11- Sur un coup de tête

La Guêpe

1- Violence conjugale
10- Un café qui fait du bien

11- Sur un coup de tête 

 

Célia Bonin paraissait bien petite, assise entre ses parents, dans la salle exigüe servant aux interrogatoires. On les avait correctement informés que cette rencontre était en lien avec l’affaire de « l’attaque aux guêpes », mais qu’aucune accusation formelle n’était portée. Célia leur avait juré qu’elle n’avait rien à voir avec ce méfait.

L’adolescente de 15 ans affichait un air arrogant à son arrivée, tandis que ses parents semblaient plutôt offusqués que la police s’intéresse à leur fille chérie. Boileau avait donc décidé de les laisser macérer dans leur jus une dizaine de minutes. Il pénétra finalement dans la pièce, se présenta et les informa que l’entrevue allait être filmée.

— Nous débuterons par une séance d’identification de photos. Tu n’as qu’à me dire si tu connais ces personnes.

Célia fit signe de la tête qu’elle comprenait. L’inspecteur retira une première image de son dossier. On y voyait une jeune femme indiquant du doigt quelques marques de piqures sur son bras. Célia regarda avec attention et sourit presque en disant :

— Non, je ne connais pas.

Boileau rangea l’épreuve et en proposa une autre, puis une autre et encore une autre. Chaque fois, la jeune fille niait reconnaitre ces gens. Toutes ces images avaient été captées le soir de l’évènement dans le but de répertorier les dégâts occasionnés aux clients.

L’inspecteur les avait disposées en ordre de sévérité des blessures. De l’une à l’autre, l’attitude de la jeune fille changeait. Quand elle découvrit le visage boursoufflé du serveur, elle s’y attarda plus longuement.

— J’ai déjà vu cet homme, c’est Daniel, le serveur du resto-bar. Ça doit lui faire mal, ajouta-t-elle avec une grimace.

— Il est à l’hôpital, précisa Boileau. Il souffre d’un choc toxique, mais il va s’en remettre.

L’inspecteur sentit qu’il perçait peu à peu sa carapace. La photographie suivante représentait la tête ensanglantée d’une femme d’un certain âge. En la voyant, la jeune fille mit sa main sur sa bouche.

— Je ne la connais pas, assura-t-elle. Elle parait être blessée sérieusement.

— Elle est tombée pendant la bousculade. Elle a subi une fracture du bras et s’est frappé durement la tête sur une table. Elle souffre d’une commotion cérébrale et les médecins ne savent pas encore si elle gardera des séquelles de ses blessures.

Célia ne souriait plus. Son langage corporel exprimait de la sympathie et un malaise évident. Ses yeux étaient mouillés. C’est ce moment que choisit Boileau pour lui présenter sa dernière photo, celle où l’on voit une personne lancer le sac contenant le guêpier.

La jeune fille se pencha afin de mieux discerner les détails. Puis elle se recula vivement et exprima sa surprise en écarquillant les yeux.

— Reconnais-tu quelqu’un sur cette photographie ?

— Oui, dit-elle péniblement. C’est Will qui conduit la vespa.

— Quel est son nom complet ?

— William Bouchard. Mais tout le monde l’appelle Will.

— Et le passager du scooteur, est-ce que tu le connais ?

La jeune fille hésita, puis :

— C’est moi. C’est moi qui lance le sac, avoua-t-elle en éclatant en sanglots.

Monsieur Bonin s’interposa :

— Elle a droit à l’assistance d’un avocat, n’est-ce pas ?

— Parfaitement, répondit l’inspecteur en se levant. Mon collègue viendra vous proposer une liste d’avocats disponibles.

Maitre Christine Lafrance était bien connue dans le milieu juridique. Cette femme dans la mi-quarantaine s’était spécialisée, bien malgré elle, dans la défense des mineurs contrevenants. Son calme et son style direct imposaient le respect.

Après s’être entretenue avec Célia et ses parents, elle prit connaissance des éléments de preuve que possédait l’inspecteur Boileau, incluant les aveux filmés de la jeune fille.

— Quelles sont les accusations portées contre elle ? demanda-t-elle.

— Pour l’instant, méfait ayant causé des blessures, précisa Boileau. Mais c’est le procureur qui déterminera le libellé exact des chefs d’accusation.

— Je désire rencontrer ma cliente en tête à tête.

Boileau fit signe à un policier de les accompagner jusqu’à un petit cubicule.

— Il n’y a pas de caméra ni de micro caché et les murs sont insonorisés. Appuyez sur le bouton se trouvant sur la table lorsque vous aurez terminé. Un agent surveillera la porte de l’extérieur afin d’assurer votre sécurité.

Laissées seules, Célia acheva de sécher ses larmes avec un mouchoir. Maitre Lafrance prit la parole :

— Je suis ton avocate. Je suis là pour défendre tes intérêts et m’assurer que tu seras traitée avec justice. Notre conversation demeurera confidentielle. La règle du secret professionnel m’y oblige. Est-ce que tu comprends cela ?

La jeune fille répondit avec un « oui » étouffé tout en acquiesçant d’un signe de tête.

— Cela implique que tu dois me dire la vérité. Si tu gardes des informations pour toi, elles finiront par être dévoilées et nous serons dans l’eau chaude. Es-tu prête à me faire confiance ?

Célia exprima son accord de nouveau. Elle semblait plus calme. L’avocate avait réussi à créer un lien d’authenticité avec sa jeune cliente. Elle poursuivit.

— Tu as avoué avoir lancé un sac en direction de la terrasse du resto-bar « Le Papillon » ; que contenait ce sac ?

— Il contenait un nid de guêpes.

— D’où provenait ce guêpier ?

— Il était sous la corniche d’un petit hangar, pas très loin du resto-bar.

— Explique-moi comment tu as procédé pour le décrocher et le mettre dans le sac sans te faire attaquer.

— Ce n’est pas moi qui l’ai décroché, c’est Will. Il a utilisé un sac-poubelle pour recouvrir le nid et un couteau pour couper la tige le reliant à la corniche.

— Lui avais-tu demandé de t’aider ?

— Pas vraiment. C’est lui qui a trouvé le nid et qui m’a proposé de jouer un bon tour au patron du resto-bar. J’ai accepté. Je ne pensais pas que ça pouvait causer autant de dommages, avoua la jeune fille en baissant la tête.

— Pourquoi as-tu accepté ?

— J’étais en colère après le patron du bar parce qu’il avait congédié mon chum. Je cherchais un moyen de me venger, de lui nuire.

— Ton « chum », quel est son nom ?

— Francis Sénéchal.

— Est-ce qu’il savait que tu cherchais un moyen de te venger ?

— Il savait que j’étais fâchée, mais il ne savait rien à propos des guêpes. C’est arrivé sur un coup de tête.

Maitre Lafrance révisa ses notes et prit une ou deux minutes avant de continuer.

— As-tu eu une relation sexuelle avec William Bouchard ?

Surprise par la question, Célia nia vivement.

— Est-ce qu’il te l’a proposé ?

— Oui, mais j’ai refusé. J’ai déjà un chum et je suis fidèle !

L’avocate la fixa, cherchant dans son regard l’expression de la sincérité.

— As-tu d’autres faits à me communiquer concernant cette affaire ?

Célia réfléchit quelques instants.

— Non, rien d’autre.

— Alors je crois que nous pouvons rencontrer l’inspecteur Boileau maintenant. Je te recommande de répondre franchement à ses questions. Si tu collabores, ce sera de bons points pour toi. Il va probablement te relâcher sur promesse de comparaitre. Tes parents devront sans doute payer une caution.

L’avocate se leva et, juste avant d’appuyer sur le bouton d’appel, elle ajouta :

— Tiens-toi loin de ce William, il ne t’apportera que des ennuis.

 

Ne manquez pas la suite…  Cliquez ici !

1 Trackbacks & Pingbacks

  1. 12- Comme une image | Plein-de-livres !

Laissez votre commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée.


*


%d blogueurs aiment cette page :