famille des sphécidés. Il y trouva des centaines de pages d’informations plus ou moins scientifiques, mais rien qui puisse le mettre sur la piste d’une explication satisfaisante.

Je crois que je vais solliciter l’aide de mon « bibitologue » à la retraite, dès que j’aurai du temps libre…

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