1. Violence conjugale

femmebattue

La guêpe (Roman policier)

1- Violence conjugale

 

— Martine, aide-moi ! Je crois qu’il m’a cassé le bras.

La rondelette femme se rendit à la porte principale aussi vite que ses jambes enflées le lui permettaient. Sur le palier, elle découvrit Camille Chicoine, sa voisine d’en face, qui pleurait en soutenant son bras droit.

— Entre vite et viens t’assoir. Laisse-moi voir ça !

L’enflure qui croissait et surtout la bosse que faisait l’os sous la chair ne permettait aucun doute. Le cubitus était brisé net. Femme d’action, Martine alla aussitôt chercher un oreiller et un sac de glace afin d’installer Camille le plus confortablement possible.

— Ton courailleux de mari t’a encore battue !

— On s’est chicané un peu et je suis tombée.

Martine la regarda avec un air sévère.

— Un peu tu dis ! Tu as encore les doigts de sa main imprimés sur ton visage. Cette fois, il faut que ça cesse, affirma-t-elle en composant le numéro d’urgence.

— Allo, c’est pour un cas de violence conjugale…

Quelques minutes plus tard, deux voitures de police arrivèrent, sirènes et clignotants en fonction. Camille tenta de leur expliquer que ce n’était qu’un accident au cours d’une dispute, comme il y en a souvent dans tous les couples, mais les patrouilleurs n’étaient pas dupes. Il arrivait régulièrement que les femmes violentées hésitaient à porter plainte contre leur agresseur par peur des représailles.

— Où se trouve votre conjoint ? demanda l’officier pendant que son collègue réclamait une ambulance.

— Il doit être à l’intérieur puisque je ne l’ai pas vu sortir et que le camion n’a pas bougé, dit-elle en pointant le lourd véhicule par la fenêtre du salon. Nous habitons juste en face, de l’autre côté de la rue.

— Y a-t-il des armes dans la maison ?

— Heu, oui. Nous aimons aller à la chasse. Nous possédons tous les permis requis. Les fusils et l’arbalète sont dans une armoire cadenassée dans le salon.

— Quel est le nom de votre conjoint ?

— Félix, Félix Gendron.

L’homme exerçait le métier de routier. Il se spécialisait dans les voyages de longue distance, conduisant parfois jusqu’en Louisiane. Lors de ces contrats, il s’absentait de Sherbrooke durant plusieurs jours.

Sa conjointe souffrait de ces séparations et le suspectait de se payer du bon temps avec les femmes de petite vertu qui pullulaient dans les « Trucks Stop » américains. Comme il refusait qu’elle l’accompagne, prétextant que la cabine de repos était trop étroite pour accommoder deux personnes, les disputes étaient fréquentes.

— Est-il seul dans la maison ?

— Il y a peut-être Alain, c’est mon frère, il habite le petit logement au sous-sol. Je ne sais pas s’il est chez lui aujourd’hui.

Les policiers tinrent un conciliabule.

— Nous n’allons pas sonner simplement à la porte. Il est armé et en colère. Voyons s’il accepte de venir à l’extérieur.

Le policier utilisa un mégaphone.

— Monsieur Gendron, ici la police, veuillez sortir de la maison en tenant vos mains en l’air.

Il ne se passa rien, sinon un léger mouvement du rideau de la fenêtre du salon. Le policier réitéra son ordre.

Manifestement, le suspect refusait de se montrer. Ils décidèrent de faire appel à l’escouade tactique pour établir un périmètre de sécurité et évacuer les maisons voisines. Le salon de Martine fut temporairement converti en poste de commandement.

Le policier-enquêteur Steve Sauvé arriva sur les lieux dans les instants qui suivirent. Étant le plus haut gradé, il prit les opérations en main. L’un des patrouilleurs le mit au courant des faits.

— Détient-il un otage ?

— Peut-être, nous ne savons pas. Son beau-frère habite au sous-sol…

— Alors, nous traiterons ce dossier comme une prise d’otage pour le moment. Nous aurons besoin d’un officier spécialisé dans les négociations.

Steve appela son supérieur, l’inspecteur Louis Boileau, et lui décrit la situation.

— Je m’occupe de vous envoyer un médiateur, mais il viendra de Montréal, vous devrez patienter plus d’une heure.

— Je vois que l’escouade tactique arrive. Ils vont pouvoir sécuriser le périmètre d’ici là. Je vous tiens au courant.

Le commandant de l’escouade convint avec Steve qu’il prenait la tête de l’opération jusqu’à ce que l’officier expert en négociations vienne les rejoindre. Il déploya ses hommes aux positions stratégiques et fit évacuer les maisons environnantes de même que les curieux qui accouraient.

— Les ambulanciers attendent des instructions à deux rues d’ici, mentionna un policier.

— On ne peut pas faire venir l’ambulance jusqu’ici, décida le commandant, elle serait dans la zone de tir. Y a-t-il une autre option ?

Martine, qui s’était tenue à l’écart jusqu’à présent, s’avança, très heureuse de participer activement à l’opération.

— Ma cour arrière donne sur un parc public, il n’y a pas de clôture et la porte de la cuisine y conduit directement.

D’un signe de tête, l’officier désigna deux policiers qui transportèrent la femme blessée aussi doucement que possible tandis qu’un autre décrivait le trajet aux ambulanciers.

— Vous allez avec eux, ordonna le commandant à l’intention de Martine, vous pourriez être atteinte par une balle perdue si l’opération tournait mal…

Les deux femmes se regardèrent avec étonnement. Ni l’une ni l’autre n’avait imaginé vivre une situation aussi dramatique.

L’officier essaya de joindre Félix Gendron sur son téléphone cellulaire et sur celui de la maison. Il n’obtint aucune réponse. Rien ne bougeait dans les fenêtres, mais il était facile d’imaginer le camionneur tapi derrière le fauteuil du salon, un fusil à l’épaule, prêt à en découdre.

Il n’y avait aucun mouvement non plus à l’extérieur. Les tireurs d’élite étaient en place, les hommes du groupe d’intervention avaient revêtu leurs armures. Tous attendaient les ordres. En cette fin d’après-midi du mois d’aout, l’atmosphère était lourde et humide, la tension était palpable.

Soudain, un homme frêle apparut sur le côté gauche de la maison assiégée. Il paraissait hébété.

— Que se passe-t-il ?

— Montrez-nous vos mains et dirigez-vous vers votre droite, fut la seule réponse qu’il obtint.

 

 

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