12- Comme une image

La Guêpe

1- Violence conjugale     11- Sur un coup de tête

12- Comme une image  

 

— Mademoiselle Fontaine, pouvez-vous vérifier rapidement si nous possédons des informations sur un dénommé William Bouchard, domicilié à Sherbrooke ? Il aurait entre 17 et 22 ans.

Boileau avait profité du temps d’entretien entre l’avocate et sa cliente pour mettre sa collaboratrice sur la piste. Julie Fontaine le rappela dix minutes plus tard.

— Nous tenons un dossier sur un jeune homme qui correspond à cette description. Il y a peu d’éléments. Il serait suspecté dans une affaire de vol par effractions. L’inspecteur Fillion est le responsable du dossier.

Boileau connaissait bien Martin Fillion, il avait souvent eu l’occasion de travailler avec lui dans des enquêtes où les crimes contre la personne et les crimes économiques s’entremêlaient.

Ce jeune policier (il n’avait que 38 ans) avait gravi rapidement les échelons de la hiérarchie grâce à son intelligence aiguisée et son dynamisme hors du commun. Il se rendit immédiatement à son bureau, heureusement il y était.

— Je cherche des informations sur un jeune homme qui se nomme William Bouchard, expliqua Boileau tout en s’excusant de déranger son confrère si cavalièrement.

En trois phrases, il lui résuma la situation. Fillion fit signe qu’il comprenait puis répondit :

— Nous le suspectons de vols par effractions, mais nous n’avons pas encore de preuves. Cependant, mes hommes le surveillent discrètement, car nous espérons qu’il va nous conduire à un réseau de recéleurs bien organisé. Ce Bouchard n’est qu’un petit poisson qui frotte ses nageoires sur des requins puissants et dangereux.

— Quel genre de requins ? demanda Boileau.

— Ils trempent dans tout ce qui rapporte gros : drogues, cigarettes, pièces détachées de véhicules volés, prostitution.

— Et que vient faire un garçon de 18 ans dans ce merdier ?

— C’est leur technique de recrutement qui est en cause. Ils attirent les jeunes qui ont besoin d’argent, en leur achetant ce qu’ils peuvent leur apporter. Cela commence par de petits délits, ensuite ils sont graduellement impliqués dans des crimes plus graves. Ils opèrent sous le couvert d’entreprises parfaitement légales, des « pawnshops ».

— Mais ces prêteurs sur gages ne sont-ils pas astreints à un protocole rigoureux ?

— Bien sûr ! Ils sont d’ailleurs contrôlés régulièrement, mais cet obstacle est facile à contourner. Nous ne savons pas ce qui se passe derrière le comptoir en même temps que la transaction officielle.

L’inspecteur Fillion referma le dossier avant de continuer :

Voici comment ils fonctionnent : un jeune homme se débarrasse de sa vieille guitare. On lui en donne dix dollars. C’est ce qui est inscrit dans le registre et tout est en ordre. Cependant, dans cette même visite, il propose des bijoux qu’il a subtilisés. Ils s’entendent sur un prix et notre jeune voleur reçoit son paiement en argent liquide, provenant d’une caisse occulte.

— Il ne me semble pas si difficile de les prendre sur le fait, commenta Boileau.

— Pas si simple, rétorqua Fillion. Les bijoux ne restent pas bien longtemps dans la boutique. Nos perquisitions n’ont rien donné. Nous cherchons à présent à découvrir qui rachète ces objets et comment ils sont livrés. Fermer une boutique de prêts sur gage ne règle rien, c’est l’organisation en amont qui nous intéresse.

— Je comprends, répondit Boileau, mais qu’est-ce que je fais au sujet de ce jeune homme ?

— Vous procédez comme vous voulez ; c’est votre enquête, mais si vous l’accusez de quoi que ce soit, l’organisation va l’exclure, car ils ne recrutent pas des gens qui trainent un casier judiciaire. Du coup, notre travail deviendra inutile et nous devrons trouver un autre « petit poisson ». Ne pouvez-vous pas attendre un peu avant de procéder ?

L’inspecteur Boileau détestait mettre un dossier « sur la glace », surtout au moment où il venait de découvrir le coupable. Tout en se grattant le menton, il réfléchissait.

S’il portait des accusations trop vite, il compromettait le succès d’une enquête de plus grande envergure que celle d’un cas de méfait. Par contre, plus le temps passait, plus cette jeune fille risquait de tomber dans les griffes d’un gang bien organisé. Alors qu’une condamnation, assortie d’une peine légère, suffirait probablement à la faire réfléchir et l’encouragerait à modifier son comportement et ses fréquentations.

— Il y a surement un moyen de coordonner les deux, dit-il simplement en quittant le bureau de son confrère.

Quelques minutes plus tard, il était de retour dans la salle d’interrogatoire, en présence de Célia Bonin, de ses parents et de son avocate.

— Mademoiselle Bonin, vous avez avoué plus tôt avoir lancé le sac contenant un guêpier vers la terrasse du resto-bar « Le papillon ». Maintenez-vous cette affirmation ?

L’avocate prit la parole :

— Ma cliente ne conteste pas les faits et maintient sa déclaration.

Boileau accepta la réponse d’un signe de tête.

— Je viens de discuter avec le procureur. Des accusations seront portées devant la Chambre de la jeunesse, nous n’avons pas le choix. Entretemps, vous serez libérée sous promesse de comparaitre.

De plus, comme vous n’avez que 15 ans, un signalement à la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse) est requis. Ils vous rencontreront, de même que vos parents, et affecteront une ressource pour vous aider. Si vous suivez bien le programme qu’ils vont vous proposer et que vous ne faites pas de bêtise d’ici à votre comparution, le juge en tiendra compte.

Célia consulta du regard ses parents et son avocate avant d’affirmer :

— Je serai sage comme une image. C’est promis !

Boileau s’abstint de la questionner sur son présumé complice. La rencontre terminée, il retourna à son bureau. Julie Fontaine l’accosta chemin faisant.

— Le médecin légiste a téléphoné pendant que vous étiez en salle d’interrogatoire. Il a reçu les résultats d’analyses des tissus prélevés sur le corps de Félix Gendron et désire vous les communiquer de vive voix. Il attend votre appel.

— Félix Gendron, répéta Boileau. C’est bien celui qui est mort d’une piqure de guêpe ?

Julie acquiesça d’un signe de tête.

L’inspecteur consulta sa montre et grimaça.

— Il est tard, mais il doit être toujours à son bureau.

À suivre…  13- Faits intrigants

 

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